La norme de méthode PPBIM pour les produits de la construction est en cours d'élaboration. A quoi servira-t-elle ? Qui l'utilisera ? Quels sont les avantages attendus ? Autant de questions auxquelles Patrick Ponthier, le délégué général de l'AIMCC, apporte des réponses.

La numérisation du bâtiment (BIM) est un sujet en pleine actualité, avec l'établissement par le gouvernement d'un Plan de transition piloté par Bertrand Delcambre à la fin de 2014. Six mois plus tard, différents groupes de travail ont été installés, dont un intitulé "Expérimentation de la norme PPBIM". Patrick Ponthier, le délégué général de l'AIMCC (Association des industriels des produits de construction), nous explique : "Sur les cinq priorités sélectionnées par le Plan de transition numérique dans le bâtiment, une est issue des travaux du groupe PPBIM. Il y a une volonté forte de soutenir tout ce qui entre dans le cadre de la numérisation de la construction. Or le BIM doit être alimenté par des informations produits". Le délégué général de l'AIMCC poursuit : "Beaucoup de gens disent aujourd'hui faire du BIM. Mais il s'agit plutôt d'échange d'informations 3D. C'est très beau, mais le contenu n'est pas très détaillé… Car ce qu'il faut c'est représenter les caractéristiques d'un bâtiment, et associer les performances des produits".

Améliorer la précision des données

Pour l'heure, c'est le modèle de données IFC (Industry Foundation Classes) qui est utilisé, mais sa précision ne serait pas suffisante. "D'où le rôle des industriels, au travers de l'AIMCC, qui travaillent à ce que des informations détaillées soient rendues disponibles. La norme PPBIM est en fait une norme de méthode qui dit aux fabricants ce qu'il faut préciser comme "Propriétés des Produits" ("Product Properties" en anglais)", nous déclare Patrick Ponthier. Une commission dédiée a été créée à l'Afnor (NF XP P07-150) afin de formaliser le projet et gérer un référentiel harmonisé. "L'idée est de réaliser un dictionnaire avec des définitions consensuelles et partagées", annonce le délégué général. Au niveau européen, un comité technique a également été créé, dans une démarche normative, et l'Afnor devrait prendre la présidence d'un de ces groupes de travail qui se réunira à partir de septembre 2015. "Il faut permettre un dialogue performantiel entre la maîtrise d'œuvre d'un projet et les fournisseurs, avec des interactions entre eux et pas seulement des descriptions 3D", estime le spécialiste.

Un travail de définition des propriétés techniques reste à faire

Mais comment faire pour mettre en œuvre la norme PPBIM ? "L'intérêt d'expérimentation a été reconnu par le plan de transition numérique dans le bâtiment. Nous allons donc mettre les gens autour de la table, ceux du gros œuvre, du second œuvre, des équipements et systèmes utilisés dans un bâtiment ou un ouvrage de génie civil", nous précise Patrick Ponthier. "Pour l'heure, beaucoup de prestataires vont voir les industriels pour proposer de numériser leurs produits mais cela reste très limité : le travail de définition des propriétés techniques n'est pas fait", regrette-t-il. Pour remplir ce dictionnaire, tout un travail d'expert doit encore être mené, sous l'égide de l'association France Euro PPBIM, créée à l'initiative de l'AIMCC, l'Afnor, le CSTB et Mediaconstruct. Un comité de pilotage et des collèges d'experts s'appuieront sur les représentants des syndicats professionnels et des fabricants. "Nous avons pour ambition de garantir la confiance dans la définition des propriétés", assure le président de l'association. L'un des chantiers sera notamment de proposer une certification des data-catalogues, assurant la bonne qualité des informations communiquées.

"Nous sommes condamnés à réussir"

A terme, l'initiative française a vocation à être déclinée dans d'autres pays européens. "Nous ne sommes pas dans la concurrence mais dans la complémentarité", garantit le délégué général de l'AIMCC. "Nous militons pour un open BIM. C'est pourquoi la norme est un standard de méthode. Nous ne sommes pas favorables à trop de réglementation. Il faut au contraire laisser le marché se mobiliser tout seul. Un grand mouvement d'intérêt existe déjà. C'est une voie d'avenir pour améliorer les services rendus, la qualité et la traçabilité", déclare-t-il. Reste que certaines difficultés existent, notamment un risque de dispersion des efforts face à l'ampleur du projet. La question de la diffusion et de l'appropriation de la norme PPBIM se pose également. "Il nous faut avancer. Si nous ne faisons rien, ce sera encore pire. Nous sommes donc condamnés à réussir", conclut Patrick Ponthier. D'ores et déjà, des recommandations pour les industriels seraient en préparation afin de les aider dans la numérisation de leurs produits. Dans un second temps, un "Guide et convention BIM-industrie pour les propriétés des produits et systèmes" sera édité à l'attention des éditeurs de logiciels, afin qu'ils intègrent les caractéristiques PPBIM à leurs solutions informatiques.
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