EVOLUTIONS. La performance énergétique seule n'est plus l'objectif ultime des constructeurs. D'autres paramètres liés aux usagers ou à l'évolution du climat sont à prendre en compte. Sylvain Bosquet, responsable éditorial pour Construction21, décrypte pour Batiactu les grandes tendances observées dans les dossiers des Green Solutions Awards 2017.

Les bâtiments connaissent une évolution rapide liée aux contraintes, qu'elles soient réglementaires, économiques (avec l'apparition d'une valeur verte) ou climatiques. Témoins de cette évolution, les Green Solutions Awards, dont le palmarès de la 5e édition sera dévoilé le 7 septembre prochain par Construction21. Sylvain Bosquet lève un coin du voile et analyse les grandes tendances observées, en France et à l'étranger.

 

Le responsable éditorial note : "En France, plus qu'à l'international, le carbone est vraiment mis en valeur par la majorité des candidats, dans toutes les catégories. Il y a un effort sur cette question. Cela se traduit par le nombre de projets certifiés, avec deux déjà inscrits dans la démarche E+C- et d'autres, encore plus nombreux, qui sont BBCA. C'est vraiment le point fort de cette édition". Pour Sylvain Bosquet, l'explication est simple : "La performance énergétique, c'est bon, on la tient. Maintenant, c'est la performance carbone qu'il faut viser". Notamment au moyen des constructions en bois, réputées retenir du carbone au lieu d'en émettre, qui se multiplient et prennent de la hauteur.

 

Matériaux, ventilation et éclairage, tous naturels

 

Autre préoccupation actuelle, celle du confort et de la santé des occupants. Là encore, le connaisseur souligne des évolutions : "Il y a des choses intéressantes dans le domaine de la qualité de l'air intérieur évidemment. Mais un gros travail a été fait sur les apports de lumière naturelle, car ce facteur est désormais plus mesuré. Et, là aussi, les démarches s'appuient sur des certifications toujours plus nombreuses, HQE en tête, BREEAM, quelques LEED, mais aussi des labels comme Well ou même Living Building Challenge". La végétalisation des bâtiments serait également plus poussée, comme nous le confirme Sylvain Bosquet : "C'est l'introduction de la nature à l'intérieur ou l'ouverture sur l'extérieur. On assiste à un démarche biophilique". Un plus grand soin est même apporté à l'acoustique, qui était jusque-là "le parent pauvre" du bâtiment selon le responsable éditorial.

 

Le jury des Green Solutions Awards distingue les projets destinés à des zones climatiques tempérées et ceux conçus pour des climats chauds. Cependant, pour toutes les régions géographiques du globe, un standard émerge : "Le passif est devenu LA référence, au nord comme au sud, et même aux Emirats Arabes Unis". Précisément, dans ces ambiances étouffantes, l'accent est mis sur la ventilation naturelle et le bioclimatisme, afin de parvenir au confort d'été. Sylvain Bosquet déclare : "Il y a de très belles solutions dont devraient s'inspirer certains bâtiments du nord ! Et la Guyane est en pointe dans ce domaine". Outre la construction bois, en vogue, le spécialiste note le retour d'autres matériaux naturels et techniques ancestrales : "Là encore, c'est une grosse tendance. L'exemple parfait est la voûte nubienne, une technique héritée des Egyptiens qui utilise de la terre crue. C'est une solution bas carbone, qui utilise des matériaux du coin, de la main d'œuvre locale et qui est adaptée aux climats africains, comme au Sénégal".

 

Pas si smart pour l'instant

 

A l'inverse, le jury se dit un peu déçu par les solutions "smart". Le responsable éditorial nous confie : "Il n'y a pas de bâtiment prédictif par exemple, cette année, contrairement à l'an passé où nous avions Agua. Et il faut bien préciser qu'un bâtiment intelligent ce n'est pas juste un immeuble monitoré ou instrumenté. C'est intégrer les usages et les usagers, adopter des solutions pertinentes". Autre légère déception, le nombre de projets de rénovation, en net recul pour cette édition 2017. Sylvain Bosquet détaille : "D'habitude nous avons environ un tiers de rénovations dans les dossiers, mais pas cette année. Ou alors à l'étranger, notamment en Belgique". Il s'interroge sur les raisons de cette diminution : ralentissement de l'activité de rénovation ou simple manque de motivation des porteurs de projet ? Même sur la question de la résilience climatique, c'est-à-dire l'aptitude d'une construction à faire face aux événements météorologiques futurs, les dossiers sont rares, avec un seul bâtiment à intégrer clairement cette problématique, à cause de son implantation dans la baie de Chesapeake (Etats-Unis). Mais, à en croire le spécialiste de Construction21, cette thématique émergera bel et bien dans les années à venir.
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