La transition énergétique ne fait pas que des heureux. Pour preuve, le cri d'alarme lancé par dix associations liées à la sauvegarde du patrimoine et de l'architecture, qui pointent du doigt l'article de la loi relatif à l'obligation d'isolation par l'extérieur en cas de travaux en façade ou en toiture. Détails et réaction.

"Coup fatal au patrimoine", "villages défigurés et sacrifiés", "emballage des bâtiments" : les mots sont forts pour dénoncer une mesure de la loi de transition énergétique, déjà adoptée en première lecture", qui prévoit l'obligation aux propriétaires faisant refaire l'enduit de leur façade ou suréléver leur logement, de procéder à l'isolation par l'extérieur du bâtiment.

 

"Ce n'est pas un plaidoyer contre l'isolation par l'extérieur. L'amélioration de la performance énergétique des bâtiments est souhaitable et bien souvent possible. Pour autant, elle doit s'adapter au type de bâti et venir après un diagnostic réalisé par des personnes compétentes, comme les architectes par exemple", nous confie Rémi Desalbres, président de l'Association des Architectes du Patrimoine (AAP).

Halte aux systématismes

Car avec neuf autres associations*, il souhaite avertir du danger qu'aura cet article lorsque la loi sera définitivement adoptée. Elle "représente une grave menace pour la qualité de notre cadre de vie et le patrimoine français", explique-t-il dans un communiqué commun. "Les conséquences d'une isolation thermique par l'extérieur systématique n'ont pas été perçues par les députés. Le ministère de la Culture que nous avons alerté n'a pas non plus été entendu par le ministère de l'Ecologie", nous signale-t-il ce lundi 24 novembre. Et d'ajouter : "On va arriver à des systématismes, c'est pourquoi nous disons halte aux solutions toutes prêtes".

 

Les défenseurs du patrimoine dénoncent également "l'emballage d'un bâtiment ancien [qui] revient à gommer la spécificité de son architecture et transformer profondément la perception de l'histoire (…)". Un "emballage" auquel même les maires, selon eux, ne pourront pas s'opposer, que ce soit en zones de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP), les Aires de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine (AVAP), les abords de Monuments Historiques, les immeubles labellisés patrimoine du XXe siècle, les sites inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l'Unesco, comme la baie du Mont-Saint-Michel ou le Val de Loire.

Dérogations et consultations

dessin patrimoine en danger
dessin patrimoine en danger © Pierre Vaucher
Les Associations réclament donc de réintroduire des dérogations, aujourd'hui présentes dans le code de l'urbanisme, que soit pris en compte le patrimoine du XXe siècle, que les bâtiments fassent l'objet d'une évaluation systématique par des professionnels compétents, avant tout choix technique d'amélioration des performances énergétiques, et que tout projet d'ITE sur des bâtiments existants soit systématiquement soumis à l'avis conforme des services compétents en matière d'architecture du ministère de la Culture.

 

"Désormais, nous attendons la seconde lecture de la loi ; d'ici là nous continuons de faire entendre notre voix pour sauver notre patrimoine, notamment dans quelques jours au moment du Salon des Maires", conclut Rémi Desalbres.

 


*L'Association nationale des Architectes des bâtiments de France (ANABF), la Demeure Historique (DH), Docomomo France, Maisons Paysannes de France (MPF), Patrimoine-Environnement (LUR-FNASSEM), Remparts, Sauvegarde de l'Art Français, Société pour la protection des paysages et de l'esthétique de la France (SPPEF), Vieilles Maisons Françaises (VMF).

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