Le coup d'envoi du débat national sur la transition énergétique a été donné ce jeudi 29 novembre, à huis clos, marquant le début des réflexions sur les besoins du pays à l'horizon 2025. Déjà, des tensions se font jour, entre ceux qui sont conviés autour de la table et ceux qui resteront en dehors de ce qui doit être un "grand débat citoyen et constructif". Explications.

"Ce doit être un grand débat citoyen et constructif pour forger une vision d'avenir", déclarait Delphine Batho, à la veille du lancement du débat sur la transition énergétique, qui doit mener à un projet de loi de programmation énergétique en septembre 2013, selon le nouveau calendrier approuvé jeudi soir par le Conseil national. Ce dernier a en effet décidé de prolonger de quelques mois, à la demande des associations environnementales, le débat qui vient de débuter.

 

Sauf qu'à ce jour, la concertation - mode de fonctionnement lancé par le nouveau Gouvernement - semble ébranlée. En effet, deux organisations non gouvernementales (ONG) ont d'ores et déjà déclaré qu'elles ne participeraient pas au débat - Greenpeace et Les Amis de la Terre - mais certaines autres, qui auraient souhaité prendre part à l'événement n'ont pas - encore - été conviées. C'est ainsi le cas du Syndicat des Energies Renouvelables (SER), qui évoque son incompréhension de n'avoir pas été invité au Conseil National du débat qui a débuté ce jeudi. "Nous sommes sous le choc de cette décision politique qui constitue une première depuis 2007 [lors du lancement du Grenelle de l'environnement, le SER avait été directement convié à la table des négociations, ndlr]. Alors que des questions de fond concernant l'avenir et le soutien des énergies renouvelables seront traitées dans le cadre de ce conseil national du débat sur la transition énergétique, les principaux concernés, à savoir les entreprises implantées sur le territoire national, sont mises hors-jeu (…)", s'insurge Jean-Louis Bal, le président du SER dans un communiqué. Et le Syndicat de rappeler qu'il représente 450 entreprises adhérentes, 8 filières comptant quelque 80.000 emplois directs et indirects.

 

Les EnR : compétitives mais onéreuses
De son côté, le syndicat des professionnels de l'énergie solaire, Enerplan, est toujours dans l'incertitude de sa participation. Pas convié pour le moment, il exhorte néanmoins le Gouvernement, dans un communiqué, à "regarder l'avenir avec les atouts positifs du solaire en matière de compétitivité économique, des milliers de création d'emplois possibles et d'opportunités d'export". Enerplan fait également des propositions, telles que l'autoconsommation, la simplification administrative ou encore l'optimisation de la connexion au réseau. Enfin, le syndicat salue le succès de l'électricité photovoltaïque en France, devenue une véritable filière industrielle compétitive qui a de l'avenir, grâce notamment aux 2 Md€ de la CSPE.

 

Mais, attention, préviennent les énergéticiens, ceci a un coût. "On aura besoin de beaucoup de capitaux et toutes les grandes décisions prises depuis quelque temps ne vont pas dans le sens des investissements dans notre pays", a estimé Laurence Parisot, la patronne des patrons interrogée par l'AFP, à l'issue d'un colloque organisé par l'Union française de l'électricité (UFE). Les industriels ont profité de l'occasion pour mettre en garde contre le risque de revirements de politique énergétique qui viendraient compliquer leur tâche. L'arbitre du secteur, la Commission de régulation de l'énergie (CRE), a tranché : "On a déjà fait une transition énergétique dans les années soixante-dix en passant au nucléaire et ça s'est traduit dans les tarifs réglementés de l'électricité par un coût". Et de préciser : "Il faut une grande clarté et transparence sur le coût des énergies renouvelables". La question du financement sera un enjeu majeur du débat, a affirmé Delphine Batho, présente lors de ce colloque.

 

Des débats dans les régions auront lieu à partir de février, puis une synthèse nationale des travaux débouchera sur des recommandations. Qui devraient inspirer le Gouvernement dans la rédaction d'un projet de loi de programmation sur la politique énergétique du pays courant septembre 2013. "Nous allons allonger la phase des débats territoriaux. C'est une demande de bon sens, de donner plus de temps aux débats qui vont avoir lieu dans les communes, les départements, les régions", a conclu Delphine Batho.
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