La Suède fait figure de pionnier dans le développement durable : sa capitale, Stockholm, alimente ses bus avec du biogaz issu des boues d'épuration. De quoi valoriser des déchets et économiser 130.000 tonnes de CO2 par an. Découverte.

Depuis des décennies, la Suède s'est inscrite dans une démarche écologique. La production d'électricité étant déjà largement décarbonée, avec plus de 40 % provenant de barrages hydroélectriques et 14 % d'éoliennes ou de biomasse, d'autres priorités apparaissent pour la valorisation des déchets. Si la cogénération est largement répandue pour alimenter les réseaux de chaleur urbains, la résolution des problématiques de transport nécessite une autre approche, notamment celle de la production de biométhane pouvant alimenter les véhicules.

 

C'est la piste choisie par Stockholm, ville de près de 2 millions d'habitants, où l'usine enterrée d'Henriksdal, assure le traitement des eaux usées et la production de biogaz à partir des boues d'épuration. Le vaste complexe de tunnels, de 20 km de long, où s'alternent bassins de décantation et réservoirs, traite les rejets d'environ 1 million de personnes : une grosse source de méthane que la ville a décidé de récupérer. C'est l'entreprise Schmack Carbotech (groupe Viessmann) qui a été choisie pour équiper les installations d'une station de purification du biogaz, selon le principe de l'adsorption à pression alternée (PSA). Une fois traité et débarrassé de ses impuretés, le méthane est d'une qualité équivalente à celle du gaz naturel. La société précise que la méthode PSA "se distingue par une consommation réduite en énergie, un découplage thermique efficace ainsi qu'un rendement élevé".

 

Passer du gaz d'extraction au biogaz

 

Grâce aux eaux usées, 3.000 Nm3 (normaux mètres cubes) sont produits par heure, avec une pureté finale de 97 %. Le biogaz est alors utilisé comme biocarburant pour des véhicules fonctionnant au gaz. Il est prévu que la station puisse produire, annuellement, plus de 180 millions de kWh de gaz naturel, permettant de couvrir environ 40 % des besoins annuels en carburant de la métropole suédoise où 60 % des bus fonctionnent avec des carburants issus de renouvelables (biogaz, bioéthanol, biodiesel). "Grâce à l'utilisation de carburants bio dans ses transports publics, Stockholm économise chaque année 130.000 tonnes de CO2 nuisibles à l'environnement", fait valoir Schmack Carbotech. L'entreprise avait déjà livré, au printemps 2015, une usine de traitement du biogaz à Sofielund, toujours non loin de Stockholm, où la source principale est cette fois constituée de déchets organiques.

 

En France, Lille fait rouler 100 % de ses autobus grâce au gaz naturel de ville, dont une partie est issue de la fermentation des déchets. Mais l'injection directe de ce gaz n'est pas autorisée, contrairement à la Suède, et le biométhane produit doit d'abord être introduit dans le réseau de distribution avant de pouvoir être utilisé. Il est prévu que le pays tout entier fasse sa transition depuis des sources fossiles vers des sources renouvelables, afin d'alimenter les parcs de bus ou les réseaux de chaleur, comme à Strasbourg. La loi sur la transition énergétique fixe d'ores et déjà un objectif de 10 % de biogaz dans la consommation nationale de gaz en 2030. Il est estimé que le pays pourrait produire suffisamment de méthane pour chauffer 2,5 millions de foyers et faire rouler 55.000 bus et camions… dont certains pourraient participer au ramassage des ordures : la boucle sera alors bouclée !
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