UN PROJET/UNE PARTICULARITE. Tandis que le gros œuvre est achevé, les ouvriers du chantier du ministère de La Défense continuent de s'activer afin de respecter les délais, et notamment la livraison du programme de l'agence Nicolas Michelin en mars 2015. Un véritable exploit car la tâche n'est pas toujours aisée dans un contexte aussi particulier que celui d'un projet régalien où la sécurité est à son maximum. Visite.

"On voit le bout du tunnel", lâche, soulagé, Nicolas Michelin, architecte du projet. En effet, le gros œuvre du futur ministère de la Défense s'est achevé vendredi dernier avec ce que l'on appelle la "cérémonie du drapeau", réunissant l'ensemble des 1.100 protagonistes autour d'un repas convivial.

 

Une étape importante de ce chantier titanesque dont le but est de rassembler les employés des trois armées : air, terre et mer. "Reste encore les trois cheminées à monter dont la plus haute qui culminera à 45 mètres de haut", précise Cyril Trétout, architecte de l'agence Nicolas Michelin (Anma). Des caractéristiques qui donnent une identité au lieu qui est également marqué par la présence d'un bâtiment signé des frères Perret, qui pour l'occasion a subi un lifting : "Avec le soutien des Architectes des bâtiments de France (ABF), nous avons rénové, réparé les structures, et modifié les châssis", indique l'architecte. Mais ce n'est pas tout, l'écriture architecturale réside aussi sur les façades, en commençant par sa cinquième qui ressemble à un origami (NDLR : pliage japonais) de pans métalliques et de verre. Ensuite, l'extérieur se distingue par de longs murs de verre blanc tandis que l'intérieur déploie des panneaux vert et bleu, rappelant les couleurs militaires.

Un site top secret et ultra-sécurisé
Si des particularités esthétiques existent bel et bien, c'est surtout par ses contraintes de fonctionnalité que le projet se distingue. Abriter un ministère régalien où il est question de sécurité, notamment nucléaire, demande discrétion, abstraction et surtout sécurisation extrême. Des paramètres que l'on retrouve dans l'ensemble du bâtiment. D'ailleurs certaines salles de commandement ne relèvent pas de l'agence Michelin, mais sont directement réalisées par les forces militaires. Et le résultat est là : les entités sont positionnées sur le site en fonction de leur sensibilité. Les sous-sols étant les zones les plus préservées. A cela s'ajoute une sécurité pointue pour les locaux à haute sensibilité : déploiement de systèmes anti-intrusion, installation de systèmes de détection et de télésurveillance, mise en place, depuis 2013, d'un système de badges nominatifs spécifiques pour le personnel sur les deux parcelles.

 

Des normes strictes
En outre, les bâtiments sont soumis à des normes de construction très strictes (dispositif anti-piégeage, renforcement des structures porteuses, prise en compte des risques par un dispositif en profondeur). Ainsi, la dalle en béton se veut très épaisse de manière à anticiper une éventuelle attaque : "S'il se passait un événement, cela n'aurait un impact que local et ça ne toucherait pas l'ensemble du site", explique Christian Lasne, directeur du projet Balard chez Bouygues Bâtiment Ile-de-France. De même, la toiture, qui abrite les équipements techniques, est couverte de panneaux solaires (7.000 panneaux - 5.600 m2) conçus tout spécialement pour l'édifice afin de ne pas réfléchir la lumière et éblouir les pilotes d'hélicoptères.

 

Organisation verticale et horizontale
Côté organisation, le cœur de cette forteresse de 140.000 m2 est connecté avec l'ensemble : "A partir du centre, se déploient six branches qui relient les trois armées ", souligne Nicolas Michelin. Ensuite, les secteurs sont distribués de manière verticale et les fonctions de manière horizontale. Ainsi, l'ensemble des ressources humaines se trouvera au même étage. En outre, les plateaux ne disposent d'aucun open space. Quant au bâti, il est largement monté sur pilotis afin d'héberger les circulations extérieures. Et pour agrémenter le tout, des cours plantées d'érables, de pins, soit 60% des surfaces au sol, assureront une respiration. Enfin, même si le projet paraît complexe, il n'en oublie pas la performance thermique. Grâce notamment à un jeu de ventilation naturelle, le futur Pentagone français vise une consommation de seulement 40 kWh/m2/an. Un bel objectif dans le viseur.

 

Le projet Balard dans son ensemble est porté par trois agences d'architectes :

Nicolas Michelin pour la partie centrale du site (également appelée « parcelle Ouest ») et le bâtiment principal du ministère, ainsi que pour le bâtiment situé Cité de l'Air, en bordure de l'avenue de la Porte de Sèvres ;

 

Jean-Michel Wilmotte pour les quatre immeubles locatifs de bureaux sur la corne Ouest, c'est-à-dire la parcelle la plus occidentale ;

 

Pierre Bolze de l'Atelier 2/3/4 pour la rénovation des bâtiments de l'ancienne Cité de l'Air.

 

Source : ministère de la Défense

 

L'ensemble du projet financé par PPP
Pour financer ce projet singulier, la formule du partenariat Public-Privé a été choisie pour une enveloppe globale de 3,5 milliards d'euros, montant total du contrat sur 30 ans incluant le coût de l'investissement (1 milliard d'euros), les coûts de financement et le coût de fonctionnement sur 27 ans. A ce propos, Jean-Yves Le Drian, ministre de La Défense, a déclaré lors d'une visite du chantier que Balard sera "un modèle pour la maîtrise de la dépense publique et la modernisation des équipements".

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