Moment rare, architectes et constructeurs de maison individuelle se sont assis, seuls, à la même table et ont pu échanger sur leurs rôles, leurs divergences, leurs points communs... et finalement en arriver à la conclusion qu'ils pourraient bien réussir à travailler main dans la main. Interview croisée entre le Cnoa et LCA-FFB.

Tout les opposait jusqu'à présent. Deux lois qui n'ont rien en commun, des statuts différents, des conceptions de l'aménagement divergentes et surtout cette question du seuil qui cristallise les crispations. Patrick Vandromme et Dominique Duperret, respectivement Président et Délégué général de LCA-FFB (issue de la fusion Union des Maisons Françaises et Union des Constructeurs Immobiliers de la FFB) ainsi que Catherine Jacquot, présidente de l'Ordre des architectes (Cnoa), et Isabelle Moreau, directrice des relations extérieures et institutionnelles du Cnoa, ont, à la demande de Batiactu, accepté de se rencontrer pour débattre au sujet de la maison individuelle.

 

Batiactu : Tout d'abord un grand merci pour avoir accepté notre invitation. Un événement rare, puisque l'on connaît vos divergences depuis de longues années. Pour commencer, rappelez-nous votre rôle à chacun dans l'acte de construire des maisons individuelles ?

 

Cnoa : Le premier rôle de l'architecte est de concevoir, suivre les travaux d'un bâtiment ou d'une maison, une tâche évidemment complétée par des rôles de conseil auprès des maîtres d'ouvrages, des élus dans le cadre de l'aménagement urbain et des territoires. Nous intervenons également sur la réhabilitation dans le cadre de la rénovation énergétique des bâtiments, l'agrandissement ou l'extension, au même titre que vous autres constructeurs, j'imagine.

 

LCA-FFB : Pour notre part, la profession s'appuie sur la loi de 1990 basée sur l'offre globale, l'interlocuteur unique et le contrat de construction qui est un contrat sécurisé pour le particulier avec une garantie de livraison à prix et délai convenus. Notre cible de clientèle, vous la connaissez, ce sont plutôt des primo-accédants avec des surfaces plus contraintes pour des raisons de coût.

 

Batiactu : En quelques chiffres, resituons vos marchés respectifs…

 

Cnoa : En 2014, nous construisions 4% des maisons individuelles sous le seuil et 18% au-delà. Dont 25% en réhabilitation et 75% dans le neuf. Cependant pour plus de 50% des agences, la commande du particulier est la principale commande.

 

LCA-FFB : Selon la dernière enquête Ipsos/Caron Marketing, le marché de la maison individuelle était réparti comme tel en 2015 : 61% par les constructeurs ; 21% par la maîtrise d'œuvre (architectes compris) ; 18% par les artisans en direct, auto-construction incluse. La moyenne de nos maisons est, en revanche, de 113 m2.

 

Batiactu : Vous intervenez également beaucoup en rénovation…

 

LCA-FFB : En effet, la rénovation est un enjeu pour nous et nous y croyons beaucoup car il y a un potentiel énorme. Or, cela ne fonctionne pas encore très bien, et c'est une activité qui reste à la peine. Nous pensons que cette activité à fort potentiel viendra compléter notre métier de base axé sur le neuf.

 

"Nous pensons que l'offre globale est la bonne approche !", LCA-FFB

 

Cnoa : Absolument, la rénovation est un domaine très important pour nous aussi et nous y croyons. Mais ce n'est pas suffisant d'évoquer le retour sur investissement pour inciter les particuliers à faire des travaux. Rénover, c'est plus de confort, un usage meilleur. Cela s'inscrit dans un ensemble. C'est pourquoi, au moment du vote de la loi TECV, nous avons demandé à ce que soit réalisé un diagnostic global en amont afin de mieux cibler les travaux. Cela aurait coûté quelques centaines d'euros supplémentaires au maître d'ouvrage, mais cette proposition a été rejetée par le ministère de l'écologie qui a considéré que ce surcoût n'était pas bienvenu. Nous continuons à le demander car cela nous semble essentiel pour une rénovation de qualité.

 

"Avec un architecte, vous aurez le petit 'plus'", Cnoa

 

LCA-FFB : Nous avions créé au sein de l'Union des Maisons Françaises une commission « maison rénovée » qui a débouché sur la création de l'association des Thermorénovateurs, avec l'idée de proposer à côté de notre offre maison neuve, une démarche d'offre globale en rénovation calquée sur celle-ci, avec un audit et une garantie de performance, de prix et de délais à la clé. Nous pensons que l'offre globale est la bonne approche ! C'est pourquoi nous avons peut-être un champ d'investigation commun avec vous, architectes, qui avez votre rôle à jouer car vous êtes également transversaux.

 

Batiactu : Architectes et constructeurs peuvent-ils vraiment travailler ensemble ?

 

Cnoa : A coût d'objectif égal, selon qu'il y a ou non un architecte, vous voyez la différence ! Avec un architecte, vous aurez le petit « plus », une conception spécifique qui fait que le plan sera plus rationnalisé, plus fonctionnel, avec une orientation plus judicieuse par rapport à son environnement, tout en restant dans un coût global tout à fait maîtrisé. Car il ne faut pas penser qu'un architecte, c'est forcément plus cher !

 

LCA-FFB : Ce petit plus dont vous parlez nos architectes salariés intégrés à nos services conception et études sont tout à fait en mesure de l'apporter. En revanche, si l'on a recours à un architecte libéral, il va certes livrer un plan, une performance mais ne s'engagera jamais sur un prix et sur un délai ! Il ne donnera qu'une estimation…
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