ÉNERGIE NUCLÉAIRE. La Commission d'enquête sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires a remis ce jeudi 5 juillet 2018, un rapport très critique sur la filière. En cause, une trop forte sous-traitance, un manque de sécurité des installations ou une gestion de crise défaillante. Mais EDF répond, point par point.

Le rapport de la Commission d'enquête dirigé par Barbara Pompili sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires est sévère pour EDF et ses partenaires. Après cinq mois de travaux et plusieurs visites de site à Gravelines, Tricastin et sur le chantier de l'EPR de Flamanville, le groupe de parlementaires a rédigé 33 propositions pour améliorer une situation potentiellement dangereuse. Pêle-mêle, le document dont le quotidien Le Figaro s'est procuré une copie, évoque des "risques d'endogamie" des expertises faites par des techniciens d'un tout petit milieu. L'électricien national serait même devenu "dépendant de ses sous-traitants" en ayant perdu "la maîtrise technique de certaines opérations", ce qui entraînerait à la fois une "dilution des responsabilités" et une trop forte pression sur les prestataires.

 

Le texte pointe d'autres failles dans les installations et recommande que les "exploitants apportent la preuve que leurs réacteurs sont en mesure de résister à tout aléa climatique combinant plusieurs facteurs (canicule, sécheresse…) affectant plusieurs centrales simultanément". La commission s'interroge également sur la résistance des piscines de stockage des combustibles usagers face à des attentats ou des catastrophes aériennes et même sur toute la filière de retraitement qui est de la responsabilité d'Orano (ex-Areva).

 

La sous-traitance encadrée, les déchets contrôlés : la communication maîtrisée

 

Ce à quoi EDF répond : "La synthèse du rapport ne relève aucun manquement aux obligations incombant à l'exploitant. Au vu des préconisations de la Commission d'enquête, EDF constate que les dispositifs mis en place en France pour assurer la sécurité des centrales nucléaires sont très largement validés". Son argumentaire repose sur un autre rapport, celui de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), et publié au mois d'avril 2018, qui titrait sur une année "globalement satisfaisante dans un contexte moins préoccupant". EDF oublie toutefois que l'ASN évoquait aussi "une vigilance nécessaire sur plusieurs sujets" et notamment "des difficultés rencontrées pour la gestion de la conformité des matériels".

 

Concernant les intervenants dans les centrales, EDF précise : "Tous les salariés (…) sont soumis aux mêmes conditions d'intervention, bénéficient d'une protection identique vis-à-vis des risques, de formations similaires et d'un même suivi médical, quel que soit leur statut". L'entreprise soutient avoir apporté, depuis février 2013, des exigences supplémentaires dans ses cahiers des charges de sous-traitance, avec une limitation à trois niveaux. Quant à la gestion des déchets ultimes, le groupe soutient que l'entreposage de combustibles usés dans des piscines est la solution la plus adéquate, y compris par l'ASN. Enfin, sur le démantèlement futur des centrales arrivées en fin de vie (au-delà de 50 ans), EDF assure qu'il assumera l'entière responsabilité financière comme le lui demande la loi. Plus de 28 milliards d'euros ont été provisionnés à cette fin. L'énergéticien conclut que le rapport Pompili contenait "un certain nombre d'erreurs factuelles" et qu'il y répondrait dans les semaines à venir. Le contenu du rapport a d'ailleurs fait débat au sein même de la Commission, puisque cinq de ses membres Les Républicains dénoncent "un parti pris" anti-nucléaire idéologique, qui se fonderait sur la notion que cette énergie est dangereuse et le risque qu'elle présente, maximal.

actionclactionfp