Donner du sens à l'espace dans lequel nous vivons : c'est l'objectif de la Stratégie nationale pour l'architecture, dont Fleur Pellerin a présenté, ce mardi 20 octobre, les trente mesures issues de la réflexion de trois groupes de travail menée ces derniers mois.

Renouveler le regard sur l'architecture, sensibiliser les citoyens à la création architecturale, reconnaître la valeur culturelle, économique, environnementale et sociétale de ce secteur… Fleur Pellerin, ministre de la Culture et de la Communication, a dévoilé, ce mardi 20 octobre, dans un des amphithéâtres de l'Ecole supérieure d'architecture de Paris-Belleville, les trente premières mesures de la Stratégie nationale pour l'architecture (SNA) lancée il y a tout juste un an. Objectif : établir les grands principes d'une politique en faveur de l'architecture, valoriser une discipline et une pratique fondamentales pour le confort et la qualité de vie de tous.

 

Au menu, trente mesures, réparties en six axes (cf. page 2). Des mesures issues des rapports Feltesse/Duport et Bloche - dont les premières traductions ont été concrétisées dans le cadre de l'examen du projet de loi CAP voté par les députés le 6 octobre dernier - qui ont été approfondies par les réflexions de trois groupes de travail constitué d'architectes et experts reconnus, autour des thèmes : sensibiliser ; innover ; développer. Certaines mesures, non législatives et relevant du seul ministère de la Culture, peuvent être opérationnelles immédiatement, d'autres, d'ordre législatif, s'inscrivent dans le projet de loi CAP, d'autres encore, non législatives, devront faire l'objet de travaux interministériels… Au final, toutes les mesures ont vocation à être regroupées dans un document final listant les actions de la SNA.

 

Journée dédiée, évolution du Grand Prix, formations des élus et fonctionnaires

 

Parmi les principales mesures annoncées ce jour, l'organisation d'un événement annuel et national célébrant l'architecture. « Le premier serait programmé à l'automne 2016 », a précisé la ministre. Cette journée serait aussi l'occasion de faire un point d'étape de la SNA, a-t-elle ajouté. L'idée est d'impliquer et toucher le plus grand nombre, à l'instar des journées du Patrimoine. Fleur Pellerin souhaite également voir évoluer le Grand Prix national de l'architecture, organisé chaque année par son ministère. La remise du prix sera désormais accompagnée de la réalisation d'une exposition à vocation nationale et internationale et de la publication d'un ouvrage en lien avec la Cité de l'architecture et du patrimoine. Le lauréat sera aussi invité à délivrer une master-class aux étudiants des ENSA. Enfin, en ce qui concerne l'axe « sensibiliser », la ministre propose la mise en place de formations sur les problématiques architecturales pour les fonctionnaires de l'Etat et des collectivités territoriales, ainsi que pour les élus.

 

Place également à l'architecture pour tous, prône Fleur Pellerin. Pour cela, une mesure vise à valoriser les quartiers prioritaires en partenariat avec l'ANRU.

 

L'accent sera mis aussi sur la formation et sur l'articulation et le rapprochement des métiers de l'architecture avec l'univers des professionnels de la construction et du cadre de vie. Ainsi, un statut d'enseignant-chercheur sera créé, de même que sera lancée une évaluation nationale de l'habilitation de l'architecte diplômé d'Etat à l'exercice de la maîtrise d'œuvre en son nom propre (HMONP). La ministre veut également créer des « fablab », des incubateurs et autres espaces de coworking au sein des écoles. Et enfin créer des chaires partenariales de recherche.

 

Evaluer la valeur économique de l'architecte

 

Comment mobiliser les compétences d'architecture ? En réaffirmant l'importance des missions des Conseils d'architecture, d'urbanisme et de l'environnement (CAUE), en abaissant le seuil du recours obligatoire à 150 m2, ou encore en simplifiant la démarche d'obtention d'un permis de construire en cas d'intervention d'un architecte en dessous des seuils de recours obligatoires, plaident les protagonistes de la SNA. Un point sur lequel a insisté la ministre, c'est distinguer la valeur économique de l'architecture, et pour cela, elle souhaite une mission d'évaluation en ce sens, afin de montrer que l'intérêt de la dimension du « bien construit » et quantifier l'impact positif sur le coût de construction. Les jeunes architectes doivent faire partie de ce principe, et c'est pourquoi l'accès des jeunes agences à la commande sera favorisé.

 

Enfin, il s'agira d'expérimenter le « Permis de faire », qui promeut l'innovation architecturale. Un principe qui permet de « passer d'une culture de la règle à une culture d'objectif », a martelé Marc Barani. L'expérimentation sera de mise, et même incitée, se plaçant au cœur du processus de conception et de réalisation des bâtiments. Le projet de loi CAP prévoit la possibilité, à titre expérimental, de déroger, de façon temporaire et encadrée, pour des équipements publics, à certaines règles en vigueur, comme par exemple l'accessibilité.
Pour une mission interministérielle…

 

Le Conseil de l'ordre des architectes (Cnoa), fortement partie prenante dans cette stratégie nationale, a salué les travaux, et se dit prêt à s'engager pour mettre en œuvre ces mesures. « La mise en œuvre de la Stratégie est possible, mais nécessiter une mission interministérielle pour un suivi permanent. Il ne faudrait pas s'arrêter en si bon chemin », plaide Catherine Jacquot, présidente de l'Ordre, qui espère avoir été entendue par la ministre…

 

Retrouvez, en page 2, le détail des six axes de la Stratégie nationale pour l'architecture

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