ENERGIES RENOUVELABLES. L'installation de panneaux solaires sur des bâtiments industriels, logistiques et commerciaux représente un potentiel a priori considérable. Mais ce marché doit composer avec deux freins majeurs.

D'un côté, des toitures-terrasses immenses et inexploitées. De l'autre, un marché du photovoltaïque qui redémarre. L'installation de panneaux solaires sur des bâtiments industriels, logistiques et commerciaux représente un potentiel a priori considérable. Les maîtres d'ouvrage, comme le Groupement des Mousquetaires Intermarché, décidé à installer 100 MWc (megawatts crête) sur ses points de vente et ses bases logistiques, sont attirés par la baisse des charges électriques, la production locale de kWh étant moins onéreuse que l'achat à des fournisseurs tiers. Ainsi que par les compléments de revenus résultant de la revente d'électrons produits au réseau d'électricité. La réglementation est en outre redevenue favorable, avec la loi biodiversité d'août 2016, qui prévoit que tout permis de construire d'une surface de vente d'articles de détail supérieure à 1.000 mètres carrés, déposé depuis le 1er mars 2017, intègre sur tout ou partie de la toiture une source de production d'énergies renouvelables.

 

 

Deux freins majeurs

 

"Les ambitions sont là, le marché repart mais la réalité montre que les choses sont un peu plus compliquées", a nuancé Jean Damian, directeur de Soprasolar, filiale du groupe Soprema spécialisée dans l'installation de systèmes de fixation et des panneaux solaires associés, lors d'une conférence de presse ce mardi 22 octobre. De fait, le développement du photovoltaïque dans le secteur des entrepôts et des surfaces commerciales doit composer avec deux freins majeurs. A commencer par le parc immobilier existant, majoritairement inadapté à l'installation de panneaux solaires, en raison de structures qui ne supporteraient pas cette surcharge et de matériaux de couverture incompatibles. Certes, l'installation de panneaux solaires pourrait s'opérer à la faveur de la réfection de toitures-terrasses mais il s'agit à chaque fois d'opérations bien spécifiques, qu'il est impossible d'industrialiser, et qui génèrent des coûts importants. L'essentiel du marché repose donc sur la construction neuve. Ce qui implique de "sensibiliser les architectes, maîtres d'œuvre, maîtres d'ouvrage et promoteurs à faire du "photovoltaïque ready"", souligne Jean Damian.

 

La complexité des appels d'offres

 

Le second frein à l'essor du photovoltaïque sur les toitures des bâtiments industriels et commerciaux réside dans les appels d'offres organisés par la Commission de régulation de l'énergie, auxquels doivent répondre les projets de production d'électricité solaire sur de grandes toitures. Des appels d'offres qualifiés "d'intenables" par Jean Damian, en raison des exigences relatives au bilan carbone des panneaux solaires. Et de citer l'exemple de bâtiments Intermarché à Concarneau, qui ont subi un surcoût administratif de 10.000 à 15.000 euros pour un projet d'installation photovoltaïque dont le complément de revenus attendu n'excède pas 40.000 euros sur 10 ans.

 

 

De longs délais d'obtention de l'autorisation de mise en service

 

Charles Le Faou, responsable des programmes immobiliers au sein de la foncière Argan, qui loue des centrales solaires, pointe également du doigt les délais d'obtention de l'autorisation de mise en service d'une centrale solaire. Des délais qui peuvent faire de la construction d'une centrale un processus aussi long que celui du bâtiment, dans la mesure où Enedis, gestionnaire du réseau d'électricité, possède un droit de veto sur l'accord de cette autorisation. Et ce, même si l'installation solaire répond au principe de l'autoconsommation, c'est-à-dire qu'aucun électron produit n'est réinjecté dans le réseau. A quoi s'ajoutent les exigences relatives au classement au feu (BroofT3), qui limitent le choix des panneaux solaires. Sans oublier le projet de loi Energie et Climat, adopté par le Parlement le 26 septembre, qui impose aux nouveaux entrepôts de disposer de panneaux solaires sur 30% au moins de leur surface de toiture. Un "surdimensionnement" de la centrale solaire qui pourrait "nous inciter à repenser notre modèle économique si cette proportion de 30% est confirmée", regrette Charles Le Faou.

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