Le fléau du vol sur les chantiers est un problème important dont le coût est estimé à 1 ou 2 Mrds €. Si la FFB estime que son travail de sensibilisation, mené depuis plusieurs années, a porté ses fruits, l'apparition de nouveaux systèmes de protection permet également de lutter contre les intrusions. Enquête.

Les vols de matériels, engins, matériaux et métaux sur les chantiers est un phénomène qui n'a fait que prendre de l'ampleur au cours des années, crise économique oblige. La dernière enquête d'ampleur réalisée sur le sujet par la FFB date de 2008. "Le problème est plus épineux encore qu'en 2007-2008", nous confie François Asselin, vice-président de la Fédération Française du Bâtiment, président de la Commission marché. Les chiffres recueillis alors auprès de 6.000 PME, analysés par le département de recherche sur les menaces contemporaines de l'université Paris II, faisaient apparaître qu'une entreprise sur deux avait été victime d'au moins un vol significatif (d'un montant égal ou supérieur à 10.000 €) au cours des 10 mois précédents. Les larcins avaient un coût économique pour le secteur du BTP, se montant à 1 ou 2 % du chiffre annuel, soit entre 1 et 2 milliards d'euros.

 

Sensibiliser les entreprises
"Le travail de sensibilisation mené par la FFB depuis lors a porté ses fruits. Aujourd'hui, beaucoup de chantiers sont placés sous surveillance, par des systèmes de vidéo ou par du gardiennage, et voient leurs accès filtrés", poursuit François Asselin. "Le fléau est circonscrit grâce à la prise de conscience et aux moyens déployés". Car désormais, il y a souvent une phase de diagnostic sécurité avant le démarrage du chantier. Les entreprises qui répondent aux appels d'offres doivent anticiper ces frais supplémentaires, parfois non négligeables. Comme le rappelle le vice-président de la FFB, "chacun sur un chantier est responsable de ses outils et matériaux. Mais c'est à la maîtrise d'œuvre ou la maîtrise d'ouvrage d'organiser une responsabilité plus collective", explique-t-il. Selon François Asselin, des moyens simples seraient déjà assez efficaces, notamment la limitation du nombre de points d'accès, et la mise en place d'une grille afin de limiter les vols de matériaux à l'aide de véhicules. La réservation d'une pièce sécurisée afin d'y placer les objets de valeur serait également une solution. "Mais évidemment, si les voleurs sont très organisés, ils y arriveront toujours", déplore, fataliste, le vice-président de la FFB. "Les lots techniques sont les plus touchés car les produits industriels prêts à l'emploi comme les pompes à chaleur et les tableaux électriques se revendent bien, tout comme le cuivre, les sanitaires, les menuiseries externes et les carrelages".

 

Progrès technologiques
caméra surveillance Infrarouge Sécurité
Une caméra de surveillance discrètement installée à 2,50 m de hauteur sur la façade du Quai des Savoirs à Toulouse. © Grégoire Noble
De nombreux progrès ont été réalisés dans le domaine de la sûreté, notamment grâce à la vidéo-surveillance, au marquage RFID des matériels et des matériaux. Un créneau pour plusieurs sociétés qui ont développé des offres spéciales pour la surveillance des chantiers. Parmi elles, Infrarouge Sécurité qui installe, pendant la durée des travaux, des systèmes de détection sur les sites. Ces derniers reposent sur des mini-caméras de sécurité, placées à des points stratégiques d'accès, qui sont reliées à une centrale relayant les informations à un centre névralgique de télésurveillance. "Le système fait la différence entre la présence d'un animal comme un chat ou un oiseau, qui ne nécessite donc pas d'intervention d'agents de sécurité, et celle d'un intrus", nous explique Infrarouge Sécurité. Environ 600 chantiers en France seraient protégés par ce système évolutif. "Il est possible de suivre l'évolution des travaux et d'installer cinq puis dix caméras, selon les zones à surveiller". Les détecteurs de mouvements activent les caméras qui prennent des vidéos d'une dizaine de secondes, instantanément envoyées aux techniciens qui traitent alors l'alarme. Les temps d'intervention sur site oscillent entre 10 et 20 minutes, selon les régions. Le coût d'un tel service reste finalement assez modeste par rapport au prix de déploiement d'un maître-chien sur site, 24 heures sur 24 : 1.500 € HT/mois contre 10 fois plus pour une présence humaine continue. Sur l'immense chantier des Quais du Savoir en plein cœur de Toulouse, le système aurait permis de déloger squatteurs, toxicomanes et voleurs de métaux. Selon les responsables de la mairie, le coût du vandalisme, avant le déploiement de la vidéosurveillance, était déjà supérieur à 30.000 €. D'autres sociétés sont également présentes sur le créneau, comme AA Matech et Prodatec, qui proposent des systèmes de détection de chocs pour les clôtures, d'autres par câble enterré, ainsi que des barrières de détection hyperfréquence ou infrarouges actives. Des solutions qui ne permettent cependant pas de différencier animaux et intrus.

 

Zones à risque
Géographiquement, aucune zone n'est épargnée. "Les entreprises font face à un phénomène de société et sont les premières victimes", estime François Asselin. "Les chantiers les plus à risque sont situés en zone péri-urbaine et particulièrement en région parisienne ou dans les Bouches-du-Rhône". Un constat totalement partagé avec le responsable d'Infrarouge Sécurité qui précise faire face à plus de demandes en Île-de-France, à Marseille et à Lille. "Nous avons re-signé la convention de partenariat avec le ministère de l'Intérieur, conclut le vice-président de la FFB, afin de poursuivre la sensibilisation sur certaines opérations et proposer des outils de diagnostic de sécurité". Le protocole, initialement dévoilé en 2008, facilite notamment les autorisations d'installation de vidéosurveillance.

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