Alors que le tandem Areva-Gamesa a remporté trois zones d'exploitation éoliennes au large des côtes françaises, la concrétisation industrielle tarde à venir. A tel point que Siemens, repreneur potentiel de Gamesa, envisagerait de ne pas produire les éléments des machines en France, comme prévu, mais dans d'autres usines. Explications.

Ce devait être une opportunité pour la zone portuaire du Havre, choisie par Areva pour servir de base d'assemblage des éoliennes des futurs fermes offshore de Saint-Brieuc (Côtes d'Armor), Noirmoutier (Vendée) et du Tréport (Seine-Maritime). Deux usines devaient être conçues par Enia Architectes, Auxitec et Egis, puis construites sur place afin de produire des pales et des nacelles, à l'image de ce que le concurrent, Alstom, a mis en place à Saint-Nazaire (nacelles) et - prochainement - à Cherbourg (pales). De quoi assurer 750 emplois directs dans la région.

 

Mais les grandes manœuvres de concentration observées dans l'éolien mondial pourraient venir contrarier ces plans. Suite à ses difficultés financières, Areva s'était rapproché de Gamesa, un industriel espagnol du secteur. Ensemble, ils avaient créé une co-entreprise dédiée aux trois fermes éoliennes françaises, Adwen. Cependant, le groupe allemand Siemens lorgne sur Gamesa avec lequel il est entré en négociations à la fin de 2015, afin d'en prendre le contrôle et devenir, au passage, le numéro un mondial dans l'offshore, devant le danois Vestas.

 

Les Allemands refont le coup de Tanger, 110 ans plus tard

 

Seulement, le géant teuton estimerait qu'il ne serait pas rentable de construire ces deux unités au Havre pour n'équiper que trois champs d'éoliennes. Il privilégierait plutôt d'autres usines du groupe, au détriment de la France. Une décision qui surprend lorsqu'on apprend que, dans le même temps, Siemens annonce le 10 mars 2016 vouloir construire une… usine de pales au Maroc pour un investissement de 100 M€, créant 700 emplois à Tanger. Dans son communiqué, l'industriel allemand, précise que "l'usine desservira les marchés éoliens d'Afrique, du Moyen-Orient et d'Europe", espérant sans doute approvisionner les champs français grâce à cette production délocalisée.

 

Toutefois, l'attribution des trois marchés de Saint-Brieuc, Noirmoutier et du Tréport à Areva, était assortie d'un engagement industriel quant à la création d'une véritable filière dédiée dans l'Hexagone. Faute de quoi, le gouvernement pourrait retirer les juteux contrats, d'un montant global de presque 6 Mrds €. Une décision qui ferait les affaires d'Alstom (désormais filiale de General Electric), l'autre attributaire de marchés éoliens offshore en France. Ce dernier, qui doit déjà équiper les zones de Fécamp (Seine-Maritime), Courseulles-sur-Mer (Calvados) et Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), cherchait de nouveaux débouchés commerciaux pour ses usines. En avril 2014, Pascal Giraud, directeur du site de production de nacelles Alstom à Saint-Nazaire nous expliquait : "Le premier appel d'offres français, où nous avons remporté trois parcs, représente entre 2,5 et 3 ans de charge pour notre usine. Le second représenterait une année supplémentaire de travail". Les malheurs du Havre feront ils le bonheur de Saint-Nazaire et Cherbourg ?
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