La question du logement est-elle suffisamment évoquée dans les programmes des candidats à la présidentielle ? Quelle est la mesure primordiale à mettre en œuvre au début du quinquennat ? Les propositions sur l'encadrement des loyers, la rénovation thermique ou le logement social sont-elles efficaces ou crédibles ? Géraud Delvolvé, le délégué général de l'Union des syndicats de l'immobilier social livre son sentiment à Batiactu.

Batiactu : Que pensez-vous de la campagne électorale qui bat son plein ? Le sujet du logement est-il suffisamment évoqué dans les programmes et suffisamment abordé dans les débats ?
Géraud Delvolvé : Le problème du logement est-il suffisamment abordé ? Je dirais oui, puisque des propositions font partie de tous les programmes. Mais le problème est-il le sujet de débats publics ? Non, presque pas. La Fondation Abbé Pierre a réussi à lancer un débat intéressant avec quelques candidats, mais c'est tout. Et est-ce que cette situation est grave ? Evidemment, oui ! Si l'on veut répondre aux attentes de redressement du pays, en matière d'activité, d'emploi, il faut prendre le logement comme socle de toute action. La construction représente 10 % du PIB, elle créé des emplois et du lien social. Le logement est LE sujet de toute société et il devrait être central dans le débat. Tout comme le développement durable qui, il y a 10 ans, était un sujet à part, en plus des autres, et qui aujourd'hui est une problématique transversale. Le logement est similaire : c'est une question qui touche à la santé, à l'emploi, les transports…

 

Batiactu : Quelle est la première mesure que vous souhaiteriez voir adoptée au début du prochain mandat ?
Géraud Delvolvé : Notre sentiment est le suivant : dans le secteur immobilier, qui est un service, nous souhaitons une véritable réforme structurelle, et pas seulement des aménagements de taux ou des ajustements de curseurs, qui sont des mesures conjoncturelles. Il faut modifier le paysage de cette activité, qui est segmentée entre parcs public et privé. Il faut que la nation propose une offre adaptée à la demande des ménages français, que le bailleur soit privé ou social. Le parc privé offre d'ailleurs davantage de logements sociaux que le public. Seul le programme Les Républicains d'il y a deux ans, avait conceptualisé ce changement, qui casse le dogme du public comme seule réponse au social. La vraie réponse est que la situation du locataire doit primer sur la qualité du bailleur, public ou privé.

 

Batiactu : Quelles propositions des candidats avez-vous retenu ?
Géraud Delvolvé : François Fillon ne reprend pas toutes les propositions de ce programme des Républicains. Et les autres candidats ne proposent pas du tout cette réforme structurelle et manquent d'ambition. Les professionnels sont inquiets et ne retrouvent pas l'ampleur indispensable pour résoudre la crise du logement qui sévit depuis 30 ans. Prenons l'encadrement des loyers : certains proposent sa suppression, d'autres, au contraire discutent de son extension. Alors que ce sont les taxes qu'il faudrait encadrer ! Benoît Hamon propose de surtaxer les revenus des loyers supérieurs à 10.000 €/m². Pourquoi ce niveau ? Pourquoi pas plus ou moins ? Ce n'est économiquement pas réfléchi. Emmanuel Macron, lui, veut supprimer l'ISF sauf pour l'immobilier. Là encore, pourquoi le secteur serait-il la vache à lait de l'Etat ? L'immobilier n'est pas rente sauf pour le gouvernement.

 

Batiactu : Sur les aides à la rénovation ou aux ménages modestes, que pensez-vous des idées des candidats ?
Géraud Delvolvé : Il y a une volonté de la part de la plupart des candidats. Mais la rénovation des copropriétés nécessite un véritable coup de pouce. Il faudrait, par exemple, des emprunts bonifiés par la Banque européenne d'investissement (BEI) qui soient mobilisables par les copropriétaires eux-mêmes. Le tiers financement est intéressant, sur le papier, mais il est peu diffusé car peu d'établissement le proposent. Les outils existent mais ils sont peu déployés et généralement compliqués à utiliser. Comme dans un catalogue de La Redoute, où l'on peut passer un temps infini à hésiter avant de choisir, le choix n'est pas aisé. Le "Green Deal" d'Emmanuel Macron est une bonne idée. Déjà la loi de Transition énergétique avait évoqué une valeur verte, qui avait été censurée par le Conseil constitutionnel. Ce critère n'est pas encore déterminant pour les ménages mais cela viendra plus tard. A cause des contraintes écologiques et réglementaires, dans 5 ou 10 ans, c'est-à-dire demain, il y a aura une sanction financière de la part du marché lui-même, qui refusera les biens dégradés, non performants. La Garantie de performance prendra tout son sens.
Pour les aides aux ménages modestes, le bail mobilité, qui figure également dans le programme d'Emmanuel Macron, est intelligent. Il offre une souplesse accrue pour les jeunes actifs et étudiants en ne ralentissant pas leurs mouvements géographiques. Et il est rassurant pour les propriétaires bailleurs puisque de courte durée. C'est une sorte de "bail à durée déterminée". La garantie Visale existe déjà mais il s'agit d'un bail classique, non dérogatoire et le locataire est en capacité de rester dans le logement, au-delà de la période prévue. Aujourd'hui, le paysage a changé, et l'offre est parfois supérieure à la demande dans certaines zones. Ce bail offrirait une solution pour les bailleurs en recherche de locataires.

 

Batiactu : Un mot de conclusion ?
Géraud Delvolvé :
Il ne faut pas freiner les investisseurs mais au contraire les encourager. Nous avons une autre revendication : stabiliser le schéma fiscal et normatif. Et réformer les copropriétés trop lourdes à gérer. La vraie question est celle de l'intérêt général, qu'il faudra mettre en avant, devant les intérêts particuliers.
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