L'incendie du lycée qui a fait vingt morts, il y a trente ans, résulte de la succession des dérogations accordée lors de la construction du bâtiment. Aujourd'hui, des établissements de ce type sont encore en activité.

Le 6 février 1973, à 19h46, un incendie se déclare dans le lycée de la rue Pailleron, dans le XIXème arrondissement de Paris. Il fera 20 morts dont 16 enfants, tous ensevelis sous les décombres du lycée, qui s'est effondré en quelques minutes.

Le feu avait été déclaré par deux collégiens " en rupture de discipline ". Il s'étaient introduits dans l'établissement et avaient versé un produit inflammable dans une corbeille à papier dans l'intention de faire brûler le CES. Ils ignoraient que les locaux étaient utilisés le soir par des élèves du conservatoire de musique voisin.

Mais ce que les élèves ne pouvaient surtout pas savoir, c'est que le lycée, aux " normes ", était construit de telle sorte qu'il ne pouvait résister plus de 15 minutes à un feu. Que sa structure modulaire avec ossature métallique non protégée, que ses vides multiples formant des cheminées à fort tirage, que ses panneaux d'aggloméré de bois et ses isolants en polystyrène expansé faisaient du bâtiment la victime idéale des flammes.

Après la catastrophe, le véritable procès fut celui des construction dite " Pailleron ", qui avaient poussé comme des champignons depuis le début des années 60 pour faire face à l'augmentation soudaine du nombre des élèves, l'âge minimal pour arrêter les études étant passé de 14 à 16 ans. En tout, ce sont 875 établissements de ce type qui avaient été construits à la hâte et au mépris des normes.

Ou plutôt, en conformité avec des normes qui avaient été préalablement assouplies dans cette perspective, et auxquelles des mesures dérogatoires étaient ajoutées. Ainsi, à la veille de l'incendie, la réglementation classait les établissement dans une catégorie, R, qui comprenait quatre catégories, selon le nombre d'élèves accueillis et selon la hauteur du bâtiment.

Dérogations sur dérogations

Mais certaines des dispositions générales, selon le type d'établissement, sont allégées ou renforcées. De nombreux articles R, qui concerne les écoles et les lycées, sont des allégements permettant de contourner certaines obligations, notamment en matière de résistance de la structure et de procédés de construction. Ces articles ont été introduits dans l'objectif de permettre aux procédés métalliques d'offrir des prix plus compétitifs par rapport au béton.

Ainsi, l'article R11 autorisait pour l'ossature ou le gros œuvre des bâtiments d'externats des établissements d'enseignement du premier et du second degré, une durée de résistance au feu de 15 minutes, dès lors que l'établissement ne dépasse pas le R+2 et n'accueille pas plus de 700 élèves. Cette dérogation a pourtant été retenue pour le CES Pailleron, en R+4.

A l'occasion de ce triste trentenaire, l'Observatoire national de la sécurité a établi l'état des lieux des constructions scolaires à ossature métallique de type similaire. Il en ressort que la moitié des 875 établissements construits ont été entièrement reconstruits ou réhabilités. Un quart a été reconstruit ou réhabilité de façon partielle, tandis que le dernier quart est resté en l'état.

" En tout état de cause, tous les 'Paillerons' ont subi des travaux de mise en sécurité : pose de détecteurs, d'alarmes, de portes coupe-feu, d'issues de secours, encloisonnement des couloirs, trappes de désenfumage et fonctionnent avec avis favorable des commissions de sécurité ", souligne Jean-Marie Schléret, président de l'Observatoire.

En mars 2001, un collège de Bavay, dans le Nord, dont le centre de documentation était de type Pailleron, s'est effondré comme un château de cartes, après que deux collégiens, qui en " avaient marre de l'école ", aient eu mis le feu à une poubelle.
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