D'après le scénario "Energy (R)Evolution" imaginé par Greenpeace, l'abandon total des énergies fossiles d'ici à 2050 permettrait de créer des millions d'emplois. Les coûts seraient compétitifs tandis que les investissements à consentir seraient "plus que couverts par les économies futures". Détails.

Voilà une étude qui ne doit pas réjouir l'Organisation des Pays Producteurs de Pétrole (OPEP) : selon l'organisation Greenpeace, le renoncement total aux énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) d'ici à 2050 serait non seulement souhaitable mais également économiquement possible, voire profitable. La théorie, développée dans le scénario "Energy (R)Evolution", affirme qu'un approvisionnement à 100 % en énergies renouvelables permettrait de créer des millions d'emplois dans le monde.

 

Mais la transition aura un coût. Et il est astronomique. Ou plutôt planétaire : 1.400 milliards d'euros d'investissements mondiaux à réaliser chaque année ! Un montant qui représente l'équivalent du PIB d'un pays comme l'Espagne ou la Corée du Sud… Car les énergies fossiles représentent encore 80 % des apports mondiaux. Mais l'ONG estime que cet investissement serait "plus que largement couvert par les économies futures". Sven Teske, l'auteur du rapport, précise : "Les industries solaire et éolienne sont arrivées à maturité et sont compétitives avec le charbon en termes de coût. Il est très probable qu'elles dépasseront l'industrie du charbon en termes d'emplois et de fourniture d'énergie dans la décennie à venir". A court terme, les renouvelables augmenteraient légèrement le coût de la production électrique. Cependant, "dans quelques pays, comme la Chine et l'Inde, le scénario Energy (R)Evolution est économique dès le départ et meilleur marché que les sources d'énergie conventionnelles d'ici à 2020". Or c'est au cœur de ces géants mondiaux, dont la demande est toujours en croissance, que la transition va se jouer.

 

Photovoltaïque et éolien, les deux locomotives de la transition

 

L'augmentation inéluctable du prix des énergies fossiles, dont les ressources diminuent à chaque instant, rendra le scénario "économiquement favorable dans toutes les régions du monde" dans les 10 ans qui suivront. Car la transition sera également celle de l'emploi, avec un déplacement depuis les industries comme le charbon vers les filières renouvelables. Greenpeace estime que le secteur du solaire "pourrait employer autant de personnes que l'industrie du charbon aujourd'hui, soit plus de 9,5 millions de personnes". De même, dans l'éolien, le nombre de postes sera "multiplié par dix, passant de 700.000 actuellement, à plus de 7,8 millions - deux fois plus que dans les industries du pétrole et du gaz combinées", assure l'ONG.

 

En France, l'Ademe avait déjà imaginé un scénario équivalent pour l'Hexagone, envisageant, à l'horizon de 2050, un pays approvisionné à 100 % en énergies renouvelables, grâce à l'hydroélectricité, l'éolien, le photovoltaïque, la géothermie, la méthanisation et aux énergies marines. Le potentiel combiné de toutes ces sources est évalué à 1.268 TWh, soit trois fois la demande électrique escomptée suite à de drastiques réductions de consommation. Le principal problème pointé par le rapport français, hormis l'investissement nécessaire pour l'installation de près de 200 GW de puissance renouvelable et le surcoût engendré (+30 %), était celui de l'inadéquation entre pic de production et pic de consommation. Un écueil qu'il faudra résoudre d'ici à 2050.
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