La Collection François Pinault s'installera bien à la Bourse de Commerce de Paris, qui sera, pour l'occasion, rénovée et réaménagée par l'architecte japonais Tadao Ando. Il partagera la maîtrise d'oeuvre avec Pierre-Antoine Gatier et l'agence NeM. Détails.

Signant un accord ce mercredi 27 avril avec la maire de Paris, Anne Hidalgo, il s'ancrera dans la Bourse de Commerce, en plein quartier des Halles, à Paris.

 

Elle a ainsi salué ce partenariat, et la rénovation future de ce bâtiment chargé d'histoire, qui participera à faire rayonner Paris dans le monde entier en matière d'art et de culture. Le bâtiment de la Bourse de Commerce, redevenant propriété de la Ville, en a cédé la concession pour 50 ans à François Pinault, qui aura la charge d'en assurer la restauration, l'aménagement, la rénovation puis le financement exclusif de l'activité. « Au terme de la concession, ce bâtiment reviendra à la Ville de Paris qui souhaitera peut-être, avec mes héritiers, continuer l'aventure », a souligné le collectionneur.

 

Une équipe pluridisciplinaire que François Pinault connaît bien…

 

L'aménagement intérieur du lieu a été confié à l'architecte japonais Tadao Ando (agence TAAA), prix Pritzker 1995. De réputation mondiale, il est à l'origine de réalisations telles que le Musée d'Art Moderne de Fort Worth, The Pulitzer Foundation for the Arts aux Etats-Unis ou encore Benesse House au Japon ou le Centre de recherche Benetton Communication à Trévise en Italie. Il partagera la maîtrise d'oeuvre avec le français Pierre-Antoine Gatier (agence PAG), architecte en chef des Monuments historiques, qui s'est spécialisé dans la restauration des nouveaux patrimoines, et l'agence NeM - Lucie Niney et Thibault Marca, dont le domaine culturel est un de ses champs d'action privilégié, et qui participe actuellement au commissariat du pavillon français pour la biennale d'architecture de Venise 2016 avec le collectif AJPA14 et OBRAS-Frédéric Bonnet. Enfin, le groupe Setec assurera le volet technique, tandis que la maîtrise d'ouvrage déléguée a été confiée à Marc Desportes de l'agence Kerso.

 

A noter que François Pinault n'est pas en terrain inconnu puisqu'il s'entoure donc de Tadao Ando, « qui a pris en charge toutes mes initiatives vénitiennes et pour qui j'ai amitié et admiration», glisse-t-il, et de l'agence NeM « dont j'ai apprécié le talent à Lens où le je leur ai confié la réalisation de la résidence d'artistes que nous avons inaugurée l'an dernier ».

 

Un lieu à vocation éducative et pédagogique

 

C'est donc une victoire pour celui qui avait essuyé un échec pour installer sa Fondation sur l'Ile Seguin à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Sa ténacité aura finalement eu gain de cause, après qu'il a inauguré, voici dix ans, au Palazzo Grassi de Venise, la présentation de la collection d'art qu'il constitue depuis plusieurs décennies. A force de patience et de travail, il peut donc aujourd'hui se satisfaire de son retour à Paris, dans ce bâtiment qui fut autrefois la Halle au grain de la capitale (cf. encadré).

 

L'endroit sera un lieu de présentation « d'une collection en permanente évolution », « ouvert aux interventions d'artistes » et aura aussi une « vocation éducative et pédagogique » à destination de tous les publics et plus particulièrement avec « ceux qui sont habituellement éloignés de la fréquentation de l'art contemporain », dévoile François Pinault. Pour cela, une programmation pluridisciplinaire est prévue, « avec de nombreuses expériences à la croisée des arts plastiques, de la musique, du théâtre, de la littérature et du cinéma ».

 

« Ce nouveau musée offre une perspective enthousiasmante et incarne pleinement ma vision du rôle de la culture et de l'art à Paris », s'est réjouie Anne Hidalgo. Le projet architectural sera présenté d'ici à quelques mois, a précisé François Pinault.

 


Qu'est-ce que la Bourse de Commerce ?
Le bâtiment parisien, situé à proximité des Halles dans le 1er arrondissement, associe une colonne dite de Médicis édifiée au 16e siècle, les vestiges d'une Halle au blé circulaire (conçue par Nicolas Le Camus de Mézières au 18e) recouverte de la première coupole en fer et fonte de grande portée du début du 19e siècle. L'ensemble a été recomposé en 1889 pour y implanter la Bourse de Commerce.

 

La Halle est à l'époque le premier monument public conçu au centre de maisons locatives et desservi par un réseau de rues en étoiles. Le projet fonde son originalité sur la volonté de former deux halles en une, grâce à un bâtiment en arcades déployé autour d'une cour centrale. Viendra ensuite la problématique de recouvrir cette dernière. L'idée d'une coupole apparaît évidente, et un premier projet de coupole « légère » faite d'un assemblage de planches de sapin sans adjonction de structure support, est imaginé et réalisé en 1783 par Jacques Guillaume Legrand et Jacques Molinos.

 

Or, en 1802, un incendie ravage le bâtiment et provoque l'effondrement de la couverture. Les consignes : aller au-delà des principes d'économie, de légèreté structurelle, d'éclairage et de ventilation du premier projet, et y ajouter la notion d'incombustibilité. L'emploi du fer s'impose ainsi, poussé par François-Joseph Bellanger qui réalise, en 1813, donc le premier châssis en fer de fonte dressé en France. Dans le même temps, il règle tous les problèmes de dilatibilité de l'ancienne structure en bois grâce à des boulons à tête pyramidale.
En 1873, pour des raisons économiques, la Halle au grain ferme et naît le projet de la transformer en Bourse des Marchandises. C'est à Henri Blondel qu'est confiée cette mission, qui propose une refonte complète de l'édifice entraînant la destruction totale de l'élévation extérieur (hors colonne de Médicis) et la construction d'une nouvelle enveloppe moins épaisse que la précédente. L'architecte en profite également pour créer un entresol et réaliser l'adjonction d'un étage supplémentaire au pied de la coupole. Il conserve la structure de Bellanger, mais réalise une couverture seulement jusqu'à mi-hauteur. A l'extérieur, il reprend les éléments de la façade intérieure avec ses divisions et lignes. En outre, il fait maçonner la partie inférieure de la coupole en briques, qu'il revêt de grandes peintures murales retraçant l'histoire du commerce entre les cinq continents. L'ensemble est inauguré en 1889 lors de l'Exposition Universelle.
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