SOCIETE. Avec près de 9 millions de personnes touchées, le surpeuplement est un phénomène répandu en France, qui tend même à augmenter. Une situation d'entassement qui est l'une des facettes du mal-logement que cherche à combattre la Fondation Abbé Pierre. Lors de son point annuel, elle a questionné le ministre Jacques Mézard, qui a répondu.

C'est le 23e rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre sur l'état du mal-logement en France. Et, cette année, l'organisation a souhaité mettre l'accent sur deux points : d'un côté le surpeuplement des logements, qui gagne du terrain et précarise toujours davantage les plus pauvres, et de l'autre côté, la politique du logement menée par le gouvernement depuis l'élection de mai 2017, un secteur "malmené" selon la fondation. Laurent Desmard, son président, a notamment considéré la baisse des APL comme "injuste et inhumaine" et a sous-entendu que l'Etat souhaitait réaliser des économies sur l'argent destiné aux plus pauvres avant de réclamer plus de fraternité envers les plus mal logés.

 

Manuel Domergue, le directeur des études de la fondation, a présenté les résultats de l'enquête sur le surpeuplement : "8,6 millions de personnes sont dans cette situation. C'est un phénomène très répandu qui est en augmentation : +12 % pour le surpeuplement 'modéré' - selon les normes de l'Insee - entre 2006 et 2013 et même +17 % pour le surpeuplement 'accentué' qui touche 934.000 personnes". Rappelons que cette mesure du peuplement par l'Insee est basée sur le rapport entre le nombre de pièces d'un logement et le nombre jugé nécessaire au ménage en fonction de sa composition (nombre, âge et situation des membres). La règle veut qu'une pièce à vivre soit réservée pour le ménage, une pièce par couple, une pour chaque enfant ou adulte célibataire et une pièce pour un ou deux jeunes enfants (moins de 7 ans). Pour le spécialiste des chiffres, la "conquête de l'espace" (définie par l'historien Antoine Prost) initiée dans l'après-guerre avec l'augmentation du niveau de vie et l'agrandissement des logements, est aujourd'hui contrariée.

 

Des conséquences y compris sur la santé

 

Les causes ? La pauvreté persistante et la précarisation des couches populaires touchées par la crise économique de 2008, mais aussi les problématiques de recomposition familiale. Les parents seuls sont ainsi 3 fois plus touchés que les couples par ce manque d'espace chronique. Les phénomènes migratoires et la fragilité administrative de ces populations entraîne également un surpeuplement dans de petites surfaces (29 % des ménages immigrés sont concernés). Une situation souvent associée à de l'hébergement chez des tiers et à la complexité de parcours d'accès aux droits.

 

Et le surpeuplement, outre son inconfort, a des conséquences nombreuses. La vie quotidienne est impactée avec d'évidents problèmes de rangements, de stockage, d'archivage des documents officiels. Egalement des soucis d'intimité qui créent des tensions et du stress. "La promiscuité favorise des maladies, des pathologies respiratoires et cutanées", relate Manuel Domergue. Des problèmes qui auront eux-mêmes des répercussions sur d'autres aspects de la vie des occupants : "Les enfants présentent plus de risques de redoublement : +12 % dans le cas du simple partage d'une chambre et +40 % pour du surpeuplement accentué, dans la tranche d'âge 11-15 ans". Car il est difficile de faire ses devoirs et d'apprendre ses leçons sans avoir le calme d'une chambre.

 

L'exemple anglais : ce qu'il ne faut surtout pas faire

 

Pour y répondre, la Fondation Abbé Pierre cite plusieurs possibilités. Tout d'abord, une facilitation des mutations entre les contingents de bailleurs pour favoriser le transfert de ménages en situation de sous-peuplement qui souhaitent rendre leur appartement devenu trop grand. Aujourd'hui, 33.000 personnes aurait effectué une pareille demande, sans réponse. "Il y a beaucoup de freins pour reloger les gens. Il n'est pas facile de décloisonner les contingents. Nous incitons les ménages à chercher mais si le loyer est identique - voire plus cher - quel serait l'intérêt de partir ?", analyse Manuel Domergue. Selon lui, l'instauration d'une "bedroom tax" pénalisant les chambres inoccupées à l'image de ce qui se fait en Grande-Bretagne, aurait un effet délétère en n'incitant pas au déménagement mais en appauvrissant encore un peu plus les ménages.

 

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