AVIS D'EXPERT. Qui dit reconquête de friches industrielles, dit souvent travaux de dépollution s'accompagnant parfois de mesures "constructives". En découle fréquemment un risque de remontée par volatilisation de polluants depuis le sol dans les bâtiments. Deux spécialistes du Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) nous éclairent sur les différentes techniques employées.

Batiactu : Quels sont les différents cas de pollution des bâtiments qui sont aujourd'hui rencontrés ?
Hubert Leprond : Il existe quatre problématiques principales : la remontée de vapeurs dans les bâtiments, la pénétration de polluants volatils dans des canalisations d'eau potable, la protection des sols en surface et le risque de corrosion des bétons (ou des fondations) par des polluants présents dans le sol. Si cette dernière problématique n'est rencontrée que de manière ponctuelle, celle de l'intrusion de substances volatiles dans le bâti est beaucoup plus fréquente. C'est un phénomène qui a été mis en évidence par la mesure du radon, ce gaz radioactif présent dans certaines zones géologiques, que l'on retrouve dans certains bâtiments où il peut avoir tendance à s'accumuler. Il s'agit là d'un phénomène naturel, alors que dans le cas des pollutions liées à l'activité humaine, ce sont surtout des hydrocarbures (essence, gasoil, fioul) et des solvants chlorés qui constituent les principaux polluants. Ils représentent entre 70 et 80 % des cas. Les solvants chlorés, comme le trichloroéthylène, ont été largement utilisés dans l'industrie pour dégraisser les pièces mécaniques ou en mélange dans les peintures. De la même manière, les pressings ont employé du tétrachloroéthylène (également connu sous le nom de perchloroéthylène), pour le nettoyage à sec.

 

Batiactu : Une fois que la pollution est établie, quelles techniques peut-on mettre en œuvre ?
H.L. : Les mesures passives, qui ne consomment pas d'énergie et ne nécessitent pratiquement pas de maintenance, sont les plus simples et les premières à être déployer. Il s'agit par exemple d'améliorer l'étanchéité de la dalle d'un bâtiment avec de la résine ou une surépaisseur. Mais il est parfois compliqué d'agir, si ce bâtiment est déjà occupé, selon sa configuration (bâtiment de plain-pied, existence d'un vide sanitaire…) ou encore lorsque cette dalle est percée en de nombreux endroits (traversée de réseaux) ou qu'elle est en mauvais état. Une étude technique préalable permettra de déterminer la meilleure solution. D'autres solutions sont également envisageables comme augmenter la ventilation naturelle, en ajoutant des grilles de ventilation par exemple à un vide sanitaire, ce qui permettra de disperser les polluants et d'éviter qu'ils ne pénètrent dans l'édifice. Toutefois, cette solution peut soulever d'autres problèmes, telle que la circulation d'air froid sous le bâtiment engendrant une surconsommation d'énergie. Une analyse globale de la situation, prenant en compte les aspects liés au comportement des polluants, à la configuration et l'occupation des locaux, est ainsi indispensable pour définir la solution de gestion la plus adaptée au contexte.
Il est à noter que la nature des polluants mis en jeu conditionne aussi les mesures susceptibles d'être mises en œuvre : les hydrocarbures sont, en général plus faciles à gérer que les solvants chlorés, très persistants dans le sol et dont la dégradation peut mener à la formation de composés encore plus dangereux et plus mobiles.

 

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