Malgré une conjoncture très favorable au photovoltaïque dans le monde, cette énergie reste en retrait en France. Daniel Bour, le président du syndicat professionnel Enerplan, formule des propositions pour que ces technologies participent davantage au mix énergétique national. Tour d'horizon.

Selon l'AIE, Agence internationale de l'énergie, le solaire photovoltaïque sera la première source mondiale d'énergie à l'horizon de 2040. Un changement de paradigme total depuis les premiers balbutiements des années 1970. Pourtant, en France, le contexte reste plus compliqué pour les acteurs de cette énergie renouvelable, moins développée que chez certains de nos voisins. Daniel Bour, le président d'Enerplan, explique : "La conjoncture est très favorable dans le monde, qu'il s'agisse des aspects économiques ou sociétaux. Mais nous n'avons pas encore enclenché la démultipliée en France, car le secteur est très réglementé. Notamment en raison de la présence d'un producteur historique à position très dominante". Cependant, le moment semble être propice pour les acteurs du photovoltaïque, puisque la révision de la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), entre actuellement en discussion pour la seconde période (2019-2023). Le responsable assure que, comme l'éolien, l'énergie solaire bénéficiera d'un groupe de travail dédié à la simplification de ses normes, sous l'autorité de Sébastien Lecornu, groupe qui sera mis en place au début de 2018.

 

Fluidifier les démarches pour hausser la cadence

 

Enerplan formule donc des revendications dites de "principe", avant de détailler des mesures plus précises. Son président déclare : "Nous voulons participer davantage au mix énergétique. Nous pouvons le faire : si le solaire ne représente aujourd'hui que 2 % de la production électrique française, nous atteindrons réalistement les 10 % en 2028". Seule condition pour y parvenir : mobiliser 2.000 hectares par an de toitures et terrains orphelins. Pas question d'empiéter sur des terres agricoles ou de déficher pour implanter des centrales au sol : les capteurs seraient déployés sur des friches industrielles, potentiellement polluées, ou sur des terrains délaissés par l'Armée. "Il n'y a pas de problème de ce côté-là", assure Daniel Bour.

 

En revanche, le développement soutenu de l'énergie photovoltaïque nécessitera une bonne visibilité pour les porteurs de projets. "Il faut une feuille de route sur 10 ans", assure le président d'Enerplan. "Le secteur a vécu avec des creux réguliers sans appels d'offres. Aujourd'hui c'est un peu plus régulier, mais absolument pas suffisant. Il faut donc peu à peu doubler leurs volumes". Et pour parvenir à cette accélération, Daniel Bour réclame une simplification de tout le processus : "Le système des appels d'offres coûte cher et n'est pas forcément le plus efficace. Pourquoi ne pas passer par un système de guichet avec prix garanti pendant une certaine durée ?", s'interroge-t-il. Le responsable du syndicat souhaite que les délais pour qu'un projet puisse sortir de terre soient ramenés à 3 ou 5 ans. Faute de quoi les objectifs français ne 2020 ne seront pas atteints. Pour lui, RTE qui vient de publier des scénarios de production d'électricité n'aurait pas pris toute la mesure du potentiel du photovoltaïque. L'option "Ampère" pour 2035 serait même atteignable largement avant cette échéance.

 

L'autoconsommation décollera-t-elle en France ?

 

Sur l'autoconsommation, le responsable d'Enerplan ajoute : "Là encore, la France est en retard, avec un marché qui démarre à peine. Il est difficile de prédire ce que sera l'appétit des particuliers pour cette solution. Mais la baisse des coûts la rendra de plus en plus intéressante". Pour Daniel Bour, le secteur du photovoltaïque serait encore pénalisé par le souvenir de la bulle spéculative de 2010, qui avait entraîné un fort engouement ainsi qu'un effet d'aubaine pour des installateurs peu scrupuleux. Un phénomène qui avait entraîné un retour de bâton sous forme de moratoire… Le président se veut prudent : "Il faut libérer l'autoconsommation en s'appuyant sur les régions, puisque certaines d'entre elles sont prêtes à aider sous forme de subventions". Richard Loyen, le délégué général du syndicat renchérit : "Pour un développement harmonieux sur le territoire, il faut partir sur trois grandes zones climatiques". Concernant l'autoconsommation collective, permettant de partager de l'électricité entre différents partenaires, Enerplan souhaite que la maille soit étendue au-delà du transformateur haute-basse tension, afin de passer sur une échelle urbaine de l'ordre de 10.000 habitants. Faute de quoi "le terrain de jeu sera trop limité", estime-t-il. Autres demandes, que le Turpe (tarif d'utilisation des réseaux publics d'électricité) soit adapté et que les installations soient - temporairement - exonérées de CSPE (contribution au service public de l'électricité) et de Ticfe (taxe intérieure sur la consommation finale d'électricité).

 

Interrogé sur l'appel d'offres neutre technologiquement voulu par l'Europe, Daniel Bour se montre sceptique : "Cela n'a pas beaucoup de sens, ce n'est pas l'avenir". Il craint que d'autres technologies ne trustent tous les marchés et entraînent la création de régions entièrement dépendantes à une seule source renouvelable. "Or on a besoin d'un foisonnement des énergies", argumente-t-il. Richard Loyen, le délégué général d'Enerplan, note : "Les installations dans le résidentiel ont chuté de moitié en 2 ans et se sont stabilisées à un niveau anormalement bas. Nous sommes convaincus que le bâtiment sera le tremplin pour le photovoltaïque, notamment en relation avec tout ce qui est énergie positive". Le syndicat est certain que la production décentralisée d'électricité apportera une valeur verte aux bâtiments qui en seront pourvus. Enfin, concernant les technologies thermiques, il évoque : "Le prix carbone sera un signal important pour ce marché. Nous demandons qu'il soit possible de cumuler Certificats d'économies d'énergie (CEE) et Fonds Chaleur, afin de permettre aux exploitants de proposer des garanties de performance énergétique sur du solaire thermique". Des souhaits qui permettraient d'animer le secteur français des renouvelables.
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