"On se rend compte que les acteurs ne sont pas prêts du tout !, s'exclame ainsi Patrice Bideau, architecte. Ce n'est pas faute d'information, à mon avis, mais juste un manque d'intérêt". Même son de cloche du côté de Mas Provence : "Nous avons fait le pas facilement grâce au BBC, mais depuis le début de l'année, il est devenu difficile de communiquer avec nombre d'acteurs, qui, à mon avis, ont manqué de réalisme. Ils se sont dit qu'ils pouvaient encore attendre, et de report en report, se sont laissés dépasser". Une réalité également éprouvée chez Trecobat, leader de la construction de maisons individuelles dans le Grand Ouest. "2013 a été une année très perturbée car chacun des acteurs a tenté de défendre ses positions. Il y a ceux qui continuent de vendre comme avant, en contournant la réglementation et ceux qui veulent aller de l'avant", nous confie Alban Boyé, DG de Trecobat. "La filière bâtiment est formatée comme cela depuis des années", se lamente-t-il, estimant qu'il y a un vrai risque pour l'avenir. "Le moment de vérité se fera au printemps/été 2014, au moment où les premières maisons vendues arriveront avec l'obligation de résultat. Je ne sais pas encore mesurer le pourcentage de désordres que cela engendrera, mais cela risque d'infléchir la réglementation", ajoute-t-il.

 

Le couperet de l'obligation de résultat
La RT 2012, source de blocages ? En effet, "l'obligation de résultat imposée par la RT fait que la réalité des couts sera valable pour tous. Jusqu'ici, on pouvait toujours tricher, désormais, ce ne sera plus possible. Certains résisteront au détriment de leurs marges, mais si le marché ne redémarre pas, cela risque d'être compliqué!", s'inquiète Alban Boyé. Et de dénoncer le fait que les labels HPE et THPE qui devaient être actés ne sont toujours pas en place. "Nous étions prêts à être THPE dès cette année, voire RT 2020. Mais là on est obligé de détricoter notre offre et d'être moins riche dans nos solutions afin de nous ajuster au marché et à la concurrence qui devient rude. L'innovation, la R&D sont bloquées, et nous ne pouvons plus être en phase avec les attentes clients. C'est regrettable". "Il y a un décalage", soutient Patrice Bideau, architecte. La RT 2012 est une question de bons sens, mais on s'est arrêté au milieu du chemin. On aurait dû aller jusqu'à la maison passive ! Mais la RT nous oblige à installer une PAC, donc globalement, on continue de construire comme avant et on ajoute une PAC".

 

Après 2012, 2020…
Viser la RT 2020, c'est donc le tournant choisi par certains, comme le constructeur Villas La Provençale, dirigée par Jacques Patingre. Pionnière de la maison durable, la société a commencé à s'intéresser au BBC dès 2007 et a su profiter de la défiscalisation sur le BBC pour vendre massivement. "La transition s'est faite en douceur chez nous, aujourd'hui notre objectif est de prôner le renfort du bâti auprès de nos clients, c'est pourquoi nous lançons la marque 'Génération bâti durable'. La RT 2012 était nécessaire car elle a apporté énormément, mais maintenant l'excellence en matière de construction, c'est 2020 et la maison passive, voire positive!", nous explique Jacques Patingre. Et de conclure : "Après 2020, on n'attend plus rien dans le neuf. Il faudra tout miser sur la rénovation énergétique".
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