Comment garantir la continuité des données d'un bâtiment, depuis sa conception jusqu'à son exploitation ? Et comment tirer la quintessence du BIM en termes de création de valeur ? Afin de commencer à répondre à ces questions, Fedene et Syntec-Ingénierie ont rédigé un document de référence destiné aux maîtres d'ouvrage.

La maquette numérique d'un bâtiment devrait être une réelle valeur ajoutée lors de la phase exploitation de celui-ci, la plus longue étape de tout son cycle de vie qui représente jusqu'à 75 % du coût global. Pourtant, ce n'est pas encore une évidence, notamment pour les maîtres d'ouvrage qui choisissent les exploitants de leurs biens relativement tard dans leurs processus et ne les associent pas forcément à leurs démarches en amont. Ils s'interrogeraient encore sur l'apport de valeur lors des phases ultérieures d'un projet. Au point que la Fédération nationale des services énergie environnement (Fedene) et que Syntec-Ingénierie décident d'éditer un "kit" pour réussir le BIM en exploitation. Le but : garantir la continuité des données, depuis la conception jusqu'à l'occupation des lieux.

 

Maintenance facilitée et offre de nouveaux services

 

Mais quels sont les éléments nécessaires à récupérer pour un exploitant ? Eric Lamendour, spécialiste du BIM et des solutions digitales chez Engie, expose : "La maquette numérique devient un outil de gestion et d'exploitation à part entière. Il faut solliciter tous les partenaires pour travailler autour d'un référentiel ouvert et dynamique de données patrimoniales, partagé entre tous les acteurs". Il détaille : "Il faut passer d'une logique de coût d'acquisition de la donnée à une logique de coût d'usage et de création de valeur, et co-construire de nouveaux services". Pour les rédacteurs du document de référence, le BIM ne s'arrête pas à la réception d'un bâtiment, mais doit être utilisé tout au long du cycle de vie de l'ouvrage. Il se trouve même au cœur d'un concept "BIM centrique" où la maîtrise d'ouvrage, le promoteur, les "asset", "property" et "facility managers", et même les utilisateurs finaux, apporteraient leurs contributions. Une vision plus économique de la maquette numérique, tout droit venue du monde anglo-saxon.

 

David Ernest, directeur Innovation & Energie pour Vinci Facilities, relate : "Les premiers retours d'expérience ont démontré la capacité à générer des gains en exploitation". Il évoque la facilité d'accès à la donnée, des temps d'intervention réduits pour les équipes techniques mieux renseignées et une réduction des gênes occasionnées. "Les coûts peuvent être très importants si on n'a pas intégré les exigences de l'exploitation en amont", tempère-t-il. "C'est pourquoi ce guide est un outil nécessaire mais pas suffisant : il faut aussi mettre en œuvre des process qui changent en exploitation", rappelle-t-il, voyant dans le BIM un avantage pour tous, avec des procédés optimisés, plus fluides. De son côté, Eric Lamendour insiste sur la convergence entre la maquette numérique, les "smart systems" et les objets connectés, qui tous ensemble permettront de "tirer la quintessence du bâtiment en exploitation". Il énumère les trois caractères fondamentaux de la démarche : travail collaboratif, transparent et interopérable. Sur ce dernier point, il fait valoir que le mieux est de favoriser les échanges au format normalisé IFC 4, "pour que les standards et les formats soient communs".

 

Opposer la valeur de la donnée à son coût

 

Quant au coût de la donnée, lié à sa nécessaire validation qui prend du temps mais qui garantit son exactitude, et celui de sa gestion, les spécialistes opposent une valeur de la donnée. Cette dernière permettrait une optimisation cachée de l'exploitation, précisément en faisant gagner du temps, en accélérant des métrages ou en évitant de fastidieuses ressaisies d'informations. Ils avancent même le chiffre de 8 à 16 €/m², modélisation comprise, un prix encore très élevé à cause de la phase d'enrichissement des caractéristiques, très chronophage, particulièrement dans les bâtiments industriels où les équipements sont à la fois multiples et complexes. Les logiciels de gestion de maintenance (GMAO) capables d'intégrer directement des IFC seraient encore peu nombreux, mais, à en croire les spécialistes, les éditeurs travailleraient activement sur la question.

 

Structuration du kit BIM en exploitation :
Les prérequis sont de trois ordre : exhaustivité et disponibilité des données en élaborant un cahier de prescription répondant aux objectifs de performances et services du maître d'ouvrage ; conformité des données en garantissant le dossier des ouvrages exécutés (DOE) numérique aux prescriptions et à la réalité des ouvrages ; compatibilité et interopérabilité en organisant la prise en charge par l'exploitant pour chacun des usages métiers.
Pour y parvenir, le kit BIM en exploitation préconise l'utilisation de la codification Uniformat II pour l'ensemble des éléments du modèle, qui "trouve toutes son utilité dans l'utilisation du processus BIM", notamment grâce à ses "subdivisions fonctionnelles" et à son organisation qui "permet de décrire la relation entre les fonctions du bâtiment et les groupes d'éléments et sous-éléments (quatre niveaux de description pour les attributs)".
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