Cnoa : Si le client lui donne un coût d'objectif, il doit le respecter. En effet, à partir du budget et du programme du client, l'architecte établit une estimation provisoire du coût prévisionnel des travaux par ratios et vérifie l'adéquation du programme avec le budget. Le chiffrage doit être daté et doit préciser l'étude sur la base de laquelle il a établi les surfaces, les procédés particuliers annoncés. En cas d'inadéquation l'architecte doit le signaler à son maître d'ouvrage. Au cours des études du projet, l'architecte s'engage contractuellement sur un montant de travaux avec un taux de tolérance. Cet engagement est contrôlé à l'issue de la consultation des entreprises. Je rappelle que dans nos contrats, l'architecte est tenu de respecter des coûts d' objectifs définis avec son du client et de l'informer au fur et à mesure du chantier en cas de changement. Il est capable de mettre en concurrence les entreprises et d'optimiser leurs prix en faisant un appel d'offres d'entreprises. Quant au suivi des travaux, un architecte n'abandonne pas un projet… Il serait donc bénéfique que les architectes travaillent avec les constructeurs, car on aurait là la sécurité du contrat du constructeur et, en même temps, ce qui est à mon sens indispensable, une qualité architecturale dès le premier mètre carré.

 

LCA-FFB : Oui, mais nous avons parfois le sentiment, et cette image est peut-être fausse, que les architectes qui travaillent dans notre secteur ne sont pas toujours passionnés par la conduite de travaux… Une question simple : les architectes sont-ils en capacité et en réelle envie d'assumer une mission complète pour produire chaque année, selon la conjoncture, entre 110 et 150.000 maisons ? Or dans le cadre d'une mission complète que vous revendiquez, cela nous pose un problème d'ordre économique, à la fois vis-à-vis d'un savoir-faire que nous revendiquons et vis-à-vis de la capacité des accédants à supporter la charge des honoraires d'une mission complète rémunérée à son juste prix.

 

"Les architectes qui travaillent dans notre secteur ne sont pas toujours passionnés par la conduite de travaux…", LCA-FFB

 

Cnoa : Nos honoraires s'élèvent entre 10 et 11% du montant des travaux en moyenne. Si l'estimation est basée sur le coût des travaux, le pourcentage peut varier en fonction du contenu de la mission et de la complexité de l'opération. Pour une maison individuelle, les honoraires peuvent être fixés forfaitairement. Il s'agit de réorganiser la structure du prix de production de la maison, car vous avez en interne des dépenses qui pourraient être optimisées avec l'intervention de l'architecte.

 

Batiactu : Quel serait alors le rôle de chacun ?

 

LCA-FFB : Je rappelle aussi que nous avons nos services commerciaux, nos conducteurs de travaux et nos services conception/études intégrés ainsi que notre réseau d'artisans. La mission complète, comme vous l'entendez, engendre un coût d'honoraire élevé difficilement amortissable dans le cadre de l'accession de maison en grand nombre que nous privilégions. Dès que vous montez en CSP, l'équation économique devient pertinente, dès qu'on est sur notre marché de masse, c'est plus difficile !

 

Cnoa : Il faut dire que vos structures d'entreprise ne prévoient pas non plus la présence d'un architecte. Il me semble que l'on pourrait arriver à quelque chose si celles-ci intégraient ce coût. Ce qui poserait alors le problème de vos propres conducteurs de travaux… Comment donc éviter les doubles coûts ? Car, je le redis, un architecte n'est jamais aussi bon qu'en mission complète, c'est là qu'il maîtrise l'ensemble et qu'il va faire gagner de l'argent. C'est là où il y a une vraie qualité ! C'est là où nous pouvons obtenir le meilleur résultat pour le patrimoine comme pour l'usage !

 

"Un architecte n'est jamais aussi bon qu'en mission complète !", Cnoa

 

LCA-FFB : En tout état de cause, qu'il soit fait par un conducteur de travaux ou par un architecte, un vrai suivi de travail est important. La différence se fait là ! Il est évident que cette fonction ne peut être externalisée par le constructeur. Sa force, c'est le cumul internalisé de son approche client, de la conception et du suivi de travaux pour permettre la livraison à prix et délai convenus.

 

Batiactu : Pourtant, la collaboration architecte-constructeur se fait de plus en plus, à en juger par les projets que vous, LCA-FFB, présentez lors de vos Challenges…

 

Cnoa : Un architecte qui ne fait qu'un permis de construire, c'est mieux que rien, mais je pense que cela ne permet pas d'obtenir la qualité qu'un projet architectural mené à son terme peut apporter à l'habitant.

 

LCA-FFB : Il faut intégrer que nous travaillons en effet de plus en plus avec des architectes et la qualité de nos réalisations mise en valeur lors de nos Challenges de l'habitat innovant le montre. Il ne faut pas oublier non plus qu'en tant que constructeur, nous avons des accords avec des partenaires industriels sur les achats de matériaux et matériels que ne peut pas avoir l'architecte en tant que tel. De même, nous offrons une dommages-ouvrage qui est très difficile à obtenir si vous passez par un architecte seul.

 

Cnoa : Les coûts de souscription sont plus élevés, c'est vrai, mais en tout état de cause l'architecte apporte les mêmes garanties que le constructeur. D'où l'intérêt dans le cas des maisons destinées aux primo accédants à travailler ensemble. Je pense que l'architecture est un droit pour tous quels que soient les moyens des acquéreurs.

 

LCA-FFB : C'est aussi la forme de logement préférée des Français !

 

Cnoa : Quand on n'a pas les moyens de se payer un logement haussmannien, c'est sûr…

 

LCA-FFB : Je vois ce que vous voulez dire : ils n'ont pas les moyens de se payer un beau logement, ils vont au pire. C'est une vision un peu condescendante, non ?

 

"Ils n'ont pas les moyens de se payer un beau logement, ils vont au pire. C'est une vision un peu condescendante, non ?", LCA-FFB

 

Cnoa : : Ce n'est pas ce que je veux dire, bien entendu. Mais quand vous habitez dans un quartier ou dans une copropriété dégradée, vétuste, je comprends que vous ayez envie de partir de là. Si vous voulez partir, vous êtes obligés d'aller loin là où le foncier n'est pas cher. Le parcours résidentiel devient dès lors plus contraint.

 

LCA-FFB : Que ce soit en location ou en accession, les Français préfèrent habiter dans une maison individuelle. C'est un raisonnement parisien que vous avez là, car en province, il est facile d'avoir une maison individuelle avec jardin, etc…

 

Cnoa : C'est vrai à condition de n'être pas loin du centre-bourg, quand vous pouvez faire les déplacements facilement, sans avoir forcément trois voitures…

 

LCA-FFB : C'est un choix, mais la maison individuelle offre une qualité de vie recherchée par les ménages.
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