Cnoa : Dans les territoires ruraux, je suis d'accord.

 

LCA-FFB : C'est là que nous travaillons mais pas seulement et nous sommes de plus en plus dans des territoires urbains.

 

Batiactu : Justement, doit-on continuer à faire des lotissements éloignés des bourgs ?

 

LCA-FFB : Le problème, c'est qu'on n'en fait plus ou plus beaucoup ! D'ailleurs, on aimerait faire des choses avec vous sur la réhabilitation de lotissements.

 

Cnoa : Bien entendu, et on pourrait essayer de faire des ensembles de maisons, de façon différente. Car le lotissement est un modèle désormais obsolète.

 

LCA-FFB : Dans sa conception initiale, avec le schéma en raquette, oui c'est indéniable. Ce que vous dites est exact, on a décrié le lotissement, pas toujours à juste titre, car certains sont bien conçus. A tel point que quand on lit les documents d'urbanisme aujourd'hui, on voit que les élus ont une grande réticence à faire des offres foncières en extension pour faire du lotissement. Résultat, on fait encore du pur diffus où l'offre foncière n'est pas aménagée. C'est la loi de l'offre et de la demande, et l'on se retrouve avec un urbanisme moins maîtrisé, sous prétexte d'avoir condamné cette forme de lotissement. Il y a un réel travail de réhabilitation à faire auprès des élus. Le Snal (syndicat des aménageurs lotisseurs) rappelait, il y a peu, que la part du lotissement dans la construction de maison était tombée à 20/25%, alors qu'elle était à plus de 50% il y a une vingtaine d'années. Il y a un constat à faire.

 

"On pourrait essayer de faire des ensembles de maisons, de façon différente", Cnoa

 

Cnoa : Pour satisfaire cette appétence de maison individuelle, il faut persévérer dans cette idée d'en construire. Mais, à mon avis, il faut changer le modèle qui existe du lotissement, avec son découpage en raquette… Et se rapprocher des centres-bourgs, qu'il faut rénover, et s'inscrire dans la structure du village telle qu'elle existe et accepter de faire de temps en temps de la mitoyenneté, d'introduire une mixité de typologies et de fonctions, qui permet de vivre en maison individuelle à un moindre coût écologique.

 

LCA-FFB : Ce modèle-là, avec un peu plus de densité, peut fonctionner, mais dans des tissus qui ont déjà un peu de densité. Il faut que l'offre soit circonstanciée par rapport au territoire choisi. Il y a vraiment des choses à faire ensemble, et avec les élus ! L'architecte est l'homme de l'amont, le constructeur celui de l'aval ! En collaborant en bonne intelligence, cela peut fonctionner.

 

Cnoa : Je pense également qu'il peut y avoir des collaborations très fructueuses sur un plan tant économique que qualitatif, entre vous et nous. Il faudrait pouvoir apporter aux nouveaux lotissements un peu de mixité, y introduire un petit commerce, des professions libérales, quand c'est possible… Ce sont des choses à repenser, avoir du locatif avec de l'accession. Bien sûr, cela dépend aussi des terrains, et donc de l'aménagement. C'est pourquoi nous nous sommes battus, dans le cadre de la loi CAP, sur le Permis d'aménager, pour que le recours à l'architecte devienne obligatoire à partir d'un certain seuil. Il est important de conçevoir les plans d'urbanisme et l'aménagement différemment avec des architectes, des paysagistes et des urbanistes.

 

LCA-FFB : Vous faites là un mauvais procès à ceux qui travaillent sur l'aménagement…

 

Cnoa : Les géomètres ne sont ni architectes, ni paysagistes…

 

LCA-FFB : Oui, mais ils ont des compétences.

 

Cnoa : Ah mais bien sûr, ils sont et seront toujours là. L'un n'exclut pas l'autre, alors que pendant bien des années, les géomètres ont considéré qu'ils faisaient bien le travail des architectes. Nous disons que sans les architectes, il n'y a pas d'architecture, pas que nous pouvons faire sans les géomètres !

 

Batiactu : Du coup, doit-on encore pousser à la construction alors qu'il y a tant à rénover dans ces lotissements que vous dites obsolètes ?

 

LCA-FFB : C'est notamment la position de Benoist Apparu, maire de Chalons-en-Champagne, et ancien ministre du Logement sous M. Sarkozy, lors de son intervention au dernier Sommet de la Construction organisé par la FFB en mai dernier. Toutefois, il a quand même reconnu que ce n'était pas aussi simple, car se pose la question de la qualification des biens à rénover qui sont rarement adaptés à la demande. Rénover en centre bourg peut être une idée séduisante, mais à quel prix ? Et puis, ce qui nous ennuie, c'est ce discours : halte à la construction neuve, on axe tout sur la rénovation. Ce n'est pas aussi simple que cela…

 

Cnoa : Peut-on continuer aussi à consommer des terres agricoles ? Il y a des nécessités qui nous conduiront peut-être à dire qu'en matière de coût global, rénover un habitat plus ancien n'est pas si cher que cela. Mais bien sûr qu'il faut construire du neuf ! Même avec 350.000 logements construits par an, on ne renouvelle le parc que de 1%... Alors la rénovation est un enjeu de société majeur et toute la filière du bâtiment doit trouver les solutions pour réussir à atteindre la rénovation de 500000 logements par an.

 

Batiactu : Il existe donc des terrains où vous vous retrouvez… sauf sur la question du seuil !

 

"Ce qui nous ennuie, c'est ce discours : halte à la construction neuve, on axe tout sur la rénovation", LCA-FFB

 

LCA-FFB : En effet, c'est notre point d'achoppement. Entre nous, quelle différence y a-t-il entre maison de 149 m2 et une maison de 150 m2 ? Et cette question du seuil est une mauvaise approche. Rien n'empêche théoriquement, quand bien même le seuil serait à 200 m², un architecte d'investir le marché des maisons depuis le premier mètre. Le problème est d'ordre culturel et économique. La maison a trop souvent été considérée par cette profession comme un art mineur et ceux qui en font le choix regardés avec dédain. Et sur le plan économique, nous l'avons dit plus haut, l'équation ne fonctionne pas.

 

Cnoa : Le discours a bien changé. Il y a eu une époque où les architectes n'ont pas suffisamment vu l'importance pour l'architecture et l'aménagement des territoires, de la construction massive de maisons individuelles. Je peux vous assurer que nous ne sommes plus du tout sur cette ligne.

 

LCA-FFB : Ça, c'est une nouveauté ! (rires)
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