VU A BATIMAT. L'évolution de la réglementation incendie dans les bâtiments résidentiels devrait se faire au même moment que les discussions autour du projet de loi logement, au premier semestre 2018. Plusieurs pistes sont envisagées, comme deux experts du CSTB l'ont précisé à Batiactu lors du Mondial du bâtiment.

La réforme de la réglementation incendie dans les bâtiments résidentiels, lancée par le ministère de la Cohésion des territoires dans la foulée du drame de la tour Grenfell, à Londres, devrait être menée dans les mois à venir, en même temps que les débats sur la loi Logement. Celle-ci doit être présentée au premier semestre 2018. Cela a été confirmé à Batiactu, le 10 novembre 2017 sur le salon Batimat, par la direction sécurité structure feu du CSTB qui y animait une conférence, organisée par l'AQC, sur le sujet. L'organisme a rendu un rapport salué par la profession en juin dernier (Lire notre article), après avoir été missionné par le ministère, dans le but de repérer les manques dans la réglementation incendie appliquée aux logements.

 

La modification réglementaire devrait porter notamment sur la réforme de l'arrêté de 1986. S'agira-t-il d'interdire les produits combustibles en façade sur certains types de bâtiments, notamment en quatrième famille (Lire notre article concernant l'avenir des isolants combustibles en façade) ? Ou se contentera-t-on de limiter la masse combustible en façade ? « Il est évident que le sujet du risque de propagation du feu par la façade sera exploré », nous informe Stéphane Hameury, du CSTB. « Certains passages du texte ne renvoient par à l'instruction technique IT249, alors que cela devrait être le cas. » Ce travail devrait s'appuyer sur des guides techniques déjà parus, comme celui d'avril 2016 concernant l'ITE par enduit sur polystyrène expansé (Etics-PSE), et un autre concernant les façades bois. D'autres manuels sont en cours de rédaction et serviront de support.

 

« Il faut raisonner en matière de performance globale de la façade »

 

La solution d'interdire tout bonnement les produits combustibles sur certaines façades ne semble pas être envisagée. « La présence de ce type de matériaux en façades n'augmente pas uniquement et nécessairement le risque de propagation », remarque Stéphane Hameury. « Même s'il est bien évident que cela représente tout de même un facteur de risque. Nous estimons qu'il faut surtout raisonner sur la notion de comportement global d'un système de façade au feu, plutôt que d'interdire tous les produits combustibles. » Des études ont en effet prouvé que la résistance des façades peut être réelle, même si elles contiennent du combustible. Pour autant, un renforcement des exigences devrait voir le jour.

 

Un audit avait également été demandé au CSTB par le ministère, visant à dénombrer les bâtiments, en France, dont le profil est comparable à celui de la tour Grenfell. Une mission à présent gérée au niveau de la DHUP. Le ministre de la Cohésion des territoires, Jacques Mézard, avait affirmé à Batiactu que ces chiffres seraient rendus publics.

 

L'urgence de mieux encadrer les procédés de rénovation thermique (ITE)

 

Anne Voeltzel-Lévêque, spécialiste incendie au CSTB, a également rappelé les observations et préconisations contenues dans le rapport de juin 2017 sur le sujet. Avec les politiques d'efficacité énergétique, sont apparus de nouveaux risques. Ainsi, l'épaisseur des isolants en façade a énormément augmenté (de quelque centimètres en 1988 à 15 voire 40 centimètres avec la RT2012). « L'ITE a pris une part plus importante dans le marché de l'isolation. La moitié des bâtiments de quatrième famille ont une ITE, de nombreux IGH également. S'il y a un feu en façade, au-dessus de 28 mètres, là où l'échelle des pompiers ne peut pas accéder, il y a donc un risque de propagation du feu au-dessus du foyer dans les étages élevés. Ce qui impose de devoir évacuer le bâtiment par l'intérieur », explique Anne Voeltzel-Lévêque. Le CSTB pointe d'autres « nouveaux risques », tels que la diversification des matériaux employés en façade, la difficulté d'appliquer correctement la réglementation pour les bâtiments mixtes ERP/logements (chacun type de bâti étant soumis à une réglementation différente), et les projets de construction d'IGH en matériau combustible (le bois).

 

Autant d'élément qui font dire au CSTB qu'il est « urgent » de mieux encadrer les rénovations thermiques, notamment pour les procédures d'ITE. Les bâtiments de quatrième famille sont évidemment dans le viseur, dans la mesure où la réglementation incendie y est bien moins exigeante que pour un IGH (alors même que deux bâtiments de chacune de ces familles peuvent être quasiment de la même hauteur, par exemple 48 et 52 mètres).

 

Risques « d'embrasement généralisés éclair »

 

Autre risque qui s'est développé récemment, et pose de plus en plus de soucis aux pompiers : le risque d'embrasement généralisé éclair. « Les constructions sont de plus en plus étanches à l'air », expose Anne Voeltzel-Levêque. « Il peut ainsi arriver qu'un feu soit déclenché, mais manque d'oxygène pour se développer, du fait précisément du manque d'aération et de ventilation dans la pièce. Sur ce, si les pompiers interviennent, par exemple en brisant une fenêtre pour rentrer dans le logement, l'arrivée massive et soudaine d'oxygène peut entraîner une sorte d'explosion qui est potentiellement dangereuse pour les occupants et les secours. » a

 

Les incendies dans les bâtiments résidentiels en chiffres, en 2015
76.000 interventions de pompiers
257 morts
16.000 personnes impliquées
Source : SDIS
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