Spécialiste des éléments en béton préfabriqué, l'entreprise Rector dépend du marché de la maison individuelle, dont les volumes ont été drastiquement réduits depuis 2008. En faisant valoir les caractéristiques de ses produits industriels, elle souhaite se positionner davantage sur le segment de la construction neuve de logements collectifs. Explications avec Pierre Laplante, le directeur général.

La société familiale Rector réalisait encore récemment plus de la moitié de son chiffre d'affaires dans la maison individuelle grâce à la production de planchers poutrelles et de pré-murs en béton. Mais ce marché a été particulièrement impacté par la crise, puisque le nombre de mises en chantier a été divisé par deux entre 2008 et 2015. Pierre Laplante, le directeur général de Rector, explique : "C'est le marché qui a le plus souffert. Aujourd'hui la construction neuve repart, mais c'est le logement collectif qui se porte le mieux". Un constat qui incite l'entreprise à miser sur les produits destinés aux segments du collectif et du non résidentiel, qui représentent respectivement 25 et 20 % de son activité totale.

 

Anticiper les futures réglementations

 

"Dans un marché en pleine mutation, avec l'arrivée du BIM et les questions environnementales, la préfabrication aura un rôle important à jouer", assure-t-il. Car le procédé présente différentes caractéristiques intéressantes : la production en usine garantit une plus grande qualité, une anticipation facilitée des phasages d'un chantier et une diminution des nuisances sur site. "Nous sommes persuadés de pouvoir répondre à toutes les exigences en utilisant la mixité des matériaux", annonce le directeur général qui plaide pour un emploi raisonné de chaque solution constructive. Il poursuit : "Nous sommes actuellement poussés par le bois qui bénéficie d'un soutien - parfois incompréhensible - de la part de nos politiques. Il bénéficie d'une image positive mais ce qu'il démontre surtout c'est que la préfabrication est la clé". Car la construction par assemblage plutôt que par banchage et coulage de béton en place, représente un important gain de temps. Rector estime pouvoir contribuer à concevoir et bâtir plus rapidement. "Pour l'énergie et le label E+C- nous travaillons sur la formulation des bétons afin de diminuer l'empreinte carbone. Mais le béton présente intrinsèquement de bonnes performances thermiques, acoustiques et mécaniques", martèle Pierre Laplante. Il annonce l'ambition de la société : "Devenir une référence des systèmes constructifs de la maison individuelle et du logement collectif, et concevoir des systèmes préfabriqués apportant une offre adaptée à chacun des segments du marché".

 

Concrètement, l'entreprise, qui dispose d'une dizaine de sites de production en France (avec 850 employés), propose déjà une très large gamme de produits différents (planchers poutrelles et pré-dalles, pré-murs, etc). Elle souhaite désormais définir des assemblages facilités et développer des services adaptés à ses clients. "La maquette 3D n'est que le début. Le BIM permet un phasage et une planification bien en amont, qui se prête bien à la préfabrication. Nous avons presque un bureau d'études complet en interne, avec acoustique et thermique, pour répondre aux attentes des différents acteurs : promoteurs, bureaux d'études structure, bureaux de contrôle… Et nous formons les entreprises à la pose de nos produits, sans vouloir devenir nous-même poseurs, ni promoteurs", explique le directeur général. De son côté, David Poulain, le directeur marketing de Rector, précise : "Le concept Equatio pour l'individuel, va être transposé au collectif".

 

"La Référence", un outil d'aide à la décision

 

Pour l'entreprise, le béton serait irremplaçable dans la construction, y compris dans celle de bâtiments bois, où les fondations et dalles sont en matériau lourd. "Le béton c'est la sérénité : en termes de suivi de chantier et de sécurité des points critiques, les gains d'ascenseur, les cages d'escalier et les pré-murs évitent de bancher dans un trou. La préfabrication permet une meilleure conception en amont et un chantier simplifié", poursuit David Poulain. Face à une offre pléthorique de références différentes, la société a donc édité un premier guide de référence. "C'est différent d'un catalogue, c'est un outil d'accompagnement. Il identifie des problématiques et permet d'obtenir des solutions en orientant vers le système constructif le plus adapté". Deux volumes sont d'ores et déjà prévus : un pour l'individuel - qui reste le cœur de l'activité de l'entreprise - et un pour le collectif. Un troisième, portant sur les infrastructures enterrées, pourrait également voir le jour en 2017. Résolument tourné vers l'avenir, Rector anticipe un chiffre d'affaires de 190 M€ cette année, dont 17 M€ sont issus de ses activités à l'international (Belgique et Pologne).
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