Au premier trimestre de 2017, l'activité des installations photovoltaïques a atteint son plus bas niveau historique. Des chiffres très préoccupants pour France Territoire Solaire qui souligne le paradoxe entre l'application de la loi de Transition énergétique et les difficultés rencontrées par les porteurs de projets.

Alors que la France est lancée dans la transition écologique depuis plusieurs années, le rythme de raccordement d'installations photovoltaïques n'en finit pas de s'effondrer. L'année 2016 s'était achevée sur le plus bas volume jamais raccordé depuis 2010, avec seulement 550 MW, et cette tendance s'est poursuivie au premier trimestre de 2017 avec +82 MW de puissance supplémentaire, "ce qui représente un des pires trimestres jamais observés", s'inquiète le think-tank France Territoire Solaire. Il fait d'ailleurs remarquer, dans la 22e édition de son Observatoire de l'énergie solaire photovoltaïque, que, dans le même temps, 463 MW ont été raccordés au Royaume-Uni, soit cinq fois plus qu'en France !

 

L'autoconsommation n'a pas encore d'impact

 

Antoine Huard, le président du groupe de réflexion, déclare : "Ces chiffres sont très préoccupants car l'espoir d'un redressement des raccordements en 2017 est douché par la piètre performance de ce 1er trimestre (…) Si cette tendance se poursuit, on peut estimer que seuls 9 GW seront raccordés à fin 2018, ce qui est en-deçà des objectifs de la loi de Programmation pluriannuelle de l'énergie, qui fixait l'objectif solaire photovoltaïque à 10,2 GW". Un écart de près de 12 % qu'il serait difficile de combler rapidement.

 

Plus en détail, les trois premiers mois de l'année ont été marqués par une légère reprise des plus petites installations (moins de 9 kW) mais le niveau global est resté faible à environ +20 MW. L'autoconsommation n'aurait donc eu aucun impact et ne compenserait pas les baisses de volumes d'installations plus grandes. Bonne nouvelle toutefois, les moyennes toitures (entre 9 et 100 kW) se sont redressées pour parvenir à +30 MW sur le trimestre. Mais les choses se dégradent au fur et à mesure que les installations sont plus puissantes. Pour les grandes toitures (entre 100 et 250 kW), les raccordements se sont stabilisés à +6 MW, un niveau très bas, tandis que pour les très grandes toitures (entre 250 et 1.000 kW), France Territoire Solaire note "la quasi-absence de raccordement". Enfin, sur les centrales dont la puissance dépasse le mégawatt, l'Observatoire parle de chute, avec seulement +27 MW et l'absence de raccordement d'installation de plus de 5 MW.

 

Délais trop longs et opacité dans les AO

 

"Le think-tank identifie plusieurs causes retardant des projets ou leur abandon", signale Antoine Huard, avant de poursuivre : "Les appels d'offres étant jusqu'alors ouverts à des projets peu matures (permis de construire non obtenu), nous estimons que, selon les segments, 30 à 50 % des projets ne voient jamais le jour. Les autres projets sont souvent retardés par les délais croissants d'obtention des autorisations administratives, par le temps de réponse des demandes d'adaptations (prévues au cahier des charges du projet) comme à la suite de défaillances de fournisseurs, par les délais de raccordement… sans parler des projets qui attendent de trouver leur équilibre économique". Mais que faire pour résoudre ces difficultés ?

 

France Territoire Solaire estime préjudiciable l'absence de transparence entourant l'attribution des appels d'offres et la réalisation des projets lauréats. Pour le groupe de réflexion, le manque d'informations essentielles nuirait à l'efficacité de la commande publique. Il recommande donc de publier des indications sur tous les projets tels que la puissance et le prix moyen par famille, la puissance et le nombre de projets non détenteurs d'un permis de construire au moment du dépôt de leur dossier, ou ceux qui n'ont pas constitué de garantie bancaire, ceci afin d'adapter les mécanismes de soutien. La perspective d'une reprise du photovoltaïque en 2017 semble doucement s'éloigner…
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