QUALITE. Réseaux, couverture, isolation, façade ou revêtements, découvrez les désordres les plus fréquents répertoriés par l'Agence Qualité Construction (AQC) dans sa base de données Sycodés. Certaines évolutions notables sont intervenues au cours des dernières années. Découvrez lesquelles...

L'AQC vient de publier son "Flop 10" des désordres les plus courants et les plus coûteux signalés à Sycodés en France. Cette base statistique recense en effet les données recueillies lors des expertises dommage-ouvrage permettant d'identifier les pathologies les plus récentes afin d'orienter au mieux l'effort collectif de prévention et d'amélioration des pratiques. Les désordres collectés sont ceux qui font l'objet d'une déclaration de sinistre à caractère décennal et dont le coût de réparation est compris entre 762 et 250.000 euros (HT). L'AQC souligne qu'il est nécessaire de "relativiser les résultats au regard des parts de marché des techniques les plus employées".

 

Dans les maisons individuelles

 

Les désordres ont connu des évolutions notables : les revêtements de sols intérieurs sont devenus, en quelques années, les premières sources de pathologies en nombre et en coût. Cette progression a été forte (+11,2 % pour la période 2014-2016). Les sinistres concernent majoritairement les carrelages, les problèmes étant amoindris avec des revêtements souples. L'expert indépendant François Reix formule une hypothèse : "Dans la maison individuelle, la tendance est à l'agrandissement des tailles de carreaux mis en œuvre avec des joints de plus en plus fins. Si l'on n'a pas respecté les temps de séchage, le retrait de la chape peut entraîner des écarts dimensionnels qui ne sont pas absorbés ni par la colle, ni par les joints. C'est alors le carreau qui se casse. On parle d'effet bilame". Deuxième famille de désordres les plus courants, ceux qui touchent les façades à base de maçonnerie en blocs de béton, dont la prévalence est stable. Ils devancent les couvertures en petits éléments qui, elles, sont en diminution constante, grâce à la formation des couvreurs et à des process de production améliorés (suppression de la porosité des tuiles). L'expert avance : "Les causes peuvent être différentes entre les régions. Ainsi, dans le Sud-Est, on rencontre beaucoup moins la mise en œuvre de mortiers d'embarrure pour les arêtiers et faîtages. Ces mortiers bâtards, composés de chaux et de ciment, étaient difficiles à doser et résistaient mal aux écarts de température".

 

L'AQC note que les problèmes de fondations superficielles - très peu nombreux - sont en revanche excessivement onéreux, même si le coût a diminué substantiellement en 20 ans. Le rapport met en avant une meilleure sensibilisation des acteurs. Christian Garcia, directeur technique de Socabat, note : "La compréhension des phénomènes, en particulier le rôle de la végétation dans les terrains argileux, est meilleure. La mise en place d'écran anti-racine est un exemple de solution mise en œuvre. (…) Les nouvelle techniques de confortement, par injection de résine, ont permis, elles aussi, de faire baisser le coût des réparations". Mais il estime que le recours à des études de sols pourrait être plus fréquent.

 

Dans les logements collectifs

 

Ce sont également les revêtements de sols intérieurs qui causent le plus de tracas, en nombre et en coût total. Mais, en deuxième position, tout change : ce sont les réseaux d'eau intérieurs qui sont à l'origine des désordres, même s'ils sont en diminution au fil des ans. François Reix déclare : "La qualité des tubes en cuivre a certainement progressé et les professionnels recourent plus fréquemment aux tubes polyéthylène réticulé qui ont l'avantage de ne pas souffrir de la corrosion". Suivent les fenêtres et portes-fenêtres, en 3e position. Christian Garcia explique : "Il y a eu, ces dernières années, une forte hausse du nombre de chantiers de rénovation des menuiseries, et mécaniquement le nombre des désordres augmente. Il faut continuer à préconiser le recours à des produits certifiés et à former les poseurs car beaucoup de désordres restent liés à la mise en œuvre". Quant aux pathologies liées aux ossatures poteaux-poutres, elles sont en forte augmentation et concernent particulièrement les ossatures béton avec l'apparition de fissures, d'infiltrations et des défaillances d'assemblages ou de liaisons. Ces sinistres sur le gros œuvre entraînent des coûts élevés de réfection. L'AQC note également une augmentation des coûts de désordres liés aux équipements sanitaires. L'expert, François Reix, analyse : "D'abord, l'installation beaucoup plus fréquente de WC à cuvette suspendue [dont] le bâti-support est d'une mise en œuvre plus compliquée. Par ailleurs, l'entretien est moins aisé du fait de l'accessibilité réduite aux pièces d'usure. Ensuite, on voit se démocratiser les blocs de douche et baignoire en résine. Or, ce matériau plus souple impose des calages plus précis pour éviter qu'il ne se déforme sous le poids de l'eau et des personnes".


Dans les locaux d'activité

 

Comme dans le cas des logements collectifs, le nombre accru de chantiers de rénovation des huisseries pour une meilleure isolation a entraîné une hausse des désordres liés aux fenêtres. Les revêtements de sols intérieurs sont même passés en seconde position grâce à une mesure particulière, comme le fait valoir Christian Garcia : "C'est la fin de la pose scellée des carrelages dans les locaux à fortes sollicitations, comme les centres commerciaux. La pose collée est désormais obligatoire et génère moins de désordre pour ce type d'ouvrage". Sycodés note une forte baisse de la sinistralité des couvertures en grands éléments. En revanche, les problèmes de voiries coûtent de plus en plus cher. François Reix relate : "J'ai pu voir également dans certains dossiers une optimisation lors de l'exécution parfois discutable, d'autant que les estimations de trafic à prendre en compte sont souvent difficiles à vérifier. Une fois le désordre apparu, il faut reprendre le revêtement parfois sur une trentaine de centimètres".

 

Quant aux manifestations des désordres les plus courants, ce sont des défauts d'étanchéité à l'eau qui restent les plus observés. L'AQC signale une hausse notable des désordres liés à des sécurités d'utilisation. "Il y a clairement une évolution du rapport à la sécurité des personnes. Même si le risque de sinistre est faible, il n'est plus envisageable de le courir quand la santé des personnes est en jeu. Des traces de rouille en sous-face d'un balcon, un garde-corps instable, on réagit immédiatement", détaille le directeur technique de Socabat. Enfin, le rapport de l'Observatoire de la qualité de la construction note une nouvelle typologie de désordres qui commence à faire du bruit : le défaut d'isolation acoustique. Un phénomène qui pourrait être lié au renforcement de l'isolation thermique, qui accentuerait les bruits intérieurs, y compris ceux d'équipements à pièces tournantes (PAC, VMC).
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