DECRYPTAGE. Alors qu'un balcon s'est effondré samedi soir à Angers, tuant plusieurs personnes, nous avons voulu revenir sur les normes de construction pour les balcons. Précisions.

C'est un accident dramatique qui s'est produit à Angers, dans la nuit de samedi à dimanche. Alors qu'une dizaine d'étudiants se trouvait sur un balcon, celui-ci s'est effondré entraînant la mort de quatre personnes et blessant gravement plusieurs autres. Si des experts ont été dépêchés sur place pour établir la cause de cette catastrophe, le constructeur de cet immeuble se défend. Dans un communiqué, l'entreprise de construction du bâtiment et de ses balcons indique avoir "participé avec d'autres sociétés du bâtiment à la construction de l'immeuble en cause" et ajoute que le "procédé utilisé pour cette réalisation - qui remonte à 1998 - ne présente strictement aucune originalité et la construction a été effectuée de manière classique dans le respect scrupuleux des règles de l'art, et sous le contrôle des personnes chargées de vérifier la qualité de ce type d'ouvrage."

 

Rappelons justement les normes et les calculs appliqués pour ce type de réalisation. Pour avoir des précisions au niveau des normes à appliquer, nous avons consulté le bureau d'étude structure Batiserf (qui n'est pas le bureau d'étude de l'immeuble d'Angers). L'un de ses experts nous explique que "pour ce concerne les balcons, la charge dite d'exploitation à prendre en compte dans les calculs est définie par la norme (EUROCODE 1). Elle vaut 350 kg/m² (soit 3.5 kN/m²)". Et si les normes ont évolué, Pierre Cayla, chargé de projet pour Batiserf, souligne cependant qu'il n'y a "pas de changement dans les valeurs des charges pour cette catégorie de bâtiment". Il ajoute également que "des charges sont aussi à prendre en compte pour le calcul des garde-corps (60 kg par mètre de garde-corps appliqué en tête)".

 

Une charge d'exploitation jusqu'à 1.050 kg/m² à prendre en compte

 

Cependant, "les règles de calcul prévoient l'application d'un coefficient de sécurité de 1.5 (+50%) sur les charges", ajoute-t-il, précisant également que d'autres coefficients sont appliqués sur les matériaux (béton, acier, etc…) et pour tenir compte de certains aléas de mise en oeuvre. Ainsi, "au global, le coefficient moyen de sécurité est aux alentours de 2.0 et 3.0 (par rapport à la charge de calcul de 350 kg/m² et de 60 kN pour les garde-corps)". Concrètement, cela revient à prendre en compte une charge d'exploitation comprise entre 700 kg et 1.050 kg par mètre carré.

 

Concernant les règles de calcul béton armé, l'expert structure de Batiserf précise que les nouvelles règles EUROCODE 2 ont abrogé les anciennes règles dites "BAEL 91" (Béton Armé aux Etats Limites de 1991) en 2010. "Ces nouvelles règles étaient applicables depuis 2007", fait-il remarquer en expliquant qu'il y a toujours une transition dans l'application de nouvelles normes pendant laquelle deux normes sont utilisables au choix du concepteur et/ou du maître d'ouvrage et du contrôleur technique. Toutefois, ces évolutions n'ont pas modifié significativement les grands principes et les étapes de calculs ni même les résultats des calculs.

 

Quid des vieux balcons

 

Après l'accident d'Angers certains vont sûrement s'interroger sur la solidité de leur balcon, surtout si celui-ci se trouve dans un immeuble ancien. Pour cela, des diagnostics d'ouvrages sont possibles. Plusieurs méthodes existent, dont celle qui consiste à procéder à chargement réel de l'ouvrage jusqu'à la charge nominale requise (et s'assurer du bon comportement au cours du chargement).

 

Dans le cas d'Angers, le bâtiment a été construit en 1998, donc assez récent. Me Rouiller, l'avocat de l'entreprise de construction a également indiqué que son client "n'a pas été d'une quelconque manière concerné par son entretien ultérieur et à sa maintenance, et ne peut donc s'exprimer sur les conditions dans lesquelles ces balcons auraient présenté une défaillance liée à une usure anormale". "Il y a quelque chose d'anormal dans l'usure de ces balcons", a confirmé auprès de l'AFP Me Rouiller, faisant état notamment de "tâches d'humidité massives" visibles à l'endroit des balcons sur l'immeuble. Ce sera désormais à l'enquête de déterminer les causes de ce tragique accident.
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