Le musée des Confluences, la Philharmonie de Paris ou encore la Cité de l'océan à Biarritz… Tous ont la particularité d'avoir fait polémique ces derniers temps. En cause ? Leur facture qui n'a pas cessé d'enfler au fur et à mesure des chantiers. Explications.

Le geste architectural, le choix d'un architecte de renommée internationale a un prix. C'est sûr. Plusieurs chantiers culturels en font les frais actuellement.

 

Le dernier en date ? La Philharmonie de Paris imaginée par Jean Nouvel, prix Pritzker 2008. Ce bâtiment, futur vaisseau amiral de la culture, dispose d'un auditorium de 2.400 places ouvert à toutes les musiques. Sa particularité ? L'importance du volume acoustique, soit 30.500 m². Ici, se dresse une structure en acier sur six niveaux pour une conception inédite, véritable prouesse technique. Cependant, cet écrin, qui ouvrira ses portes le 14 janvier prochain, a connu de nombreux rebondissements. Maintes fois envisagé, maintes fois repoussé, le véritable feu vert du projet date de 2010 et le démarrage des travaux de 2011. Un chantier gigantesque qui ne s'est pas fait sans mal : "C'est vrai que le top départ a été donné début 2011, nous soufflait Geoffroy Vauthier, responsable technique et acoustique de la Philharmonie de Paris au mois de novembre 2013. En juin de l'année précédente, c'était effectivement très compliqué car beaucoup d'entreprises souhaitaient quitter le chantier." Les acteurs soulignaient alors un montage et un programme confus. A l'époque, l'architecte voulait également des éléments bien spéciaux: "Il lui (Ndlr : Jean Nouvel) fallait trouver 10 millions d'euros de mécénat pour boucler le projet, plus 2,5 millions pour les 'oiseaux' lumineux qui signaleront la façade de la Philharmonie depuis Paris et le périphérique", glissait alors le maître d'ouvrage.
Vendu en 2006 pour un montant de 200 millions d'euros, le projet posé porte de la Villette avoisinerait les 387 millions d'euros (dont l'Etat : 158 millions d'euros, Ville de Paris : 158 millions d'euros, région Ile-de-France : 20 millions d'euros).

Des factures salées pour des grands projets

La philharmonie ne fait pas figure d'exception dans le paysage culturel. Le musée des confluences à Lyon, ouvert depuis le 20 décembre 2014, affiche également son lot de mésaventures. Tout comme celle de l'établissement parisien, la facture n'a cessé de grimper, notamment en raison d'un changement de maître d'œuvre, de sous-évaluations, ou encore de couacs entre entreprises. Selon un récent article des Echos, le budget serait passé de 61 millions d'euros lors de son lancement à 255,4 millions (HT). Certains avancent même le chiffre de 328 millions d'euros. D'ailleurs, les élus du Conseil général du Rhône ont voté en octobre dernier une délibération demandant à Vinci 41,6 millions d'euros de pénalités de retard. Si l'on peut comprendre que ces grands projets évoluent puisqu'ils s'étendent sur de nombreuses années, c'est davantage l'ampleur de l'écart entre l'enveloppe annoncée et le budget final qui étonne. Pour expliquer le phénomène, certains experts avancent des modifications de coût des matériaux, la réalisation de travaux intermédiaires, les ambitions territoriales, etc.

Quid du futur ?

Mais ce n'est pas tout, une fois ces œuvres achevées, elles pourraient également rencontrer des problèmes au niveau de la maintenance et de l'entretien. Du côté du musée des Confluences, des associations alertent sur un coût de fonctionnement annuel qui pourrait s'avérer plus important que celui annoncé, soit 30 millions d'euros au lieu des 18,5 millions, indiquaient le quotidien les Echos mi-décembre.

 

Enfin, ces dysfonctionnements ne sont pas l'apanage de la France. En Allemagne, la Philarmonie d'Hambourg qui est en cours de construction est aujourd'hui criblée de dettes. D'un budget de 187 millions d'euros, le projet est passé à 860 millions d'euros. Le porte-parole des affaires culturelles de la municipalité reconnaît d'ailleurs que "tout n'a pas été comme prévu", évoquant des problèmes de construction et des querelles juridiques. Et d'année en année, la date de l'inauguration a été repoussée. Là encore, de nouveaux dérapages et des retards de livraison sont encore possibles…
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