Le design a-t-il besoin de l'architecture ou est-ce l'inverse ? Difficile de répondre formellement à cette question, néanmoins, force est de constater que les architectes et plus particulièrement ceux que l'on surnomme les starchitectes sont de plus en plus sollicités dans des projets industriels. Quel est l'intérêt de cette collaboration ? Comment s'effectue le travail ? Décryptage.

L'heure est à la diversification. Une tendance ancrée depuis quelques temps dans tous les secteurs d'activité que ce soit dans l'industrie, notamment avec l'arrivée du développement durable ou dans des milieux plus artistiques. Parmi les exemples les plus récents, on peut citer le styliste américain Tom Ford qui est passé derrière la caméra pour réaliser son premier film : Single man, actuellement en salles.

 

Dans ces secteurs dits créatifs, l'architecture ne fait pas exception. Depuis plusieurs années déjà, les maîtres d'œuvre s'ouvrent à d'autres disciplines et plus particulièrement au design. D'ailleurs, nombre d'entre eux, comme Jean Nouvel ou encore Norman Foster, se sont dotés d'un service spécialement dédié à cette spécialité. Depuis 1995, la société Jean Nouvel Design crée des meubles et des objets liés ou non à des projets : «Je suis un architecte-designer. Les objets sont des habitants de l'architecture», explique le lauréat du prix Pritzker 2008. Pour lui, il s'agit de «transmettre une émotion, inscrire une dimension poétique dans la vie quotidienne et interroger sur l'essence même des choses». De même, l'architecte anglo-irakienne, Zaha Hadid, a travaillé à la réalisation de tables, meubles, vases pour des marques comme Alessi, spécialisé dans l'art de la table, ou encore le robinetier anglais Triflow. Selon elle, que l'on traite d'architecture ou de design, tout est question de fluidité et d'harmonie. Même état d'esprit chez Jean-Michel Wilmotte qui a, entre autres, imaginé une collection de couteaux pour Laguiole. Dans tous ses projets, le bâtisseur cherche à définir «un sens aigu de l'élégance, des proportions, du confort et du raffinement».

 

L'architecture pour son côté déco
De leur côté, les industriels n'hésitent pas une seconde à faire appel aux architectes pour élaborer des pièces rares et limitées. Pour eux, c'est une manière de se démarquer de la concurrence, mais surtout de stimuler la recherche et le développement. Ainsi, Jado a sorti une collection, signée Jean Nouvel, de robinets utilisant un système exclusif de capteurs tactiles de contrôle de la température de l'eau. La démarche est semblable chez Valli Valli, filiale d'Assa Abloy spécialisée dans les poignées de porte, qui a notamment travaillé avec Franck Gerhy pour sa dernière gamme : «Ce genre de collaboration pousse l'industriel à trouver des techniques alliant esthétique et qualité», souligne Agnés Richter, responsable marketing stratégique chez Assa Abloy. Etude de faisabilité, résistance, moulage mais surtout originalité… Au final, les industriels y trouvent leur compte : «Ce genre de produit nous permet de nous renouveler et montre notre ouverture sur le design et la décoration», précise Agnès Richter.

 

Après l'industrie, la mode
Connus des professionnels, des designers ou encore des milieux particuliers, les architectes apportent leurs idées mais également leur notoriété : «Pour nous, cette association est rentable tant sur le plan financier que sur l'image», confie la responsable marketing d'Assa Abloy. Et cette tendance ne devrait pas s'arrêter puisqu'aujourd'hui tout le monde s'arrache les services de ces stars d'un nouveau genre. Elles vont même jusqu'à faire rêver le milieu très confiné de la mode. Pour la collection printemps 2008, la marque de cachemire Lutz&Patmos a demandé à l'architecte américain Richard Meier de dessiner un cardigan veste et Zaha Hadid a créé une paire de basket futuriste pour Lacoste. On peut dès lors se demander jusqu'où iront ces grands constructeurs pour bâtir leur notoriété ?
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