Consommation des bâtiments, production d'énergies décentralisées, gestion des déchets… Rien n'a été oublié dans les 500 mesures du nouveau Plan Climat Air Energie de la Ville de Paris. La capitale se place sur une trajectoire qui devrait lui permettre d'avoir une empreinte neutre en carbone en 2050. Détails.

La Ville de Paris est ambitieuse : elle prévoit de devenir neutre en carbone et de s'approvisionner à 100 % en énergies renouvelables d'ici à 2050. La feuille de route, dévoilée ce mardi 7 novembre 2017, comporte un très large panel de mesures portant sur tous les domaines : bâtiments, transports, énergie, déchets, financements, qualité du cadre de vie… Ce "Plan Climat Air Energie Territorial" a été élaboré entre novembre 2016 et mars 2017, grâce à une concertation des différents acteurs de la vie parisienne : associations, entreprises, chercheurs, habitants et agents de la ville.

 

Pour aller vers cette neutralité carbone, qui constitue un objectif fondamental de l'Accord de Paris (COP21), le plan fixe des objectifs intermédiaires, pour 2030. La capitale devra déjà diminuer de moitié ses émissions de gaz à effet de serre intramuros et respecter les recommandations de l'OMS pour la qualité de l'air. Les consommations énergétiques devront être réduites de -35 % sur le territoire, par rapport à leur niveau de 2004 tandis que les renouvelables assureront 45 % des besoins (dont 10 % devront être produites localement). Les grands objectifs finaux, ceux de 2050, prévoient qu'il n'y ait plus d'émissions de gaz à effet de serre intramuros pour réduire drastiquement l'empreinte carbone de Paris (-80 %, les 20 % restant étant compensés écologiquement). Les consommations auront été divisées par deux et elles seront intégralement couvertes par les EnR (dont 20 % produites sur place).

 

Rénover, rénover, rénover…

 

Mais comment y parvenir dans les faits ? Le rapport résume : "Sachant que 85 % de la consommation énergétique de Paris est due au secteur résidentiel-tertiaire, et que 95 % des immeubles de 2050 sont déjà construits, le défi majeur des 30 prochaines années est la rénovation énergétique des 110.000 immeubles parisiens, soit 1 million de logements à rénover d'ici 2050". La Ville de Paris prévoit de continuer à financer la rénovation de 4.500 logements par an, avec un gain moyen des consommations fixé à 60 %. Mais, à ce rythme, il faudrait 222 ans pour réhabiliter l'ensemble du parc parisien. Une accélération se produira donc à partir de 2020, le plan prévoyant de rénover 5.000 logements par an rien que dans le parc social. La Ville espère que les capacités d'investissement des bailleurs seront garanties par l'Etat. Ces opérations de réhabilitation porteront également sur 50 millions de m² de commerces, bureaux, hôtels et équipements publics. Les locaux les plus énergivores - dont 300 écoles, 40 collèges et 15 piscines publiques - seront rénovés avant 2030. Le parc municipal doit ainsi réduire ses consommations de 40 %.

 

Le Plan Air Energie Climat défend également l'idée de droit à l'énergie propre pour tous, pour diminuer l'empreinte carbone et améliorer la qualité de l'air en ville. Il égrène : "En multipliant les panneaux solaires sur les toits, la géothermie, la récupération d'énergie et en valorisant mieux les déchets, la part de production locale d'énergies renouvelables visée est 20 % en 2050". Deux exemples sont cités : la création d'une centrale solaire au Parc floral du bois de Vincennes, de 5.000 à 10.000 m², et celle d'un puits géothermique à Bercy-Charenton. Loin de pouvoir subvenir seule à ses besoins immenses, la capitale compte développer une solidarité territoriale avec d'autres entités en y soutenant le développement de projets EnR. Elle réfléchit notamment à la création d'un fonds Air/Bois à destination des particuliers afin d'accélérer la rénovation des systèmes de chauffage au bois qui sont fortement émetteurs de particules, sources de pollution atmosphérique. De même, la ville se fixe pour objectif de bannir les véhicules Diesel en 2024, puis essence en 2030, et de devenir 100 % cyclable dès 2020.

 

Mobiliser les habitants, les entreprises et les capitaux

 

 

Comme le rappelle le document, "75 % de l'empreinte carbone globale de Paris dépend directement des actions privées (citoyens, acteurs économiques et institutionnels)". Pour parvenir à une mobilisation collective, la capitale renforcera le rôle de son Agence Parisienne du Climat et multipliera les partenariats avec les acteurs économiques du territoire. Parmi les autres initiatives, la ville souhaite accroître la présence du végétal dans tous ses arrondissements, et offrir à ses habitants des "espaces de respiration". Le but est ici d'atteindre les 40 % du territoire en surfaces perméables végétalisées d'ici à 2050. Pour les chantiers, la logique d'économie circulaire prévaudra avec 50 % d'engagement à la démarche "Zéro déchet enfoui" en 2030 et 100 % vingt ans plus tard. Enfin, concernant les financements de toutes ces initiatives, Paris lancera une étude de faisabilité pour la création d'une plateforme locale de compensation carbone et poursuivra la création d'un fonds d'investissement territorial dédié à la transition.

 

Le Plan Climat sera présenté une première fois au Conseil de Paris les 20-22 novembre prochains, puis fera l'objet d'une consultation publique entre les mois de décembre 2017 et février 2018. Enfin, il sera soumis une seconde fois au Conseil de Paris en mars suivant, afin d'être adopté définitivement.

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