ENTRETIEN. Guillaume Exbrayat, le président du réseau de diagnostiqueurs Diagamter livre à Batiactu, sans langue de bois, son sentiment face aux piètres résultats des diagnostics de performance énergétique révélés par l'enquête menée par UFC-Que Choisir. Pour lui, les erreurs ou pratiques déloyales de certains jettent le discrédit sur toute une profession.

Batiactu : UFC-Que Choisir vient de révéler les résultats de son enquête sur le DPE, et ils sont pour le moins décevants. Quel est votre sentiment ?
Guillaume Exbrayat : Ces résultats ne m'étonnent pas et j'en suis navré car l'image de notre profession n'est pas bonne. Malgré nos efforts - nous avons participé aux travaux sur le nouveau DPE en 2012 - la qualité ne s'est pas améliorée. Alors, oui, il y a des choses à corriger mais également d'autres biais à souligner, car les termes employés paraissent sévères. Je voudrais d'abord dire à nos confrères professionnels, aux pouvoirs publics et aux consommateurs que non, le DPE n'est pas une loterie mais le résultat d'un calcul dont la méthode est fixée par un décret de 80 pages. Cet algorithme est fixé par l'Etat et il est utilisé par la dizaine de logiciels du marché. Soyons clairs : si les résultats obtenus sont différents c'est que les données d'entrée ne sont pas les mêmes.

 

Batiactu : Quelles sont ces données, comment sont-elles recueillies et par qui ?
G.E. : Dans le nouveau DPE issu de la refonte ce ne sont plus 30 mais 60 données différentes qu'il faut saisir. Elles doivent être fournies en annexe et, normalement, si les données sont identiques, les résultats doivent l'être également, à quelques pourcent près. Or, le DPE présente une caractéristique particulière : il est simple à lire pour les consommateurs, sous forme d'étiquette industrielle. Cependant, cela induit un biais qui est une discontinuité de la performance, un "effet de seuil". C'est-à-dire que pour quelques kWh de différence, il est possible de changer de niveau. En d'autres termes, un écart de consommation faible peut entraîner un classement énergétique différent d'une classe. Autre problème, celui de la donnée inconnue. Les diagnostiqueurs n'ont pas le droit de faire des sondages dans les murs, et s'ils n'ont pas d'information sur leur composition, ils peuvent préciser que la donnée ne leur était pas accessible. La méthode de calcul prendra alors, par défaut, une hypothèse moyenne pour la remplacer, ce qui peut entraîner des écarts.

 

Batiactu : Y-a-t-il d'autres biais qui pourraient expliquer les conclusions décevantes de l'enquête UFC-Que Choisir ?
G.E. : Je n'ose penser que des escrocs écrasent les résultats du logiciel de calcul. Mais on peut invoquer l'incompétence de certains diagnostiqueurs. Car la profession est soumise à une certification, passée tous les 5 ans auprès d'organismes de certification eux-mêmes accrédités Cofrac. Cependant, durant cette période, il n'y a pas de surveillance hormis quelques échantillons. Ce qui est une garantie nécessaire mais pas suffisante. Autre possibilité, celle d'une "malice économique" qui relèverait d'un manque d'éthique et d'une attitude purement commerciale lors du diagnostic. Il faut entre 1 heure et 1h30 de travail, sur place, pour l'établir, en prenant des mesures, en visitant les combles, en vérifiant la chaudière. C'est obligatoire ! Or, pour proposer un DPE low cost, à 50 €, des intervenants qui ne sont pas forcément compétents ne passent pas suffisamment de temps sur place. Cela porte du tort à toute la profession ainsi qu'aux consommateurs, et cela induit une distorsion de la concurrence. L'intervention d'un professionnel, correctement formé, doit être facturée entre 80 et 180 €, selon la région. Moins cher, ce n'est pas possible. Le diagnostic doit être fait avec éthique.

 

Batiactu : que répondez-vous à ceux qui proposent de rendre le DPE opposable ?
G.E. : En fait, c'est déjà le cas. Les consommateurs ne sont pas démunis, ils ont des voies de recours. Le préjudice d'une consommation énergétique supérieure à ce qui était calculé peut être reconnu en justice. Des décisions ont déjà été rendues avec indemnisations à la clef pour l'acheteur ou le locataire. Alors certes, il n'est pas possible d'annuler une vente pour motif d'étiquette énergétique faussée, mais il est possible, pour un consommateur averti, de distinguer si le client du DPE a fait pression pour obtenir un classement "D" au minimum et que son bien ne soit pas pénalisé sur le marché de l'immobilier. Il faut vérifier que les données correspondent au bien. Et il faut contextualiser le diagnostic : forcément, un bâtiment des années 1980 qui n'a pas subi de travaux de rénovation et qui se retrouve classé "B" ou "C", cela relève du miracle. Un classement "E" ou "F" est plus logique, et même très correct pour un bien "dans son jus".

 

Batiactu : que faites-vous au sein de votre réseau pour améliorer la situation ?
G.E. : Nous avons 145 agences et 280 techniciens en France. Dans l'enquête UFC-Que Choisir nous constatons tout d'abord que les quelques DPE réalisés par Diagamter sont dans la moyenne, sauf un, pour lequel une anomalie a été détectée. Nous travaillons dessus, afin de déterminer si c'est une erreur induite par le collaborateur, le logiciel… Mais nous assurons la formation de nos franchisés, tout comme un support technique téléphonique quotidien, pour répondre à leurs questions. Nous effectuons également un contrôle qualité par le biais de sondages. On pourrait aller plus loin et s'appuyer sur la loi des grands nombres puisque nous réalisons environ 100.000 diagnostics par an. La fréquence de répartition des étiquettes énergétiques d'une région permettrait de savoir si un diagnostiqueur se situe bien dans la courbe ou si ses chiffres sont décalés. S'il a trop de "A" ou de "B" par rapport à ses pairs, c'est que le job est mal fait. En définitif, les consommateurs doivent être attentifs et choisir des professionnels qui travaillent de façon responsable.
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