Après avoir fait le tour de France avec les Compagnons du devoir pendant dix ans, Nicolas Lesage, plombier passionné par son métier, travaille désormais sur les chantiers de rénovation d'hôtels, qu'il affectionne car c'est là que se mêlent constamment challenges et innovation. Rencontre.

Sur le chantier d'un luxueux hôtel au cœur de Paris, une vingtaine d'artisans du bâtiment s'affairent afin de terminer, dans quelques jours, les travaux de rénovation avant la réouverture. Montant d'étage en étage, Nicolas Lesage, à l'aise avec tous les corps de métiers, connaît presque tout le monde. Mais ceux qu'il connaît le mieux sont ses confrères, les deux autres plombiers avec qui il partage ce chantier, et bien d'autres. Depuis deux mois, ils travaillent ensemble à la mise aux normes et à la rénovation des salles de bains, de la cuisine et de la colonne sèche. Ils sont indépendants, mais pourtant travaillent comme en équipe : «Dès que nous sommes appelés sur de gros chantiers, nous travaillons ensemble. Chacun prend un niveau, et on s'entraide pour les parties plus délicates». Dès que ce chantier de deux mois sera terminé, le plombier enchaîne sur des travaux pour des particuliers : il faut jongler entre les impératifs du chantier de l'hôtel et les rendez-vous avec les particuliers pour établir les devis. «Lorsque je me suis mis à mon compte, je voulais surtout travailler sur des hôtels. Mais quand la crise a commencé, les chantiers de rénovation d'hôtels ont été moins nombreux, j'ai dû changer mon fusil d'épaule et me diversifier», explique-t-il.

 

A 28 ans, Nicolas Lesage possède sa propre entreprise de plomberie, sanitaire et chauffage depuis un an et demi. «Je n'avais pas prévu de monter mon entreprise», raconte-t-il, mais cette option s'est finalement présentée comme une suite logique à son parcours déjà bien rempli. Sa vie de plombier a commencé à Tours, en tant qu'apprenti. CAP-BEP de Plomberie, puis chauffage, pour enchaîner sur un brevet professionnel en chauffage, et un brevet de maîtrise en sanitaire. Pendant dix ans, il parcourt la France entière, de chantiers en chantiers, avec les Compagnons du devoir. Après une année de formation supplémentaire, il devient chargé d'affaires, à seulement 24 ans. Mais il se lasse vite de devoir passer trop de temps dans les bureaux. «J'ai quand même l'amour de mon métier, je voulais toucher à la plomberie, cela me manquait».

 

Un secteur toujours dans l'innovation
C'est Pascal, l'un des plombiers avec qui il travaille sur le chantier de l'hôtel Madison à Paris, qui a introduit Nicolas Lesage dans le monde des hôtels, dont le challenge des chantiers semble plaire au plombier : «Sur un hôtel, il y a toujours une date butoir liée à la réouverture, il faut donc réussir à travailler avec tous les corps d'état en même temps. On arrive entre le maçon et le plaquiste, il faut réussir à poser nos tuyaux dans ce créneau là». Mais la nature des prestations est également différente. Nicolas Lesage, qui a notamment travaillé sur la Côte d'Azur pendant ses années avec les Compagnons, a installé des salles de bains démesurées dans des villas, des piscines sur des toits… Cette démesure et ces produits hauts de gamme, il les retrouve justement dans les hôtels douches à l'italienne, système de leds intégrés dans la douche… «On travaille avec des produits haut-de-gamme, constamment dans l'innovation : on teste de nouveaux systèmes, c'est très intéressant». Parce qu'il travaille aussi avec des particuliers, il a aussi observé cette tendance à la mise en valeur des salles de bains dans les maisons. «Les budgets ne sont plus du tout les mêmes qu'avant. Maintenant les pièces qui coûtent le plus cher chez un particulier sont la cuisine et la salle de bains : elle est devenue un objet de décoration, qu'on fait visiter au même titre que le reste de la maison», se réjouit Nicolas Lesage.

 

S'il travaille souvent avec les mêmes plombiers, Nicolas Lesage collabore également sur de nombreuses rénovations d'hôtels avec l'architecte Denis Doistau, qui l'a embauché sur ce chantier. Fidèle, il l'est aussi envers les Compagnons. L'an prochain, comme nombre d'artisans formés par les Compagnons du devoir, il prendra un apprenti. Une suite logique selon lui, parce que ses «meilleurs souvenirs» de chantiers se sont fait avec eux, mais surtout pour donner un peu de ce qu'il a appris, car «le compagnonnage est basé sur la retransmission des connaissances».
actionclactionfp