Nucléaire, lignes à grande vitesse, fiscalité du diesel, budget de son ministère de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot a répondu aux questions de Jean-Michel Apathie sur France Info et livré de nombreuses indications sur ses actions à venir. Morceaux choisis.

Le numéro trois du gouvernement qui chapeaute le super-ministère de la Transition écologique et solidaire - regroupant à la fois les portefeuilles de l'environnement, de l'énergie et des transports - a révélé les grands axes de sa politique au micro de France Info. Sur le budget de ce ministère, Nicolas Hulot a annoncé : "Non seulement il sera stabilisé, mais globalement augmenté de 3 %", une hausse "significative" en ces temps de disette financière, obtenue de haute lutte par l'intéressé qui a tout de suite tempéré : "Mais de toute façon on va être dans des marges budgétaires qui vont être d'énormes contraintes. Car j'ai aussi la responsabilité du ministère des Transports. Il va falloir qu'on fasse des choix. L'Etat ne pourra pas tout faire".

 

L'avion restera de mise pour rallier Toulouse ou Nice

 

Pour le ministre, tout comme pour le président, priorité sera donnée aux transports du quotidien (TER, RER), avec l'entretien et la rénovation d'un réseau vieillissant. Il explique : "(…) Il y a des lignes ferroviaires où il faut que les trains réduisent leur vitesse pour des raisons de sécurité. Et si on veut tenir nos engagements climatiques, il faudra s'attaquer au transfert du transport routier, du fret, au ferroviaire". Le projet de ligne à grande vitesse Bordeaux-Toulouse semble donc définitivement enterré : "Ce n'est pas la priorité", a affirmé Nicolas Hulot. Une décision qui ne manquera pas de faire réagir Carole Delga, présidente de la région Occitanie et ancienne secrétaire d'Etat chargée du Commerce et de l'Artisanat, qui avait déjà dénoncé, "une injustice nationale qui doit être réparée" au sujet de l'éloignement ferroviaire de la ville rose par rapport à Paris. Situation que partage pourtant Nice.

 

Sur le transport routier, il était déjà acté que la fiscalité du diesel s'alignerait sur celle de l'essence. Le ministre de la Transition écologique et solidaire précise que cette mesure, lourde de conséquences pour les particuliers et les entreprises, prendra effet "dans les 3-4 ans qui viennent" et qu'un "dispositif complet" serait présenté à la mi-septembre. Il devrait reposer sur des aides incitatives à la conversion vers des véhicules propres. Le ministre relate : "La personne qui est en banlieue, que le prix de l'immobilier a éloigné des centres urbains, qu'on a incitée pendant des années à acheter des véhicules diesel, tout d'un coup on lui interdit les centres villes ?". Nicolas Hulot prévient que ce dispositif sera coûteux mais nécessaire, y compris pour des raisons de pollution atmosphérique. Quant à l'effort à consentir pour éviter l'importation de carburants fossiles, le ministre le met en parallèle avec les économies qui seront réalisées sur la santé.

 

Fermer des réacteurs nucléaires mais par quoi les remplacer ?

 

Autre sujet sensible, celui de la transition énergétique et de la place de l'atome dans le mix français. Le ministre avait déjà annoncé, au mois de juillet, travailler sur un plan de fermetures de plusieurs centrales. Il confirme aujourd'hui : "Fessenheim sera fermée et d'autres réacteurs seront fermés. Ce qui m'intéresse c'est qu'on identifie quels réacteurs on va fermer, sur des critères sociaux, économiques, et surtout sur des critères de sécurité". Le scénario retenu, qui sera élaboré avec EDF, devra être "humainement et socialement acceptable, notamment pour ces gens qui seront touchés par ces conversions et par ces changements". Chaque centrale emploie en effet environ 400 personnes pour chacun de ses réacteurs, plus une myriade de prestataires sous-traitants. Concernant les énergies renouvelables, Nicolas Hulot souhaite que les choses avancent plus vite : "Aujourd'hui il se passe entre 10 et 15 ans entre l'appel d'offres et l'implantation de la première éolienne (…) Tant qu'on sera dans cette situation, la transition énergétique ne pourra pas se faire". Déjà, au mois de juillet, le ministre s'était agacé des recours et retards accumulés par les projets offshore, qui entraînent leur obsolescence avant même leur entrée en service. Il déclarait alors : "Si nous ne trouvons pas une manière d'aller un peu plus vite, nos engagements ne pourront être tenus". Après 100 jours au gouvernement, le poids de la responsabilité et l'inertie naturelle de la société ont rattrapé l'ancien présentateur de TF1.
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