Certains parlent d'une "ville du futur" mais le projet saoudien NEOM tient plus de la zone de développement économique spéciale. Dévoilé par le prince héritier Mohammed ben Salmane, ce plan prévoit la création ex-nihilo d'un espace transfrontalier ultra-connecté avec la Jordanie et l'Egypte, sur les côtes de la mer Rouge. Tout est à concevoir.

L'Arabie saoudite entend préparer l'après-pétrole, comme les autres monarchies du Golfe dont les économies dépendent uniquement de l'exploitation de leurs gisements dont les niveaux ne feront que baisser au cours de prochaines décennies. Et le pays, qui dispose de moyens colossaux pour une population relativement peu nombreuse, voit les choses en grand. Le prince héritier Mohammed ben Salmane al Saoud, devenu vice-premier ministre au mois de juin 2017, a annoncé la création d'une zone économique sur les rives de la mer Rouge, d'une superficie de… 26.500 km², soit l'équivalent de la région Bretagne !

 

Le vice-premier ministre, âgé de 32 ans, entend moderniser le pays et le doter d'infrastructures du 21e siècle. Il a notamment déclaré devant les 2.500 convives présents : "Nous avons besoin de la technologie de demain, de drones, de parkings, d'infrastructures. Notre pays veut des rêveurs plutôt que des choses conventionnelles". Selon lui, le projet nommé NEOM (pour Néo-Mustaqbal ou "nouveau futur") accueillera même plus de robots que d'habitants. Et tout devra être construit dans cette bande aride, coincée entre mer et montagne. Toutes les technologies de la ville durable seront donc employées pour développer des immeubles sains et des espaces verts accueillants et même luxuriants, comme c'est la mode dans les déserts de cette région. L'énergie sera tirée de centrales solaires à concentration géantes et des batteries d'éoliennes, tandis que les produits alimentaires seront obtenus grâce à des fermes urbaines hydroponiques et à de l'aquaculture. Tous les secteurs seront donc concernés, qu'il s'agisse de construction, de numérique, d'énergie, d'eau ou de biotechnologies.

 

468 km de côtes vierges à coloniser

 

Et, pour construire une ville dans le désert puis la faire vivre, les montants sont colossaux : pas moins de 500 milliards de dollars (450 Mrds €) à débourser pour la monarchie saoudienne et ses partenaires américains, dont Blackstone et Softbank Group. Car ce sont les Etats-Unis qui seront les premiers à tirer profit de ce plan démesuré : d'ores et déjà, des groupes comme Arconic, spécialisé dans l'aluminium, et Boston Dynamics (robotique), sont sur les rangs. Toutefois, des entreprises françaises pourraient également participer aux différents chantiers, qu'il s'agisse d'infrastructures de transport (construction de port, d'aéroport, de réseau ferroviaire ou routier), de gestion de l'eau et des déchets ou d'offre immobilière. Car l'Arabie saoudite entend rattraper son retard sur les autres destinations touristiques de la région (Dubaï et Abu-Dhabi en tête) en tirant profit de la beauté de la mer Rouge, comme l'Egypte et Israël le font avec Charm el-Cheikh et Eilat. Pas moins de 50 îles et îlots du royaume, situés dans le golfe d'Aqaba, devraient ainsi être transformés en stations balnéaires de luxe.

 

Le royaume entend retirer 100 milliards de dollars de revenus liés à NEOM dès 2030, notamment grâce à 70 milliards de biens produits sur place, et non plus importés, dont des véhicules, des machines et des équipements de communication. Des productions qui nécessiteront à la fois le déplacement de la main d'œuvre, des usines neuves et des matières premières… Le développement durable à la saoudienne.

 

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