En 2100, Lyon vue du ciel est couverte de verdure, des toitures végétalisées aux arbres grimpant le long des immeubles, en passant par l’incontournable tour en forme de crayon, dans le quartier de la Part-Dieu, dont s’échappe au sommet de grandes hélices en forme de feuilles d’arbre. Cette vision, c’est celle de l’artiste et architecte belge Luc Schuiten, qui expose sur 4.000 m2 de La Sucrière, à Lyon, sa conception des «Cités végétales, un autre possible».
«Ce n’est pas une utopie dans le sens de rêve irréalisable, mais plutôt de quelque chose que l’on n’a pas encore essayé», explique Luc Schuiten.
Cet architecte visionnaire mène depuis les années 1980 une réflexion sur le monde et les villes dans un contexte de raréfaction des ressources énergétiques. D’ailleurs, l’exposition retrace le cheminement et les réalisations de l’artiste dès l’entrée, via un sas en forme de cocon, passage vers un autre univers. On y redécouvre les hippies, mai 1968 et le mouvement des «charpentiers américains» qui, s’affranchissant des normes américaines de leur époque, suggère une architecture d’auto-construction.
«J’ai eu la chance d’avoir 20 ans à une époque où le monde bougeait excessivement et s’ouvrait aux jeunes. On se disait : tous ensemble, nous allons faire le monde qui nous convient».
Biomimétisme
C’est justement cet idéal qu’il adapte aux villes actuelles dans l’exposition, à l’horizon 2100, une date que les plus jeunes connaîtrons peut-être. Il le décrit avec ses dessins qui rappellent le trait d’Enki Bilal dans un univers beaucoup moins sombre, car
«avec un dessin, la compréhension est totale, pour tout le monde». Dessins, maquettes, photos de projets réalisés, tous ont en commun le fait de rappeler des traits présents dans la nature : c’est le biomimétisme, ou comment s’inspirer de la nature pour inventer formes, matières ou formes d’organisation plus respectueux de l’environnement.
«Souvent, les problèmes que rencontrent les humains ont déjà été résolus par les animaux ou par les plantes, il suffit de s’en inspirer», explique Gauthier Chapelle, l’ingénieur agronome et docteur en biologie qui a travaillé avec Luc Schuiten sur l’exposition.
Un monde à créer
L'exposition est ludique, accessible à des publics de tous âges et de toutes cultures, qui tous sont invités à réfléchir sur leur relation à leur environnement. Les villes suggérées par l’artiste ne sont pas directement réalisables, elles lancent cependant des pistes intéressantes en matière d’organisation, de recyclage, d’échanges et de modes de vie. Sur ses croquis de Lyon en 2100, on retrouve par exemple l’idée de la double circulation, avec en bas les circulations rapides, et dans les hauteurs, des promenades où se croisent les personnes, à un autre rythme. Il explore aussi l’idée d’installer des passerelles, proches du sol, survolant l’écosystème sans le toucher
«pour qu’il reste intacte», indique Luc Schuiten. La vision d'une
«mutation possible, maîtrisée et cohérente», selon lui.
«Pour l’instant, on ne travaille pas pour développer telle ville selon telle vision, mais on développe une approche scientifique qui va dans ce sens», explique Gautier Chapelle.
S’il répète régulièrement que le monde dans lequel il vit ne lui plaÏt pas, Luc Schuiten ne montre à aucun moment une vision négative, bien au contraire.
«Il y a cent ans, on avait une vision du futur où les robots allaient nous aider ; maintenant, lorsque l’on pense au futur, c’est catastrophique et anxiogène. Je ne cherche pas à montrer une réalité mais à montrer le monde dans lequel je voudrais vivre. Il n’existe pas encore, il est à créer».
Cités végétales, un autre possible
La Sucrière – 47-49 quai Rambaud, Lyon (2e)
Jusqu’au 27 juin
Du mardi au vendredi : 12 h – 19h (nocturne le vendredi jusqu’à 22h)
Dimanche : 10 h – 19 h
Un cycle de conférence est organisé en marge de l'exposition.