Bien que le cap des 900.000 compteurs communicants soit presque atteint, Linky n'est pas l'objet connecté le plus répandu dans les logements en France. Un autre compteur, dont le déploiement a démarré bien plus tôt, en serait déjà à 3 millions d'unités installées. Mais qui est-il ?

En six mois, Enedis (ex-ERDF) a déployé près de 900.000 compteurs Linky dans les foyers français. Cette campagne d'installation qui monte en puissance devrait lui permettre d'atteindre les 3 millions d'unités connectées à la fin de 2016, devenant alors un objet connecté de premier plan dans l'Hexagone. Mais ce titre est, pour l'heure, détenu par un autre compteur "intelligent". Et il ne s'agit pas de Gazpar, dont seulement 150.000 automates seront installés en 2016. Ce sont en fait les compteurs d'eau communicants qui sont les plus nombreux en France. Veolia aurait installé 1,7 million de ces appareils, tandis que Lyonnaise des eaux (groupe Suez Environnement) ajouterait 1 million de machines au total. Sans oublier la Saur (troisième distributeur d'eau en France) qui revendique 500.000 compteurs d'eau "communicants et télé-relevés" installés en France. Discrètement donc, ces automates s'installent sur les réseaux français depuis près de 10 ans, au fur et à mesure du remplacement des anciens compteurs, dont la durée de vie moyenne est de 15 ans.

 

De multiples acteurs et technologies

 

En décembre 2015, Veolia a même débuté le déploiement de sa machine Outre-mer, à la Réunion, par le biais de sa filiale spécialisée m2ocity, co-entreprise lancée avec Orange. Le numéro un de l'eau et de l'assainissement explique avoir "développé un système de télé-relevé en proposant aux collectivités locales un réseau de compteurs intelligents". Pour l'entreprise ce système "moderne et performant", associe les technologies radio et Internet. "D'un point de vue technique, il s'agit d'un module placé sur le compteur d'eau qui enregistre en permanence le volume des consommations et les transmet par ondes radio à un récepteur. Ces informations sont relayées par Internet jusqu'au centre de traitement des données de Veolia Eau, avant d'être mises à disposition des utilisateurs via un portail Web", explique-t-elle. Avantages mis en avant : une amélioration de la qualité de service, avec une facturation sur la consommation réelle et non plus estimée, une alerte immédiate en cas de suspicion de fuite, et une meilleure gestion des réseaux et de la ressource.

 

Certaines associations s'inquiètent de l'impact sanitaire de tels compteurs communicants. M2ocity précise s'appuyer "sur une technologie de radiocommunication performante et sûre pour le télé-relevé et les autres applications". Elle repose sur l'utilisation de la fréquence 868 MHz, libre de droit et réservée par la réglementation européenne, et sur l'adoption d'un mode de communication bidirectionnel (émission/réception) dont "l'innocuité pour la santé des personnes est garantie par la très faible puissance rayonnée et renforcée par la très courte durée d'exposition". Chez Lyonnaise des eaux, c'est une autre technologie qui a été choisie, où la transmission d'information à longue distance se fait à une fréquence de 169 MHz "qui évite d'utiliser des répéteurs", "simplifie le déploiement et la maintenance des systèmes de comptage". Le quatrième acteur du secteur de l'eau, Sogedo, a lui aussi commencé à déployer ses compteurs, utilisant les ondes radio Sigfox, dont la solution développée avec Smarteowater (groupe Arad) et Connit, a la particularité d'être non verrouillée et 100 % interopérable. Quelques dizaines de milliers seraient déjà installés, en Savoie et dans le sud-ouest.

 

Au bénéfice des clients ou des exploitants ?

 

D'ici peu, les foyers français seront donc intégralement connectés à des réseaux intelligents, qu'il s'agisse d'eau, d'électricité ou de gaz. Mais le bénéfice attendu pour les consommateurs en termes de maîtrise des consommations sera-t-il au rendez-vous ? De même, la maintenance de ces machines perfectionnées, plus fragiles que des compteurs classiques, ne sera-t-elle pas à l'origine d'un coût opérationnel plus élevé ?
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