Autre exemple, celui de la société Clair de baie (solutions de rénovation et d'isolation de l'habitat) qui a confié à Cité Création, la réalisation d'une fresque identitaire sur les façades de son siège social, en bordure d'autoroute, où circulent quotidiennement 150.000 véhicules. Car le street art, grâce à son exposition sur les murs, touche un maximum de personnes. Il s'agit donc d'une démarche d'appropriation de l'espace urbain ayant une dimension artistique et identitaire forte. C'était également cet impact visuel que recherchait l'IPAF (fédération internationale du matériel d'accès en hauteur) lors du salon professionnel Intermat 2012. Deux artistes de l'agence de production Wet Paint avaient réalisé des oeuvres sur bâches illustrant notamment une nacelle.

 

Respect de la liberté créative
Mais qu'en disent les artistes ? Sont-ils souvent démarchés ? Comment se passent ces opérations de communication ciblée ? Qu'ils se nomment Jérôme Mesnager, Piotr Barsony ou Jinks Kunst qui ont exposé à la galerie Ophite, témoignent à leur façon de l'urbanisme moderne en glissant sur les murs et les sols de la ville des clins d'œil bien amenés. Ils s'expriment parfois par le biais de fresques sur lesquelles se retournent les passants et qui traduisent une grande créativité et, parfois, un message engagé. Sollicités par de nombreuses marques, leurs œuvres se retrouvent sur des produits variés, comme récemment pour Fréon qui vu ses graffs mis sur des trousses et des cahiers scolaires. Jinks Kunst, spécialisé notamment dans le détournement de panneaux de signalisation, confesse ne pas avoir été démarché et préférer mettre son travail "gratuitement aux yeux du public". Mais la collaboration entreprises-artistes sait se révéler fructueuse et s'affranchir des contraintes. C'est le cas de Jérôme Mesnager, l'un des pionniers de ces artistes de rue, à qui l'on doit la grande peinture murale "C'est nous les gars de Ménilmontant" dans le 20e arrondissement parisien. L'artiste, qui a pour marque de fabrique depuis 1983 son "Homme en blanc", symbole de force, de lumière et de paix, s'est vu proposer de nombreuses opportunités. Outre le projet avec Nexity, il s'est exposé (temporairement) sur les murs de la Conciergerie pour Samsung. Se révélant ainsi sur d'immenses bâches de chantier, il nous affirme avec entrain avoir eu "carte blanche, sans contrainte particulière sauf la surface imposée". Cette "création libre et sans directives" l'a poussé à accepter, tandis que contacté tous les jours par des entreprises, il affirme refuser régulièrement des propositions.

 

Il semble donc que les entreprises ne parviennent pas encore à s'approprier totalement les codes du street art. Elles ne maîtrisent pas totalement les codes de cet art, encore récent. Le mouvement qui trouve son origine dans la mouvance hip-hop repose en effet sur une idée de base d'indépendance. Les artistes sont également plongés dans une démarche qui se veut visible pour tous, d'avantage que dans des opérations commerciales. Leur création, symbole de liberté, souvent illégale, risquerait ainsi de perdre un peu de son sens de la rébellion dans le cadre d'un matraquage publicitaire trop intense. Un paramètre à prendre en compte pour les entreprises qui souhaiteraient recourir à ce mode d'expression subtil.

 

Découvrez les réalisations des artistes dans les pages suivantes.

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