Nouvel épisode dans l'affaire des isolants minces. Le président du SFIRMM (Syndicat français des isolants réflecteurs minces multicouches) n'hésite pas, dans une interview accordée au quotidien Les Echos, à dénoncer le mode de calcul des performances thermiques des isolants qui favoriserait injustement les isolants épais.

Alors que la polémique entre isolants minces et isolants épais fait rage, Robert Menras, directeur juridique et financier de la société Actis, a accordé une interview au journal Les Echos, afin d'évoquer la situation du marché français. Celui qui est également président du SFIRMM n'a pas mâché ses mots : pour lui, la ministre de l'Ecologie n'aurait "pas accès à l'information technique nécessaire [au plan de rénovation thermique] du fait du blocage de l'expert public, le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment". Il en conclut que "le principe qui permet aux particuliers de bénéficier des aides de l'Etat est fondé sur un critère inéquitable, biaisé et injuste".

 

Le responsable syndical précise que son organisation professionnelle dénonce depuis 7 ans, le mode de calcul de la performance isolante grâce à la seule valeur de résistance thermique "R". Selon lui, cette valeur ne serait pas suffisante pour refléter la véritable performance d'un produit et exclurait, de facto, toute la famille des isolants minces (voir encadré). Le spécialiste précise que le coefficient R est obtenu par des mesures réalisées en laboratoire "dans des conditions spécifiques qui sont très éloignées des conditions réelles d'utilisation", alors que l'efficacité thermique reposerait sur d'autres critères, actuellement non pris en compte. Robert Menras assure que plusieurs laboratoires européens auraient démontré l'existence de transferts thermiques liés à la perméabilité à l'air, un phénomène qui affecterait donc les laines minérales leur faisant "perdre jusqu'à 80 % de leur efficacité (…) en fonction de la vitesse du vent".

Faire évoluer rapidement une situation inique

Le directeur juridique et financier d'Actis, qui plaide pour une remise à plat des modes de calcul et une réelle impartialité du CSTB, demande à Ségolène Royal que la situation évolue rapidement, dans le cadre de la loi de transition énergétique. Dans l'entretien publié par le quotidien Les Echos, il assène : "Il est extrêmement urgent de mettre fin à cette situation qui ne profite qu'aux isolants épais au détriment des isolants minces, des consommateurs et des finances publiques". Il soutient en effet que les dépenses réalisées pour isoler les habitations au moyen d'isolants épais seraient inutiles pour la collectivité en ponctionnant abusivement le crédit d'impôt. Jean-Yves Le Déaut et Marcel Deneux, les deux rapporteurs d'un groupe de travail de l'OPECST, avaient déjà dénoncé le rôle du CSTB, au mois de juillet dernier.

 

Retour sur les isolants minces :
Il s'agit de complexes techniques de faible épaisseur (au maximum 42 mm) composés d'assemblages de films réflecteurs métallisés et de séparateurs associés (ouates, mousses, laines animales ou végétales). Ces produits agissent simultanément sur les différents modes de déperdition thermique (convection, conduction…), en particulier en limitant les échanges par rayonnement. Le SFIRMM précise que les isolants minces seraient adaptés à l'isolation des bâtiments résidentiels, commerciaux et industriels, dans le neuf et la rénovation, en toiture, combles, sols et murs.
Mis au point dans les années 1980, ils présentent plusieurs caractéristiques qui les différencient des autres isolants : outre leur faible épaisseur, qui permet de gagner du volume habitable, ils sont faciles à poser par agrafage et n'émettent pas de fibres. Imputrescibles, ils ne s'affaissent pas dans le temps et assurent une isolation en été, en renvoyant le rayonnement thermique vers l'extérieur, et en hiver, en retenant la chaleur de l'intérieur. Mais un soin particulier doit être apporté à la ventilation afin d'éviter tout phénomène de condensation.
En France, ils ne sont utilisés qu'en complément des isolants épais, là où ces derniers ne peuvent être employés. Environ 10 millions de m² seraient posés chaque année, représentant moins de 1 % du marché total de l'isolation.

 

Source : SFIRMM
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