REFERENTIEL. Réemploi des matériaux, stockage temporaire du CO2, maîtrise des consommations... La réhabilitation se dote elle-aussi d'une méthodologie d'évaluation de son impact environnemental grâce à l'association BBCA. Voici ses grandes caractéristiques.

L'année 2018 sera riche pour l'association BBCA qui a lancé son tout premier référentiel pour la construction neuve il y a moins de deux ans, en février 2016. Elle prévoit de mettre à jour ce label, dans une 3e mouture, grâce à des retours d'expérience qui font progresser les connaissances, et qui intégrera la fin de vie du bâtiment et de ses produits ainsi que toute la déconstruction. Mais surtout, l'association prévoit de lancer deux nouveaux labels : un pour la rénovation à faible empreinte environnementale et l'autre pour les quartiers bas carbone.

 

Ce 28 novembre 2017 a donc été présenté le premier des deux, destiné aux opérations de réhabilitations plus ou moins lourdes. Bernard Mounier, le président de Bouygues Bâtiments Île-de-France, explique : "J'ai la forte conviction, personnelle, que le bâtiment n'a pas fait, jusqu'à présent, tout ce qu'il fallait par rapport aux questions écologiques. L'attaque du problème par le bas carbone est une piste intéressante. En rénovation, aujourd'hui on démolit puis on apporte de nouveaux éléments. Demain, le réemploi des matériaux sera la norme". Une commission technique s'est donc penchée sur la question des réhabilitations pour définir les indicateurs à prendre en compte, afin de s'attacher aux émissions de CO2 en plus de la performance énergétique. Après sept mois de travail, elle propose une méthodologie d'évaluation adaptée, visant à encourager les rénovations bas carbone. L'une des ambitions est notamment de diviser par deux, au minimum, les émissions de gaz carbonique après l'intervention. Il est par exemple estimé qu'un mètre carré construit dans les années 1960, émet 3 tonnes de CO2/150 ans en exploitation, là où un bâtiment neuf n'en émet que 1,5 et un bâtiment performant BBCA neuf, seulement 1 tonne.

 

Logement collectif ou bureaux, réhabilitation lourde ou rénovation thermique ?

 

Le nouveau label BBCA Rénovation pourra être appliqué aussi bien aux opérations de réhabilitation lourde, impliquant un curage complet du bâtiment et un changement de ses systèmes intégrés, qu'aux interventions moins extensives, comme les rénovations thermiques, qui portent sur un changement des matériaux d'isolation par exemple. Et ce référentiel sera applicable dans un premier temps aux immeubles de bureaux et à ceux de logements collectifs. L'unité retenue sera le kilogramme d'équivalent CO2 par mètre carré (kg CO2/m²), comme dans le cas du référentiel neuf. Les quatre indicateurs restent d'ailleurs les mêmes : une construction raisonnée (avec analyse du cycle de vie du bâtiment), une exploitation maîtrisée (avec des niveaux de consommations au moins équivalents à la RT existante), un stockage du carbone et un accent mis sur l'économie circulaire. Comme l'indique André Pouget, thermicien ayant participé à l'élaboration du label : "Il faut valoriser les solutions à fort potentiel comme les réseaux de chaleur urbain, les solutions hybrides, les combustibles biosourcés. Ainsi que le recours à des énergies renouvelables sur site et celles contenues dans les flux entrants".

 

Du côté des matériaux, le référentiel insiste sur leur conservation ou au moins sur leur réemploi, en favorisant si possible des initiatives d'économie circulaire pour ceux qui seront déposés. Pour les matériaux qui seront ajoutés au bâti, il faudra privilégier ceux ayant une faible empreinte carbone. Charlotte Miriel, du bureau d'études Sintéo, détaille : "Pour simplifier l'évaluation, pour réduire les coûts des études et encourager la conservation des matériaux, il sera considéré que l'empreinte de ceux qui seront gardés en l'état dans le bâti sera égale à zéro". Du côté de ceux qui seront évacués, le non-amortissement sera pris en compte et sanctionnera les opérations de rénovation prématurées. L'impact carbone du traitement de ces matériaux sera évalué mais les matériaux dangereux (amiante) seront exclus du périmètre afin de ne pas pénaliser certaines opérations délicates. Pour les matériaux ajoutés, pas de nouveauté, ils seront jaugés de la même façon que dans le référentiel BBCA neuf.

 

Mettre l'accent sur le réemploi des matériaux

 

Le stockage temporaire de carbone sera, par exemple, valorisé, ce qui se traduira par un avantage donné aux biosourcés. Quant à l'aspect économie circulaire, il imposera la réalisation avant travaux d'un diagnostic de ressources, afin d'identifier le potentiel de réemploi des matériaux, sur place ou même ailleurs, dans le cadre d'un processus de mutualisation entre plusieurs projets. Chaque action en ce sens sera bonifiée. L'association BBCA espère d'ailleurs que tous les freins normatifs à cette réutilisation des matériaux de la construction seront levés, qu'il s'agisse d'autorisations administratives ou de contraintes assurancielles. Bouygues Bâtiments Île-de-France raconte avoir, par exemple, favorisé le recyclage du béton dans le béton lors d'une opération de réhabilitation lourde, en incorporant des granulats issus de la déconstruction dans le matériau. Près de 100 tonnes de CO2 ont ainsi été évitées. Mais selon Thierry Auriault, directeur général de Bouygues Bâtiments IdF Rénovation Privée, cette solution, développée en partenariat avec Lafarge, n'aurait pas encore de pertinence économique suffisante. L'emploi de béton bas carbone Cem III, en revanche, serait plus prometteuse, avec une différence de -29 % par rapport à du béton classique.

 

Pour Stanislas Pottier, le président de l'association BBCA, la démarche susciterait aujourd'hui l'intérêt des banquiers et des investisseurs. Il déclare : "Le gouvernement a pris conscience de l'importance du carbone et de l'enjeu de la rénovation de l'ensemble des bâtiments existants, notamment de l'élimination des passoires thermiques". Il espère donc que des opérations de réhabilitation puissent être labellisées BBCA Rénovation dès le mois de juin 2018.
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