L'économie circulaire est l'une des quatre priorités de Ségolène Royal pour la transition écologique : il s'agit de remplacer l'économie linéaire, où les matières premières sont extraites, consommées puis jetées, par un modèle plus vertueux reposant sur le recyclage. L'association EdEn a organisé une table ronde sur le sujet, regroupant différents acteurs et décideurs.

"Nous sommes et nous serons, de plus en plus, impactés par l'application des principes de l'économie circulaire", déclare d'emblée Jean Bergougnoux, le président de l'association Equilibre des Energies (EdEn). Car, le secteur du bâtiment est un important consommateur de matériaux et d'énergie et un grand générateur de déchets : environ 50 millions de tonnes par an. De ces déchets, générés à 65 % par les chantiers de démolition, à 28 % par ceux de rénovation/réhabilitation et à 7 % par ceux de construction neuve, seule la moitié est recyclée. "Or la valorisation des déchets est devenue une question centrale. Leur incinération, et maintenant la méthanisation, ouvre la voie à une nouvelle filière énergétique", explique-t-il.

 

Eviter le gaspillage
Outre la question des matières premières, le président d'EdEn s'interroge également sur la durabilité des matériels et des équipements. Il estime que des modifications dans leur conception et la mise en place d'une politique de maintenance et de réparation remplaceraient avantageusement la logique consumériste actuelle. Pour François-Michel Lambert, député Europe-Ecologie-Les Verts, l'idée centrale est de ne plus considérer le déchet en tant que tel, mais d'y voir au contraire une ressource potentielle. "Il y aura toujours des déchets, mais ils représenteront une opportunité pour répondre aux besoins de notre monde", déclare-t-il. Le parlementaire milite évidemment pour une préservation et une optimisation des ressources finies de la planète, et pour leur remise à disposition en fin de vie, ou pour la régénération des matériaux, afin de minimiser les pertes. A l'issue de 150 ans de société de consommation, d'économie linéaire où l'on consomme et jette des matières, on arrive à la rareté de certaines d'entre elles. "Le terbium est déjà épuisé, il n'y a plus de mines qui en extraient. Il a donc fallu trouver des solutions alternatives là où il était employé. Le zinc et le plomb seront dans la même situation d'ici 10 à 20 ans", prévient l'élu.

 

D'où l'idée de remettre les ressources au centre du modèle de développement. D'abord en généralisant le recyclage, puis en augmentant la durabilité des produits et en poussant à leur réemploi ou leur réutilisation. L'intensification de l'utilisation de ces ressources conduira à une économie de la fonctionnalité, répondant à un besoin plus large par le partage, plus que par la possession. "Des innovations sont nécessaires, tant technologiques qu'organisationnelles, fiscales, en termes de gouvernance et dans l'éducation et la formation", estime François-Michel Lambert. Pour Patrice Novo, directeur marketing de Dalkia Île-de-France, les métiers de l'énergie ont déjà intégré cette approche circulaire depuis quelques années, avec les principes de récupération de chaleur ou d'optimisation contractuelle des consommations.

 

Les marchés publics mal gérés
Mais ce dernier souligne des difficultés, au niveau des montages d'opérations impliquant plusieurs acteurs différents. Il lui semble également difficile de faire ressortir la valeur écologique des projets face à leur coût. "Nous avons besoin de politiques qui portent ces messages plus fort", prévient Patrice Novo. Le député EELV concède que les appels d'offres publics seraient désastreux : "C'est simplement la reconduction des mêmes fiches depuis 15 ans… Il faudrait évidemment intégrer dans la notation des offres, tous les éléments positifs et négatifs influençant le choix de l'acteur public, et pas seulement le prix. Le prix le plus bas entraîne d'ailleurs souvent une réponse qui n'est pas française…". François-Michel Lambert souhaite donc qu'une fiscalité différenciante soit mise en place afin de discriminer les produits polluants mais peu chers, des produits plus propres. Une idée qu'il partage avec Serge Lepeltier, ancien ministre de l'Ecologie : "Faire le lien entre écologie et économie est très important", déclare ce dernier. "Pour les marchés publics, il faudrait effectivement des éléments permettant d'évaluer la territorialisation ou l'impact en termes d'emplois. C'est un défaut français que d'avoir une structure trop verticale, alors qu'il faudrait un raisonnement transversal, global". De quoi donner du grain à moudre aux équipes qui préparent la grande loi de transition énergétique.
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