INTERVIEW. La cour d'appel de Paris a confirmé l'autorisation de démolir les locaux de la Sécurité sociale de Vigneux-sur-Seine (Essonne), conçus par l'architecte Paul Chemetov et labellisés Patrimoine du XXe siècle. Déçu mais toujours combatif, il a accordé une interview à Batiactu.

Construit au début des années 70, le bâtiment de la CPAM de Vigneux-sur-Seine, pourtant labellisé Patrimoine du XXe siècle, est menacé de destruction. Son architecte, Paul Chemetov se bat pour éviter sa démolition. En vain. La Cour d'appel de Paris a confirmé, le 2 décembre 2016, l'autorisation de démolir sa création.

 

Batiactu : La Cour d'appel de Paris a confirmé, le 2 décembre 2016, l'autorisation de démolir les locaux de la Caisse Primaire d'Assurance Maladie de Vigneux-Sur-Seine, pourtant labellisé Patrimoine du XXe siècle. Comment réagissez-vous ?

 

Paul Chemetov : Les bras m'en tombent. Mais je tiens avant tout à rappeler qu'au-delà de mon bâtiment, c'est tout un quartier qui est menacé, celui de l'ensemble des Briques rouges. Cette démolition s'inscrit dans le cadre d'une convention ANRU et concerne, certes, les locaux de la CPAM mais aussi un monument aux morts, le foyer des anciens ainsi que des logements HML. Tout cela parce que les logements seraient mal habités. On revient à des attitudes du XIXe siècle. Pourtant, le quartier et mon bâtiment est labellisé Patrimoine du XXe siècle.

 

Malheureusement, tant que certains décrets de la loi CAP ne sont pas en application, on ne peut pas empêcher cela. Une fois que cela le sera, alors il faudra demander à la DRAC pour toutes modifications sur un édifice labellisé.

 

Local CPAM de Vigneux-sur-Seine
Bâtiment de la sécurité sociale de Vigneux-sur-Seine, conçu par Paul Chemetov © Archives Paul Chemetov

 

Batiactu : Que comptez-vous faire désormais ?

 

Paul Chemetov : Le problème, c'est que les procédures sont coûteuses et éreintantes. Mais je tiens à les porter à bout de bras. Certes, je m'épuise et me ruine mais c'est pour une cause qui est commune, celle de l'architecture contemporaine. Ce cas-là n'est pas le seul, malheureusement.

 

Batiactu : La Cour d'appel de Paris a rendu sa décision le 2 décembre dernier. Vous pouvez encore réagir ? Allez-vous le faire ?

 

Paul Chemetov : J'ai rendez-vous avec la Direction de l'architecture du ministère de la Culture pour en discuter le 26 janvier prochain. J'ai également contacté l'Ordre des architectes. Je pense que ce serait normal que l'Ordre se porte partie civile. Si chacun va seul à la bataille, le combat sera difficile. C'est une bataille collective. La question que je me pose aujourd'hui c'est est-ce que l'architecture contemporaine est un mouchoir jetable ? Je suis résistant, je vais me battre pour la faire reconnaître et la préserver. L'architecture ce n'est pas que les journées du patrimoine et ces beaux bâtiments aux belles dorures.

 

Une menace qui plane depuis 2015
Le permis de construire et de démolir (N° 0916571410026) a été délivré par la mairie de Vigneux le 18/06/2015 dont le bénéficiaire est SAS France-Pierre 2. Sur ce site se trouve un bâtiment de Paul Chemetov, la Caisse Primaire d'Assurance Maladie (1972). L'ensemble dit des Briques Rouges, c'est-à-dire les 273 logements HLM répartis en plusieurs bâtiments et édifié de 1964 à 1967 à Vigneux a été labellisé patrimoine du XXème siècle en décembre 2008 par le Ministère de la Culture, avec les équipements qui l'accompagnent dont le centre commercial, le foyer des vieux (1963) et le centre de sécurité sociale CPAM (1972).
La CPAM figure en outre à l'inventaire général du patrimoine culturel de l'Ile de France, référence IA91000924. Le récent arrêté de la mairie de Vigneux porte sur la destruction de ce dernier, ainsi que du mural en céramique de Paul Foujino (1925-1982), dont l'oeuvre a été acceptée par le Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris pour faire partie de son fonds.
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