RETOUR D'EXPERIENCE. Interfaces physiques entre les matériaux, interactions entre les lots… Le programme alsacien Je Rénove BBC a mis en évidence la nécessité d'une conception globale et d'une bonne coordination des travaux lors d'une réhabilitation thermique. L'étude révèle les bonnes pratiques mais également les non-qualités observées sur les chantiers. Zoom.

Le programme "Je Rénove BBC" qui a permis la rénovation de 500 maisons alsaciennes au standard BBC sur une période de sept ans, est extrêmement riche en enseignements. Performance énergétique, empreinte carbone, travaux sur l'enveloppe, qualité de l'air intérieur ou impact socio-économique, tous les aspects des opérations ont été analysés afin d'offrir un retour d'expérience complet. Batiactu vous propose de reprendre, point par point, ces éléments, dans une série d'articles dont le premier porte sur la mise en œuvre.

 

Les auteurs de l'étude, EDF et le Cerema, aidés par l'AQC et divers professionnels, soulignent l'importance d'une conception globale pour atteindre des performances optimales. Julien Burgholzer, qui a coordonné les différents rapports, nous confie : "Il faut un pilote, qu'il s'agisse d'un architecte, d'un bureau d'études ou d'un groupement d'entreprises avec un mandataire. Ce qu'il faut c'est assurer les interfaces entre les lots et ne jamais travailler en lots séparés". Car les retours d'expériences ont mis en évidence l'intérêt d'un pilotage et d'une coordination des interventions. "Les travaux sur l'existant étant susceptibles de créer un grand nombre de non-qualités, une bonne conception permet de les anticiper, d'apporter une solution à une majorité d'entre elles et de faire émerger de bonnes pratiques", précise le document. Une enquête sur les chantiers a donc été menée, se traduisant par 21 visites d'opérations, en cours de chantier ou livrées depuis quelques mois. Des investigations qui ont permis de rencontrer une soixantaine d'acteurs mais surtout de détecter 137 "événements", allant de simples considérations esthétiques à de réels sinistres.

 

Des soucis de ventilation liés à la configuration des lieux

 

Le rapport de JRBBC met en lumière plusieurs non-conformités emblématiques. Les premières sont dues à des défauts de conception de la ventilation. Dans un cas, le maître d'ouvrage souhaitait que ses pièces de vie (chambre et salon) soient particulièrement isolées acoustiquement de la rue. Aucune entrée d'air n'a donc été prévue de ce côté de l'habitation. Problème : sans renouvellement d'air, la réglementation (arrêté du 24 mars 1982) n'est pas respectée. Et l'occupant risque des problèmes sanitaires alors que des solutions existaient, telle la mise en place d'entrées d'air acoustiques ou d'une VMC double flux. Autre exemple, celui de la formation de moisissures au-dessus d'un bloc de douche dans une salle de bains exigüe. Le rapport précise : "La bouche d'aération est à l'opposé de la douche, qui est elle-même dans un renfoncement. Peu de balayage d'air dans la pièce, phénomène accentué par une porte de douche prenant toute la hauteur. L'air humide est peu renouvelé". Le placement des bouches apparaît donc comme primordial pour garantir un bon balayage de l'air vicié. Les rénovations doivent donc tirer parti au mieux des solutions disponibles afin de répondre aux contraintes de la configuration initiale. Et ne pas aggraver les choses par des aménagements nouveaux.

 

Des isolations parfois bâclées

 

Autres non-qualités relevées, celles en relation avec une mauvaise exécution de l'isolation. Une maison montre l'apparition de moisissures sur l'un des angles de l'arbalétrier. En cause, la création d'un pont thermique entre cet élément de charpente en bois et le poteau de béton non isolé qui le supporte. Une zone froide apparaît à leur interface et entraîne la condensation de l'humidité atmosphérique. Un simple traitement de ce pont thermique aurait évité tout problème ultérieur. Dans une autre maison, c'est l'isolation des combles par mousse polyuréthane qui est en cause : elle noie les gaines de la VMC double flux et ne devrait pas être installée sur le plancher des combles mais, au contraire, en sous-face de plancher. Les professionnels notent : "Outre le choix de conception pouvant amener à discussion, ce cas illustre l'emploi de produits hors des champs d'application définis par les avis techniques. Une vigilance particulière doit être apportée afin que la mise en œuvre réelle se fasse au plus près des prescriptions d'utilisation".

 

La difficulté de l'étanchéité à l'air

 

Les rénovateurs du programme JRBBC se sont heurtés à l'une des grandes difficultés de la réhabilitation thermique : le traitement des raccords d'étanchéité au travers de planchers en bois. Les passages de solives et les nombreux angles rendent en effet la mise en œuvre complexe et entraînent des fuites d'air persistantes. Cette fois, les experts soulignent : "Hormis un cas favorable où le maître d'ouvrage autorise le démontage du plancher à sa périphérie, le traitement atteint rarement un résultat irréprochable malgré une mise en œuvre attentive. Passé un certain niveau de traitement, l'adéquation économique entre le temps de mise en œuvre (donc le coût) et les gains énergétiques devient discutable". Trappes d'accès et passages de réseaux posent également des difficultés sur les chantiers, bien qu'il existe des solutions simples : trappes avec joint de compression, boîtiers électriques étanches et manchettes d'étanchéité des gaines techniques. L'utilisation de rubans de raccords est également recommandée lors de la mise en place d'une membrane continue.

 

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