Avec la généralisation de la RT 2012 qui impose un certain niveau d'étanchéité à l'air, cette question devient cruciale dans l'atteinte des performances d'isolation thermique. Alexandre Dutin, chef de produits "Enveloppe de l'habitat" chez Ubbink, évoque les différents aspects de l'emploi des membranes pare-vapeur.

Le marché français de l'étanchéité à l'air et à la vapeur d'eau est en plein essor : il était de 33 millions de mètres carrés en 2010 et il devrait tripler pour atteindre les 100 millions de m² d'ici à la fin de la décennie. "Cela inclut les membranes pare-vapeur, les frein-vapeur et les hygro-régulantes", précise Alexandre Dutin, chef de produits "Enveloppe de l'habitat" pour Ubbink, un spécialiste néerlandais de la question. Car cette question de l'étanchement de l'habitat est désormais au centre des préoccupations des constructeurs de maisons. La Réglementation thermique 2012, entrée en vigueur voilà trois ans, demande que les bâtiments soient performants énergétiquement, et donc bien isolés. On a donc assisté, dans un premier temps, à une course à l'épaisseur des isolants. "Or un seul défaut ruine toute la performance", résume le chef de produits. La valeur, fixée par la RT, est que le flux d'air soit de 0,6 ou 1 m3 d'air/h.m² dans les constructions. "On recherche aujourd'hui davantage la qualité de l'air intérieur", poursuit-il. Et l'évolution vers une réglementation encore plus sobre énergétiquement, dite RBR 2020, avec la généralisation des bâtiments à énergie positive, afin de diminuer la sollicitation des réseaux électriques et d'aller vers plus d'autosuffisance, imposera toujours du contrôle de l'isolation, de l'étanchéité et du maintien de leur performance dans le temps.

 

Certains s'inquiètent d'une étanchéité trop importante des maisons. "C'est une idée reçue : en fait l'étanchéité permet justement de mieux gérer les flux d'air grâce à la ventilation, qu'elle soit en simple ou double flux", relate Alexandre Dutin. "Le test du Blower-door (infiltrométrie ou mesure de la perméabilité à l'air du bâtiment, NdlR) est réalisé à la livraison, mais sa réussite ne garantit pas la tenue des performances. Et il n'y a aucune garantie au-delà de cette date", souligne-t-il. L'emploi de membranes d'étanchéité permet de protéger l'isolant de la vapeur d'eau dégagée par les activités humaines à l'intérieur de la maison (respiration, douches, cuisine…) et donc de conserver ses caractéristiques mécaniques le plus longtemps possible. L'enduit d'étanchéité ne remplirait pas exactement les mêmes fonctions, en étant appliqué directement sur la maçonnerie : "L'isolant est donc exposé à la vapeur d'eau à l'intérieur", précise le chef de produits Ubbink.

 

La délicate question des points singuliers

 

La membrane pare-vapeur, et ses cousines freine-vapeur et hygro-régulante, constitueraient-elles la panacée ? "Il faudra faire attention à bien gérer les points singuliers, faute de quoi l'on risque de voir apparaître des tâches d'humidité", explique-t-il. Ces points singuliers sont constitués par les cadres des menuiseries extérieures, les passages de gaines de ventilation/canalisations/câblages, les coffrages de stores, les pourtours de pannes ou les trappes de visite. Bref, tous les "trous" dans l'enveloppe du bâtiment. La mise en œuvre des membranes nécessite donc une grande rigueur lors de la pose des lés : il sera recommandé d'éviter la formation de plis et de limiter au maximum les interruptions afin de faire le moins de raccords possibles. Les recouvrements devront au moins mesurer 5 cm de large, et seront eux même étanchés au moyen d'une bande adhésive adéquate. Quant à la question du coût, lié à la mise en œuvre parfois complexe de ces solutions d'isolation, l'industriel hollandais détaille : "La pose de l'étanchéité à l'air n'entraîne pas de surcoûts excessifs. Le coût d'une membrane posée sera compris entre 0,4 et 0,7 % du prix total de l'habitation".

 

L'aspect réglementaire :
La RT 2012 impose un niveau d'étanchéité à l'air de 0,6 m3/h.m² pour atteindre une consommation énergétique inférieure ou égale à 50 kWhep/m²/an. Dans une construction traditionnelle, la mise en œuvre d'isolation en laine minérale des combles et l'isolation thermique rapportée en planchers de greniers et combles perdus, font l'objet d'Avis technique, Document Technique d'Application ou de Constat de Traditionnalité. Ubbink précise : "La mise en œuvre d'un pare-vapeur indépendant et continu doit compléter cette isolation côté intérieur". Le pare-vapeur ou la membrane d'étanchéité à l'air devront présenter un Sd supérieur à 18 mètres (cette valeur représente l'épaisseur de diffusion de vapeur d'eau d'une couche d'air équivalente).
Pour les maisons à ossature bois, la mise en œuvre du pare-vapeur est obligatoire, afin de protéger la structure et l'isolant. Le DTU 31.2 (en cours de révision) définit que la valeur Sd doit > 18 m dans le cas d'un parement extérieur ventilé (bardage avec lame d'air) ou > 90 m pour les parements non ventilés (sous enduit). La résistance en traction devra être supérieure à 100 N, tandis que celle à la déchirure au clou supérieure à 40 N.
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