La municipalité alsacienne souhaite intensifier sa production d'électricité solaire en plaçant des capteurs photovoltaïques sur ses étangs. Une solution de centrale flottante qui présente plusieurs avantages en termes d'efficacité. Découverte.

Illkirch-Graffenstaden (Bas-Rhin) est une pionnière en matière de production d'énergies renouvelables. Première commune d'Alsace à avoir déployé des panneaux solaires, elle disposera bientôt d'une unité de géothermie profonde. Mais la ville ne compte pas en rester là et entend également recouvrir une partie de ses nombreux plans d'eau de capteurs photovoltaïques pour en faire de véritables centrales solaires lacustres.

 

D'ici au mois de novembre 2017, c'est l'étang artificiel du Girlenhirsch, une zone de loisir, qui se parera de panneaux photovoltaïques flottants sur environ un cinquième de sa superficie. Une surface qui correspond à une puissance de 40 à 70 kWc environ, soit de quoi assurer, avec 40.000 kWh produits par an, 35 % des besoins d'installations environnantes, dont le parc animalier du Friedel, un club de tennis et l'éclairage public, grâce à un système de stockage dédié. La centrale, dont le plan de financement de 110.000 € a été voté en conseil municipal le 18 mai 2017, bénéficiera d'un peu plus de 40 % d'aides de l'Etat. Des discussions ont été engagées dans le cadre d'un appel d'offres, notamment avec Ciel & Terre, entreprise française spécialiste du solaire flottant, qui a développé de nombreuses centrales Hydrelio dans le Japon post-Fukushima (voir les photographies).

 

La politique des petits pas… sur l'eau

 

Mais ce projet alsacien n'est qu'une première étape avant de passer à plus vaste : l'étang de l'ancienne gravière ETM, situé non loin du premier sur la route d'Eschau. Pour cette deuxième phase, la ville envisage cette fois de solliciter ses administrés afin de monter une opération de financement participatif. Selon les promoteurs de ces centrales, outre des prix d'achat de l'électricité attractifs, l'intérêt principal est de donner corps à la transition énergétique, en rendant visibles des panneaux solaires d'habitude implantés hors de la vue du grand-public en toiture ou sur des ombrières. Autre avantage de cette solution, l'absence d'ombre portée sur le plan d'eau et la fraîcheur de l'étang, qui permet de lutter contre la chaleur produite par les capteurs photovoltaïques et donc d'améliorer leur rendement. Cerise sur le gâteau : l'évolutivité de la centrale, où il sera possible de raccorder d'autres panneaux flottants selon les besoins.

 

Photovoltaïque flottant au Japon
Photovoltaïque flottant au Japon © Ciel & Terre

 

D'ores et déjà, Illkirch-Graffenstaden se tourne vers l'avenir en imaginant d'autres déploiements, sur le Baggersee (une autre ancienne gravière) ou le lac Achard. Car les toitures des bâtiments municipaux sont déjà presque toutes couvertes de capteurs solaires… Le salut pourrait donc venir de ces surfaces aquatiques libres. Reste que certaines associations de défense de l'environnement s'inquiètent de l'impact de ces centrales lacustres sur la qualité des eaux et craignent une eutrophisation en raison d'une diminution des apports solaires aux plantes aquatiques situées sous la surface. La Ligue de Protection des Oiseaux, quant à elle, s'interroge sur la cohabitation entre les populations de migrateurs, tels les cormorans, et les panneaux solaires. Des questions qui semblent avoir été réglées au Pays du soleil levant où de telles centrales fonctionnent désormais. La société Ciel & Terre annonce avoir développé plus de 7,5 MWc de puissance, principalement en Asie et en Grande-Bretagne, et disposer d'un portefeuille de plus de 100 projets en France et à l'étranger. Elle met en avant la facilité d'installation, sans travaux de terrassements, et la réduction de l'évaporation ou de la prolifération algale dans les bassins équipés.
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