Après six années à la tête de l'Union nationale des économistes de la construction (Untec), Jacques-Philippe Charpy passera le relai à Pierre Mit lors du congrès de l'union, le 10 juin prochain. L'occasion de faire, avec le président sortant, un bilan de son mandat.

Batiactu : Votre mandature a été marquée par la mise en place d'un Observatoire des prix constatés par les maîtres d'ouvrage. Pourquoi un tel dispositif ?
Jacques-Philippe Charpy :
L'objectif était de donner, non pas un prix précis, mais une fourchette, une idée du coût de construction par typologie de bâtiments. Les maîtres d'ouvrage pourront consulter un site Internet qui devrait être opérationnel d'ici à deux mois et ainsi définir des enveloppes budgétaires appropriées à leurs projets, toutes dépenses confondues, pour savoir si le projet est faisable. Et cela ne nuit en rien au travail de l'économiste.

 

Batiactu : Cette année a aussi vu la création de la marque éco-accessibilité. Que recouvre t-elle ?
J.-P. C. :
La marque a été lancée le 15 janvier dernier et le bilan est pour l'instant très encourageant. Nous voulions par cette initiative professionnaliser les diagnostics sur l'accessibilité des bâtiments. En effet, trop souvent les maîtres d'ouvrage se sont plaints de ne pas pouvoir se servir de ces diagnostics lorsqu'ils allaient faire des travaux. Jusqu'ici, n'importe qui pouvait produire un diagnostic. Depuis un mois, un décret oblige à passer une formation de deux jours, c'est rassurant pour tous les professionnels. Le diagnostic doit être en mesure de fournir un état des lieux, de proposer des solutions et de donner une estimation des travaux. Nous, les économistes, nous avons un rôle transversal dans un chantier et il était nécessaire de lancer cette marque d'éco-accessibilité.

 

Batiactu : Qu'en est-il des actions de formation développées au cours de ces six années ?
J.-P. C. :
La formation a toujours été au cours de ces six ans un point important, d'autant plus qu'avant d'être président de l'Untec, j'étais en charge de la partie formation. On ne peut pas asseoir un métier comme le nôtre sans accorder une place majeure à la formation. L'Untec a toujours, si j'ose dire, «mouillé sa chemise» dans ce domaine. Nous avons notamment œuvré activement à la mise en place du Mastère EEC à l'université de Lyon, ainsi qu'à la création de la licence en alternance. J'aurai souhaité mettre en place le doctorat avant de partir, mais il devrait bientôt voir le jour, d'ici un à deux ans.

 

Batiactu : Quels sont les enjeux du Grenelle de l'Environnement pour les économistes de la construction ?
J.-P. C. :
Il est impératif que les politiques et les décideurs aillent jusqu'au bout de la démarche. Car à l'heure actuelle, les décrets ne sont pas encore passés et le Grenelle 2 n'est pas engagé. Chaque acteur de l'acte de construire doit avoir conscience que le Grenelle est un formidable outil. Plus que jamais, il faut additionner les compétences de chacun et passer d'une culture de moyens à une obligation de résultats. Cela nécessite aussi d'informer, voire de former l'utilisateur final sinon les efforts ne serviront à rien. On devrait même avoir une obligation dans le cadre d'un service après-vente, pour aller auditer, un ou deux ans après les travaux, leur résultat.
Il faut aussi arrêter de penser le Grenelle seulement sur l'aspect énergétique. Un bâtiment se pense aussi en termes de qualité d'usage et de vie ! Cela prend notamment en compte des paramètres comme l'acoustique. Car au fond, si la qualité de vie n'est pas atteinte, les occupants d'un bâtiment seront face non pas seulement à des dépenses financières liées au gaspillage énergétique, mais à des maladies diverses.

Batiactu : Quels seront les défis à relever par la profession dans les années à venir ?
J.-P. C. :
Lorsque je suis en face de mes confrères européens, je m'aperçois que nous avons tous les mêmes problématiques : celle de la réduction de la facture énergétique, celle de la qualité d'usage et surtout, celle du coût global. Cette dernière fait l'objet depuis peu d'une prise en compte réelle, et nous avons là une formidable carte à jouer : pas seulement nous les économistes de la construction, mais tous les professionnels intervenant dans la chaîne de construction. Si nous savons travailler en bonne intelligence, c'est finalement l'utilisateur qui en sortira gagnant.
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