La bagarre judiciaire du Stade Pierre-Mauroy (Nord), attribué au groupe de BTP Eiffage et signé en PPP, est relancée : après la Métropole européenne de Lille (MEL) en novembre dernier, c'est au tour de son président et son ex vice-président, d'être mis en examen, ce 5 avril, pour "trafic d'influence passif" et "complicité de favoritisme". Deux autres anciens dirigeants d'Eiffage ont également été mis en examen pour "trafic d'influence actif".

Un nouvel épisode à Lille. Démarrée en 2010, la bataille judiciaire du Stade Pierre-Mauroy (Nord), attribué au groupe de BTP Eiffage et signé en PPP, est relancée ce 5 avril 2017 avec la mise en examen de Damien Castelain, président de la Métropole européenne lilloise (MEL) pour "trafic d'influence passif" et "complicité de favoritisme".

 

"Trafic d'influence actif" pour deux anciens dirigeants d'Eiffage

 

L'ex-vice-président de la MEL, a lui été mis en examen pour "trafic d'influence passif et complicité de favoritisme" par le juge Jean-Michel Gentil, et placé sous contrôle judiciaire. Enfin, deux autres anciens dirigeants d'Eiffage ont également été mis en examen pour "trafic d'influence actif". Au final, les quatre hommes ont été placés sous contrôle judiciaire, avec un cautionnement de 50.000 euros. A noter qu'une cinquième personne, gérante d'une société d'études, a été remise en liberté à l'issue d'une garde à vue.

 

Rappelons que la collectivité lilloise a déjà été mise en examen le 15 novembre 2016 en tant que personne morale. L'enquête, placée sous la direction des juges d'instruction, (Ndlr : Jean-Michel Gentil et Pascal Gastineau), est confiée depuis novembre dernier à la brigade financière de la police judiciaire de Lille.

 

Rappel des faits : le projet du grand stade de Lille, inauguré à l'été 2012, a été développé sous les présidences successives à la communauté urbaine de Lille de Pierre Mauroy et Martine Aubry. L'enceinte ultramoderne de 50.283 places construite par le groupe de BTP Eiffage, héberge principalement les matches à domicile du LOSC, club de football de Lille, et a accueilli des matches de l'Euro-2016. Une information judiciaire avait alors été ouverte, le 1er octobre 2012, sur les conditions d'attribution du chantier au groupe de BTP Eiffage, à la suite d'une plainte avec constitution de partie civile auprès du doyen des juges d'instruction déposée en décembre 2010 par Eric Darques.

 

Cet ancien élu (RPF) de Lambersart (Nord) disait vouloir comprendre pourquoi le chantier avait été attribué à Eiffage, dont le projet présentait pourtant un surcoût de 108,5 millions d'euros par rapport à celui du consortium Norpac-Bouygues. Martine Aubry n'était pas présidente de la MEL au moment de ces choix d'attribution.

 

Précisons que le 11 août 2014, la juge lilloise Fabienne Atzori concluait, dans son ordonnance, à une prescription de l'affaire au terme de plusieurs mois d'enquêtes. Les magistrats de la chambre d'instruction de la cour d'appel de Douai viennent de contredire cette décision.

 

Invités au Grand Prix de Hongrie et à l'Euro 2008 ?

 

De source proche de l'enquête, il est reproché aux deux cadres de la MEL d'avoir été invités par le groupe Eiffage à deux évènements sportifs à l'étranger, un match de football de l'équipe de France à l'Euro 2008 en Suisse et le Grand Prix de Hongrie de F1 en août 2010. En outre, les enquêteurs s'intéressent à la livraison gratuite selon eux, via Eiffage, de pierres pour la construction d'une terrasse au domicile de Damien Castelain. Les chefs de mise en examen de "trafic d'influence passif" et de "complicité de favoritisme" laissent penser que les deux élus sont soupçonnés d'avoir accepté des avantages après avoir soutenu la candidature d'Eiffage.

 

L'avocate du président de la MEL, Florence Rault, qui avait annoncé la mise en examen de son client pour "corruption et favoritisme", a cependant rejeté ces soupçons auprès de l'AFP. "Mon client M. Castelain a payé son voyage en Suisse. Il avait la facture chez lui, et les policiers l'ont retrouvée lorsqu'ils sont allés perquisitionner à son domicile lundi. De même, il a payé ses travaux de terrassement, la facture a elle aussi été retrouvée! Quant au voyage en Hongrie, il était invité par un couple d'amis n'ayant aucun rapport avec Eiffage", a-t-elle affirmé.

 

A ses yeux, "à l'époque de l'attribution du marché, M. Castelain n'était qu'un des très nombreux élus communautaires, il n'était pas aux commandes de la MEL!". En 2008, Damien Castelain était l'un des vice-présidents, en charge de l'écologie urbaine. A suivre.

 

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