Les cabinets d'architectes Antoine Grumbach et Associés et Wilmotte et Associés ont remporté la consultation sur le développement du Grand Moscou. Les Français travailleront également avec le cabinet américain Urban Design Associates, qui sera en charge de la création d'un nouveau centre fédéral. Détails avec Borina Andrieu de l'agence Wilmotte.

Parmi les 10 derniers candidats en lice pour l'élaboration d'un avant-projet pour le futur Grand Moscou, les cabinets Grumbach et Wilmotte viennent d'être désignés vainqueurs, en association avec les américains de Urban Design Associates.

 

« Nous sommes très heureux et fiers, c'est un très gros projet sur lequel nous avons beaucoup travaillé », nous confie d'emblée Borina Andrieu, architecte et collaboratrice de Jean-Michel Wilmotte. En effet, pas parti favori, le groupement Grumbach et Wilmotte a toutefois réussi à séduire le jury qui a notamment apprécié les deux projets de refonte de l'agglomération de Moscou et de son extension au sud-ouest. La proposition des architectes et urbanistes français est bien entendu largement inspirée du Grand Paris pour lequel Antoine Grumbach et Associés ont prévu une grande agglomération Paris-Rouen-Le Havre. « On ne peut cependant pas imaginer une extension de la ville sans se pencher sur l'existant. C'est pourquoi nous avons utilisé les friches industrielles, les gares, etc. pour définir notre projet », souligne Borina Andrieu. Elle précise également que le projet - qui fait la part belle aux espaces verts et aux transports doux - place la Moskova, le fleuve de Moscou, au cœur de la capitale. Son importance doit être équivalente à celle de la Seine à Paris ou de la Tamise à Londres. « C'est le fleuve qui fait l'identité de Moscou », ajoute-t-elle.

Réconcilier la ville et la forêt
Pour ce projet tourné vers l'environnement, et baptisé « The Joy of Life », les équipes françaises ont voulu « utiliser l'ADN de Moscou », c'est-à-dire l'eau et les forêts notamment, pour construire une nouvelle ville rendue à la nature. Le Grand Moscou sera ainsi à moitié végétalisé et les transports publics seront favorisés. Selon les règles imposées dans le concours, chaque équipe internationale devait s'entourer de collaborateurs russes. Grumbach et Wilmotte ont donc fait appel à l'architecte Serguei Tkatchenko (lire interview), à la Russian High School of economics and financial university et au cabinet d'ingénierie Egis, grâce à qui ils ont pu développer un projet de transports doux, public et écologique sur rails. Tram et métro seront donc à l'honneur, et les architectes ont prévu une ligne rapide qui mettrait le Kremlin et le centre fédéral à 20 minutes. En outre, les architectes ont proposé des nouvelles portes aux entrées de Moscou, qui seraient des repères visuels et identitaires de la ville. « Nous voulons une architecture simple, calme, avec des espaces, de la lumière naturelle et du végétal », conclut Borina Andrieu.

 

Moscou, qui compte près de 12 millions d'habitants, est une aujourd'hui métropole très congestionnée. Elle représente 110.000 hectares et l'extension prévue dans le Grand Moscou porte sur 160.000 hectares de plus. Au total, le projet global - qui s'étendra sur plusieurs décennies - est chiffré à 187 Md€, indique l'architecte. Qui précise que la ville de Moscou pourrait rapidement investir 50 Md€ dans les transports. Les moyens sont là, la volonté aussi, reste maintenant aux Russes de mettre tout cela en œuvre.

 


Deux questions à Sergei Tkatchenko, architecte russe de l'agence Grumbach et Associés

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sergei tkatencko © Radi Doma Pro
Batiactu : Qui étaient les protagonistes du projet français ?
S. T. :
Selon le règlement, chaque équipe devait inclure des architectes étrangers et russes. J'ai donc eu l'idée de créer une équipe multinationale pour participer à la compétition. D'abord, j'ai pensé travaillé avec sir Norman Foster. Mais, finalement, je suis allé voir mes amis Jean-Michel Wilmotte et Borina Andrieu. Ensemble, nous avons formé une équipe et posé notre candidature. Plus tard, l'architecte français Antoine Grumbach nous a rejoints. Mais il n'y avait pas que des architectes et des urbanistes. Ainsi, des spécialistes de la Russian High School of economics and financial university, des ingénieurs d'Egis International, et des écologistes de Villes et Paysages se sont impliqués dans le projet.

 

Batiactu : Quelles sont les grandes lignes du projet ?
S. T. :
L'idée principale repose sur le concept « The Joy of Life ». Nous voulons apporter une nouvelle qualité de vie à l'agglomération moscovite.
Chaque ville a son identité. Moscou est en train de changer son image et devenir la capitale de l'Eurasie. (…) Nous avons été les premiers à suggérer de recréer le développement du territoire autour du fleuve. Notre projet a pour but de protéger l'environnement et les espaces vers de la région. Enfin, nous voulions que l'espace vital de chaque individu passe de 19 à 30 m2.
Propos recueillis par l'équipe de Radi Doma Pro
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