Quel impact a et va avoir la révolution numérique sur le marché du logement ? C'est pour apporter des réponses à cette question cruciale qu'un rapport vient d'être remis à Emmanuelle Cosse, ministre du Logement et de l'Habitat durable. A travers une dizaine de propositions, il fait ressortir quelques pistes de réflexion essentielles à explorer pour le gouvernement.

Les nouveaux outils numériques et le développement de l'économie collaborative qui rend possible la location et la réservation de logements de particuliers sont venus chambouler le marché du logement. Enfin, c'est que tout le monde a tendance à penser mais qu'en est-il vraiment ? C'est justement pour faire état de la réalité que le ministère du Logement et de l'Habitat durable et le ministère de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique ont chargé en mars dernier Bernard Vorms président du Conseil de la Transition, et France Stratégie, organisme de réflexion, d'expertise et de concertation placé auprès du Premier ministre, de rédiger un rapport. Une étude destinée à faire ressortir les principales évolutions du secteur, notamment celles en rapport avec le domaine de la transaction et de la gestion immobilière du parc privé résidentiel.

La révolution numérique profite aussi bien aux acheteurs qu'aux vendeurs

Remis à Emmanuelle Cosse, ministre du Logement et de l'Habitat durable, le 23 novembre dernier (photo), il dresse contre toute attente un bilan plutôt positif de la situation, plus positif en tout cas que dans les autres secteurs économiques français concernés eux-aussi par la révolution numérique. D'un côté en effet, "les clients sont de mieux en mieux informés sur l'état du marché, le niveau des prix et des loyers". La géolocalisation des biens, les visites virtuelles, outils d'estimation en ligne... Autant de nouveaux services qui leur permettent de trouver plus vite le bien qui correspond à leurs attentes mais qui, dans le même temps, les conduisent à être très exigeants avec les professionnels de l'immobilier. Mais ces derniers ne sont pas pour autant marginalisés. Comme le révèle le rapport, "la part des ventes réalisées par l'intermédiaire d'agents immobiliers n'a pas diminué". Les professionnels, notamment les syndics et les administrateurs de biens, ont su tirer leur épingle du jeu en "élargissant leurs offres à des clientèles qu'ils ne pouvaient jusque-là pas servir par des moyens traditionnels". Certaines copropriétés, trop petites pour s'offrir les services d'un syndic traditionnel se sont ainsi tournées vers eux intéressées par la mise en place d'outils interactifs tels que des extranets, faciles à mettre en place et à utiliser, le tout sans que cela ne grève son budget.

Vers un meilleur encadrement des plateformes collaboratives

Le rapport revient également sur le rôle des plateformes collaboratives telles que Airbnb. Se voulant objectif, il souligne leur rôle à double tranchant : d'une part elles permettent d'améliorer l'occupation du parc dans les zones les plus tendues, souligne-t-il, et d'autre part, elles sont "porteuses d'effets pervers : diminution du nombre de logements affectés à la location traditionnelle, trouble de jouissance dans les immeubles d'habitation, évasion fiscale, concurrence déloyale avec l'industrie hôtelière". Pour éviter de telles dérives, Bernard Vorms émet notamment l'idée de n'autoriser les locataires à sous-louer leur logement que pour une durée maximale de trois semaines sur une année. Il propose également de "fiabiliser les avis en ligne en imposant aux plateformes d'informer sur le fait que les avis ont fait l'objet d'une vérification et le cas échéant d'en préciser les modalités".

Le rapport, point de départ d'une réflexion interministérielle

En guise de conclusion, le rapport formule une liste de propositions qui sont autant de pistes de réflexion essentielles pour le gouvernement. "Il s'agit maintenant d'explorer les pistes de réflexion concrète ouvertes par ce rapport pour améliorer nos outils législatifs et réglementaires, mieux nous adapter à cette nouvelle donne et en tirer le meilleur parti pour tous les acteurs du logement, des professionnels aux habitants" a ainsi indiqué Emmanuelle Cosse. Parmi les axes de travail évoqués, celui de l'insécurité juridique liée à la dématérialisation des documents et des correspondances, celui de la diversification des offres des syndics ou encore celui de la mise en place, par les associations de consommateurs, d'un système d'étiquetage informatif relatif aux outils d'estimation automatique des prix et des loyers. Des thèmes qui constituent sans doute le socle de nouvelles lois.

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