Baisse des coûts, hausse des rendements, meilleure intégration architecturale, fonctionnalités multiples… Richard Loyen, le délégué général de l'association Enerplan (syndicat des professionnels de l'énergie solaire) fait, pour Batiactu, un tour d'horizon des développements attendus pour les technologies du photovoltaïque.

Batiactu : Le photovoltaïque n'en finit pas d'évoluer, pouvez-vous nous donner les grandes tendances de ce marché ?
Richard Loyen : Dans les cinq à dix années qui viennent, la chose qui va continuer est la baisse des coûts tout en augmentant le rendement des capteurs, ce qui permettra d'obtenir des modules à rendement surfacique toujours plus élevé. Il ne sera plus nécessaire de couvrir l'ensemble d'une toiture pour produire suffisamment d'électricité pour une maison. Et l'on ne sera plus obligé d'annexer le champ d'à côté pour produire suffisamment de courant, mettant fin au conflit d'usage des terres agricoles. L'autre grand changement, qui est attendu en parallèle, c'est l'arrivée du stockage qui va bouleverser la façon de consommer, avec la parité solaire avérée dans toute la France en 2025, sans même une rupture technologique au niveau des modules. C'est une évolution du marché que plus rien n'arrêtera, car la technologie est mondialisée : associée au stockage, la contribution du solaire n'a pas fini de nous surprendre.

 


Batiactu : Dans le bâtiment, la prochaine étape est constituée par la généralisation du BePos à l'horizon de 2020. Comment va s'insérer le photovoltaïque dans ce contexte ?
R. L. : Avec les bâtiments à énergie positive, nous sommes sur une bonne tendance. On revient vers une architecture bioclimatique, pour ne plus lutter contre les éléments mais avec le climat, et avec beaucoup de bon sens. Il va falloir qu'on écrive une nouvelle page de l'architecture en intégrant les énergies décentralisées. Les bâtiments, hyper-efficaces, avec production d'électricité sur site entièrement auto-consommée, sont donc un gros jalon en Europe. L'ingénierie et les process sont au point, notamment en ce qui concerne le pilotage et les solutions de stockage. Si ce sera facile à déployer dans le tertiaire, où le profil de consommation en journée correspond au profil de production du solaire, ce le sera moins dans le logement social ou individuel. Quant au surcoût de ce type de construction, il est assez faible, avec 7 ou 8 % de différence : on peut l'évaluer à 50 ou 100 € de plus au mètre carré, alors que le bâtiment présente une valeur verte et un attrait certain. Ce surcoût est finalement très relatif.

 

Batiactu : Quelles sont les avancées technologiques actuellement en cours de développement par les industriels ?
R. L. : L'intégration au bâti, cette spécificité française, imposée en 2006, a permis de développer de nouvelles solutions techniques. Grâce à la colorisation des panneaux, cette intégration est plus discrète et esthétique, avec un produit qui s'adresse en priorité aux architectes. De même, les panneaux solaires se font multifonctionnels avec des systèmes 2 en 1, qui mixent photovoltaïque et thermique. Nous ne sommes qu'au tout début de la valorisation de ces calories : 6 m² suffiront à la production d'eau chaude sanitaire pour une maison, tout en améliorant dans le même temps le rendement des capteurs photovoltaïques. Grâce à l'encapsulation des modules et aux couches minces insérées dans des produits verriers, les façades et murs rideaux produiront également de l'électricité, même si leur orientation n'est pas optimisée. Les vitrages et capteurs transparents qui seront disponibles à l'horizon de 2030, trouveront également leur place sur le marché, mais ne remplaceront pas les autres équipements photovoltaïques. Les brise-soleil vont également passer à l'actif, tout comme les pergolas et ombrières de parking : c'est une bonne façon d'occuper l'espace urbain, plutôt que les photons ne tombent sur le goudron. La route solaire devra, elle, s'inscrire dans une logique économique raisonnable, car l'équation est impossible à résoudre si elle est à 6 € par Watt crête et que dans le même temps, on a des capteurs à 50 centimes/Wc qu'on peut placer sur le bas-côté... Quoi qu'il en soit, l'intégration au bâti nous a donné un cadre assuranciel unique au monde, et placé face à des problématiques d'étanchéité ou de fonctionnement des capteurs très spécifiques. Nos professionnels ont donc un savoir-faire très pointu qu'ils pourront faire valoir.

 

Article publié le 29 octobre 2015
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